PREDICATION DU DIMANCHE 16 JANVIER 2022 PAR LE REV. DR JOEL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 16 JANVIER 2022 PAR LE REV. DR JOEL HERVE BOUDJA

Textes : Esaïe 62, 1-5 ; 1 Corinthiens 12, 4-11 ; Jean 2, 1-12

Il faut cesser de parler du "miracle" de Cana et utiliser le langage de l’évangéliste Jean qui raconte les SIGNES de Jésus. Un miracle suscite "l'admiration" (mot de même racine) du spectateur qui s'émerveille mais souvent ne se compromet pas. Le signe, lui, appelle, interpelle, mobilise. Par exemple, au carrefour, le signal rouge arrête la circulation ; le vert l'autorise. Ainsi les actions étonnantes de Jésus racontées par l'évangéliste sont à décrypter : quelle révélation apportent-elles ? En quel sens vais-je réagir ? Le Christ n'attend pas nos applaudissements mais notre conversion. L'admiration béate du "surnaturel" peut cacher un refus de se laisser changer.

LA DATE DE L'EVENEMENT.

D'abord il est très dommage que le texte biblique soit amputé de ses premiers mots : "Le 3ème jour ...". En effet, après son baptême, Jésus s'est détaché de Jean-Baptiste et, en quelques jours (Jean répète : "le lendemain, le lendemain..."), il a été rejoint par cinq jeunes gens qui s'attachent à lui : embryon du futur groupe des Apôtres. Ce récit de vocations culmine avec la scène de Cana qui se passe "le 3ème jour" - équivalent de "surlendemain" mais notation capitale puisqu'elle fait partie de la confession de foi : "Jésus est ressuscité le 3ème jour "! Cana n'est pas un scoop pour journalistes fiévreux mais un SIGNE PASCAL. D'ailleurs l'évangéliste remarque ensuite que la fête de Pâque va justement avoir lieu quelques jours plus tard.

QUELLES NOCES ?

Qui sont les mariés qui convolent à Cana ? Jean ne prend même pas la peine de noter leurs noms. Mais ses lecteurs connaissent bien la Bible : ils savent que le mariage essentiel (dont les unions terrestres ne sont que l'image) est celui que Dieu noue avec son peuple, une Alliance. Hélas, Israël a toujours été infidèle à son engagement, il se détourne de son Dieu, lui désobéit, se donne à "des amants", c'est-à-dire, selon la Bible, à des faux dieux, des idoles qui servent son égoïsme. Conséquence : l'épouse infidèle doit subir un châtiment car tout chemin qui ne conduit pas à Dieu mène à l'infortune et à la mort. Or un des symptômes de ce malheur est, notamment, que la prospérité attendue de la part des dieux de la nature ne vient pas et que, entre autres, le vin vient à manquer. Le vin n'est-il pas la boisson qui réjouit le cœur de l’homme, la boisson de la joie, de l'ivresse, de l'amour ? N'est-ce pas ce que signifie cette noce de village où les festivités, à peine commencées, se trouvent presque tout de suite à court de ce breuvage qui permet l'allégresse de tous ? Qui de nous n'a fait l'expérience des limites de son amour ? Pourquoi nos réserves d'amour sont-elles si pauvres ?

INTERCESSION ET VIN NOUVEAU

C'est ici qu'intervient un bref et mystérieux dialogue. La mère de Jésus (St Jean ne l'appelle jamais par son nom, Marie), la première, fait la remarque à son fils : "Ils n’ont plus de vin’’. Il doit y avoir là plus qu'une simple observation car Jésus la comprend comme une demande implicite, demande qu'il écarte aussitôt : " Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore venue.

De quelle heure s'agit-il ? La fin de l'Evangile nous la révélera : lorsque s'approchera le moment de son arrestation qui le conduira à la mort en croix, Jésus dira : " Mon heure est venue". Car Jésus ne règle pas son existence à sa guise : dans une obéissance parfaite à son Père, le Fils exécute la mission qu'il lui a confiée avec une parfaite exactitude. A l'heure (Pâque) fixée par son Père, il donnera sa vie : aussi cette Pâque-là sera celle de son Exaltation, de sa Glorification. Sur la croix éclatera la Gloire du Père et celle du Fils. Maintenant à Cana, Jésus vient seulement de recruter ses premiers disciples : il débute sa mission, son heure n'est pas encore arrivée...

Néanmoins sa mère a l'intuition que son appel n'a pas été rejeté : se tournant vers les serviteurs, elle leur dit : "Faites tout ce qu’il vous dira".

Or, dit Jean, il y avait là, six grandes cuves, d'une contenance d'environ 100 litres chacune, qui servaient à la purification des Juifs : ceux-ci, en effet, pratiquaient beaucoup de bains et d'ablutions, en quête d'une pureté toujours perdue par le péché.

Et Jésus de commander aux serviteurs : "Remplissez d’eau ces cuves». Ce qu'ils font. Puis il leur dit : "Portez-en au maître du repas". Ce traiteur qui est à même de donner son appréciation professionnelle sur la qualité du vin, goûte et, tout surpris, va trouver l'époux. Pourquoi lui ? Parce que c'était l'époux qui était toujours chargé de procurer le vin de ses noces.

