Nécrologie : Dr Fanne Mahamat range sa blouse
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La directrice de la promotion de la santé au Minsanté et coordonnatrice adjointe du Centre des opérations d’urgence de santé publique est décédée hier à Yaoundé.

Comme un virus à haute transmissibilité, la nouvelle de son décès s’est rependue à travers le pays et au-delà des frontières nationales. Le Dr Fanne Mahamat épse Ousmane, directrice de la promotion de la Santé au ministère de la Santé publique (Minsanté) est morte. Emportée par un incendie dans une boîte de nuit à Yaoundé le 23 janvier dernier. Une perte qui plonge la communauté médicale et universitaire nationale et internationale dans un profond émoi. « Je n’arrive toujours pas à réaliser qu’elle nous a quittés. Cette dame au grand coeur qui n’avait d’yeux que pour le travail, qui n’hésitait pas à former les plus jeunes. C’est grâce à elle que j’ai appris beaucoup de choses, notamment en santé publique. Très triste », se lamente un médecin en service à la direction de la promotion de la santé. 

Au Centre des opérations d’urgence de santé publique (Cousp) dont elle était le coordonnateur adjoint, ses collaborateurs sont inconsolables. « Nous sommes encore sous le choc, tous dépassés. On a espéré que la nouvelle de son décès ne soit pas vraie. Hélas ! C’est très choquant », réagit, émue, le Dr Patricia Mendjimé, responsable de l’équipe d’intervention rapide au Cousp. « Hier nous nous sommes séparées en prenant rendez-vous pour demain lundi (24 janvier, Ndlr). Qu’est-ce que tu me fais comme ça ? A qui est-ce que tu abandonnes ta fille. Mon Dieu ! », ajoute l’une de ses collaboratrices, effondrée. 

COVID-19

Avec le décès de ce soldat infatigable de la santé, la riposte au COVID-19 au Cameroun prend sérieux coup. Actrice de premier plan dans la lutte contre cette pandémie, elle s’investissait de nuits comme de jours pour la mise en oeuvre des activités programmées dans le plan gouvernemental de riposte, sous la coordination de sa hiérarchie à laquelle elle réservait toujours respect D’ailleurs l’on s’était habitué à la voir à la télévision nationale, elle qui présentait en alternance avec le Dr Georges Alain Etoundi Mballa, incident manager, la situation épidémiologique du pays. Ce jusqu’à ce que le Cameroun décide de suspendre ces communications quotidiennes. « Triste réveil ce matin. Nous avions échangé durant ces jours avec le Dr Fanne sur le activités que nous menions en rapport avec le contrôle du COVID-19 durant la Coupe d’Afrique des nations Total énergies 2021 en cours », s’alarme le Dr Joseph Fokam, virologue. 

Réputée pour sa rigueur et son dynamisme, elle travaillait presque sans répit, et toujours avec un sourire en coin malgré la pression. « Depuis que la riposte au COVID-19 a commencé au Cameroun, cette dame n’avait pas de sommeil du tout. Elle intervenait partout où sa présence était nécessaire pour expliquer au public et aux professionnels de la santé les gestes barrières. Elle nous a appris beaucoup de choses, malheureusement, la vie est ainsi faite », déclare le Dr Fadil Raouph Donkou. Ce médecin ne retient pas ses larmes face au départ tragique de celle qu’il considère, audelà de tout comme une maman. 

« Nous ne pouvons qu’être tristes. J’échangeais avec elle tout le temps sur WhatsApp ou par mail. Elle était tellement disponible et travailleuse. Je n’arrive même pas à comprendre comment elle gérait sa propre famille. Nous sommes en larmes, je pleure cette dame qui était une maman pour moi. Elle m’a beaucoup encadré », renchérit-il. 

Parcours

Le Cameroun perd ainsi une professionnelle pétrie d’expérience qui aura occupé de nombreux postes de responsabilité. Elle a notamment été médecin généraliste à l’hôpital général de Douala (11 octobre 2004 – 27 octobre 2008) puis coordonnatrice adjointe du Programme national de lutte contre l’onchocercose à partir du 10 mai 2012. La native du Logone et Chari dans l’Extrême-Nord qui quitte ce poste le au 28 février 2014 sera sollicitée par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) comme coordonnatrice de son bureau terrain. Fonction qu’elle assure de mars 2014 à septembre 2017 avant d’être nommée déléguée régionale de la Santé publique pour l’Extrême-Nord (du 4 septembre au 4 juin 2019). Elle était jusqu’à son décès directeur de la promotion de la santé au ministère de la Santé publique. 

Cette riche carrière lui vaudra de nombreuses distinctions parmi lesquelles le Prix de l’excellence du leadership féminin en santé, décerné par le groupe Echos santé en 2018. Côté associatif, l’étoile du Septentrion était jusqu’à son extension membre de la société camerounaise d’épidémiologie et membre du bureau national de l’Association camerounaise des femmes médecins (Acafem). « Elle quitte la scène en étant présidente de la branche Acafem du Centre et trésorière adjointe du bureau national », renseigne le Pr Anne-Esther Njom Nlend, présidente de l’Acafem, toute aussi éplorée. 

Médecin spécialisée en santé publique, elle avait des connaissances dans plusieurs domaines : médecine générale, gynécologie-obstétrique, promotion de la santé, épidémiologie, urgences en santé, néonatalogie, santé de reproduction, vaccination, etc. Formation doublée d’une simplicité et d’une disponibilité inégalables. Agée d’une quarantaine d’années, elle laisse trois enfants. Adieu, maître !

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