LE CAMEROUN, PATRIE POETIQUE DU FOOTBALL...PAR L'ECRIVAIN CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: LE CAMEROUN, PATRIE POETIQUE DU FOOTBALL...PAR L'ECRIVAIN CALVIN DJOUARI

« Quand les lions gagnaient, on faisait l’amour jusqu’au matin, souvent en pleurant dans cette nostalgie qui nous envahissait. »

On partait en aventure, on oubliait le Cameroun, nos parents et parfois les amis. Mais à l’approche d’une compétition concernant le foot, notre esprit retournait au Cameroun. On se replongeait dans nos souvenirs.

On commençait par nous renseigner sur les nouveaux joueurs qui composaient la nouvelle équipe ; si elle disposait des talents de la trame de Roger Milla, Manga Onguené, et surtout s’il y avait dans les bois un Thomas Nkono ou Bell Joseph Antoine. Oui, avec enthousiasme, on nous informait qu’il y avait d’autres joueurs qui étaient nés et c’étaient Etoo Fils et Kameni Carlos. La présence de nouveaux qui pouvaient marquer ou stopper les buts nous réconfortait dans cet émerveillement ; on nous apprenait que c’était le petit de tel ou tel dans notre ancien quartier et qu’on les reconnaitrait parce qu’ils ressemblaient à   leurs ainés.    

Le football nous faisait reprendre le chemin du Cameroun. Nos légitimes amours, les victoires des lions nous donnaient le courage d’aborder les soirées d’exil. Les spectacles osés de nos gémissements de boulevard faisaient le reste. Le football a accompagné notre existence ; en cours de route, on cherchait à savoir contre quel pays les lions avaient joué en notre absence. Le football, c’était une tranche de notre vie, il pouvait être moelleux ou tiède.

On savait prendre les coups et respectait toujours ceux qui nous avaient gagnés, j’ai l’impression d’avoir vu tous les matchs des lions depuis que cette équipe existe.     Dans la soixante, chaque Camerounais souhaitait prendre sa retraite pour passer le reste de ses jours à regarder les matchs des lions s’ils jouaient chaque jour quelque part. Avant les nouvelles compétitions, on revoyait les matchs d’avant, avec la même ferveur en avalant des bières ; notre cœur et notre foi nous faisaient croire à notre victoire.

Depuis quelques jours au Cameroun, la fête s’annonce. Du vert au jaune en passant par le rouge et son étoile, les taxis et motos sont en surchauffe ; ils roulent en grande vitesse, désordonnés et incohérents. Des maillots que chacun engloutit avec soin dans son corps plein de sueurs, dans la bouillante frénésie. C’est l’occasion aussi, de la chasse au trésor dans les petites débrouillardises éparpillées dans les rues. La fête en série sera incomparable et les absents à ce rituel regretteront pour des siècles.

Et soudain, les voix qui étaient lointaines ou étrangères reviennent. Perdu dans un monde parallèle, chacun veut regarder défiler la vie. C’est le Cameroun. Un pays beau comme la lune où le jour comme la nuit respire fortement. Les femmes n’étaient pas en reste ; le football depuis toujours est resté un objet de leur curiosité ; elle pousse la délicatesse jusqu’à nous donner le nom des nouveaux entrants. Elles connaissent tous ceux qui méritent de jouer. Elles aimaient le foot et en parlaient comme dans les premières rencontres amoureuses.

Quand on gagnait, le soir, on faisait avec elles, l’amour en désordre, jusqu’au matin par piété sentimentale, puis on s’abandonnait dans un carrefour soulevant nos bras en l’air en disant : « je suis fier d’être camerounais. » La défaite nous rendait nous attristement profondément ; on était comme abandonné ; toute la journée, le cœur était plein de mélancolie. Nous reprenions nos promenades en demandant à quand le prochain match pour effacer cet affront. Durant les rencontres, on savait quand le but arriverait, tout commençait par le milieu de terrain, le numéro 8 pouvait accélérer, et cela alertait les autres et un vent passait dans le stade, on savait instinctivement que le but arrive…