"D'habitude on sert d'abord le bon vin puis, quand les gens ont bien bu, on sert du moins bon - et toi, tu as fait le contraire !".

Le récit se termine sur cette surprise. Remarquez que rien n'est dit des réactions de l'assistance : on est très loin d'un fait-divers bizarre. Mais St Jean conclut solennellement :

"Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana, en Galilée. Il manifesta sa Gloire et ses disciples crurent en lui. Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère et ses disciples".

Bien-aimés dans le Seigneur,

Lors d'un débat télévisé, face à l'immensité d'un drame que venait de traverser son pays, la journaliste demanda à son invitée : « mais comment Dieu a pu laisser une telle horreur se produire ? ».  La femme donna la réponse suivante : « Je crois que Dieu a été profondément peiné et attristé de ce qui vient de se passer.  Je m'étonne toutefois de votre question car depuis des années nous lui avons demandé de sortir de nos écoles, de sortir de notre vie politique, de sortir tout simplement de nos vies.  Il est quand même étonnant de constater à quel point il est simple pour les gens de jeter Dieu et de se demander ensuite pourquoi le monde devient parfois un enfer.  Arrêtons de nous préoccuper de ce que les gens disent de nous et cherchons plutôt à savoir ce que Dieu pense de nous ? »

A la lecture de l'évangile de ce jour, je me dis que cette femme avait raison de répondre de la sorte.  En effet, pourquoi tant de personnes souhaitent sortir Dieu de leur vie ?  N'ont-ils pas eu la chance de rencontrer au cours de leur existence de véritables témoins qui leur annonçaient le projet de Dieu pour son humanité.  Sommes-nous prêts à nous mobiliser pour proposer à nos contemporains ce que le Christ est venu apporter à chacune et chacun d'entre nous et ce, dès le début de sa prédication publique. 

Jésus commence cette dernière par l'événement de ce mariage à Cana.  Il ne prêche pas encore mais il vient, par ce don de six cents litres de vin, nous dire que Dieu est venu nous offrir l'abondance de la vie.  Celle-ci n'est pas une mer de détresses et de douleurs à devoir traverser en se courbant l'échine tellement le poids de nos misères est grand.  Loin s'en faut, Dieu se révèle à nous au cours d'une fête.  La vie résonne au son d'un hymne à la joie.  Elle se vit dans la rencontre interpersonnelle, elle s'épanouit dans le mouvement des danses offertes au rythme de nos cœurs.  La vie est faite pour se fêter.  Dieu attend de nous que nous soyons des êtres heureux, des hommes et des femmes en quête d'accomplissement.  Nous sommes ici sur terre pour nous réaliser.  L'épanouissement et le bonheur sont deux des finalités de notre pèlerinage terrestre. 

Dans la foi, la vie s'offre à nous dans ce don de l'abondance.  Elle ne se consomme pas à la cadence d'un régime diététique.  Non, elle se consume plutôt au feu de l'amour qui brûle en nous.  Les cuves des noces de Cana sont là pour nous rappeler que la vie s'accomplit en la vivant.  Ne la vivotons pas mais profitons plutôt de chaque instant qu'il nous est donné à vivre pour aimer. 

Dieu s'est donc fait l'un des nôtres pour que nous puissions prendre une part active à ces noces d'une nouvelle alliance entre Lui et nous.  Au cœur du désert de notre être, le Christ vient nous présenter non pas un chemin tout tracé mais plutôt une proposition pour vivre notre vie autrement.  Il nous offre le prisme de la foi pour voir le monde avec les yeux de Dieu. 

Nous découvrons alors que notre terre est le terreau idéal à partir duquel nous pouvons devenir plus homme, plus femme, en fait, plus nous-mêmes.  Est-ce une vision idyllique, voire utopique, de notre humanité ? 

Je ne le pense pas.  Cette vision est l'opportunité qui nous est donnée pour marcher en tant qu'être vivant sur la route de la vie.  Il est vrai que celle-ci peut être semée d'embûches, tracées de certaines voies sans issue, parsemées de nids de poule qui nous font trébucher.  Toutefois, ne nous enfermons pas dans une forme de désespérance.  Plutôt, prenons les dires de Dieu au sérieux et voyons, comment à notre niveau nous pouvons participer à cette abondance promise.  

En effet, face à l'épreuve que nous pouvons traverser, Dieu n'est pas absent de notre monde.  Il est avec nous et nous en sommes ses témoins privilégiés.  Par le Fils et dans l'Esprit, le Père passe par ses créatures pour que nous soyons les icônes vivantes de sa présence au cœur de notre monde.  Dieu ne s'en est pas allé.  Il est à nos côtés et passe par nous.  C'est à notre tour de prendre nos responsabilités et de nous laisser attendrir par les situations de vie où nous pouvons nous porter les uns les autres quand cela s'avère nécessaire. 

Tant qu'il y aura un être humain pour nous aider à traverser ce que nous avons à vivre, l'espérance continue de briller de tout son éclat.  Dieu nous offre l'abondance de la vie.  A nous maintenant d'être ce vin nouveau qui donnera à celles et ceux de qui nous nous ferons proches le goût merveilleux de la foi qui donne un autre sens à la Vie.

 

Amen

 
 

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