Et la seconde qui suivait, c’était l’euphorie le numéro 9 avait marqué.  Les footballeurs camerounais étaient fascinants ; ils nous faisaient pleurer de gaieté ; il nous donnait du bonheur, on connaissait le football par cœur. C’était 90 minutes d’effervescence ; le football rendait la nature vive, l’esprit prompt, la végétation fleurissait les roses. On ne regardait pas une star du football comme on regarde un ministre ou un président. On prenait du temps. Tant qu’il était quelque part, on restait là jusqu’à ce qu’il s’en aille sans s’en rendre compte que quelqu’un non loin de là, l’apostrophait depuis 6 heures. Sachons toujours tenir le flambeau du grand, du beau et surtout de l’extraordinaire.

Chaque lion qui marque un but sauve le Cameroun. Autour des petits stades dans tout le Cameroun en ce moment, on peut voir, des rires d’enfants qui jouent au football sur des terrains sans gazons, gaies, animés par les mélopées heureuses. Dans les bistrots, des petites querelles, des souvenirs, et des conversations qui se croisent et se parasitent, sans oublier ces histoires mille fois racontées que l’on écoute avec des regards amusés et du déjà entendus.   Notre équipe a toujours des joueurs d’exception comme dans un vieux film. Le cœur de ses stars se distingue. Elle n’a rien perdu de son éclat mystérieux et de son attrait quasi-magique d’autrefois ; nous restons une grande équipe parmi les grandes nations.

Tous les Camerounais par « jobardise » défendent leur équipe à grands renforts de statistiques. Des années déjà que j’ai quitté le Cameroun ; je suis toujours emporté par les chemins tracés par le foot. Il y a longtemps que Mbappé, Milla, Thomas Nkono, Bell, Eto’o, Song ont conçu une âme. Quand on aimait le football, on aimait le Cameroun.

Il nous a offert des moments de bonheur, on a toujours essayé d’être positif, nous savons malgré tout que nous pouvons gagner ; je crois que les joueurs du passé de Mbappé Leppé à Roger Milla, de Bell jojo en passant par Eto’o et Song, ils ont rempli un bon contrat avec ce pays et ils n’ont jamais cessé de l’être. J’aurais aimé serrer leur main ; jamais je ne dirai du mal d’eux. J’ai vécu tellement de belles choses depuis que ces gens existent. Je suis fier d’avoir vécu au même siècle que ces joueurs ; ils ont rendu service au pays ; il y a beaucoup d’autres joueurs, je ne peux malheureusement tous les citer.

J’ai eu une passion pour un joueur comme Jean Daniel Eboué premier ballon d’or camerounais et Mangamba Adalbert dont personne ne s’en souvient. Au nord-ouest, il y a eu Mukubé et docteur Ekwé de PWD de Bamenda, tous restent vivants dans les cœurs des gens. Les publics dans les gradins auront beaucoup de sourire, il faudra battre les mains, et crier bravo. Chaque match aura son charme.

L’engouement pour le football est considérable. Il ne faut pas oublier que le Cameroun fut champion olympique, c’est monumental comme prouesse. Aujourd’hui, le football est une affaire très sérieuse ; il a remplacé les guerres et se présente comme un paramètre de domination psychologique, qui oscille sur les idéologies. Il est porteur d’une identité, d’un symbole, il s’accompagne de féticheurs sublimés par les enjeux de la compétition ; il est devenu un enjeu de domination politique, il laisse des empreintes ; grâce à lui, des foules, innombrables dans le monde entier et spécialement en Afrique se croient naïvement puissantes, fortes, courageuses, une vie qu’il consacre aux soins des amours les plus libres et les plus hardis.

Le Cameroun est un pays sans chaussures, il ne se chausse que pour jouer au football, des foules rêveuses pour qui le football est l’unique instrument des retrouvailles se représentent ce pays comme un vaste et fort aimable lupanar. Je ne cesserai jamais de remercier la vie pour ce que le football a donné à ce pays. Le foot, c’est notre partenaire, c'est notre pot, notre inspiration et notre plus grand critique de la vie. Je l'aimerai jusqu'à la fin de la journée. Lui seul nous permet de chanter et de danser.

C’est là où réside la chance qui nous donne cette vie faite de grandes et de petites choses.  

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