République démocratique du Congo : le hold-up permanent
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L’affaire « Congo Hold-up », c’est près de 3,5 millions de documents et des millions de transactions bancaires qui ont été récupérés par Mediapart et l’ONG Plateforme pour la protection des lanceurs d’alerte en Afrique. Ces fuites ont fait l’objet d’études par un consortium de journaux et d’ONG. Les résultats de ces analyses mettent à nu le système de corruption en République démocratique du Congo (RDC) initié par son ex-président Joseph Kabila. Au-delà des révélations, cette affaire illustre les conséquences délétères pour le fonctionnement politique des pays touchés par ce fléau.

Kabila, au pouvoir en RDC pendant 18 ans, a mis au point un système de détournement de fonds en utilisant la BGFI, la Banque gabonaise et française internationale. Cette banque a été fondée par deux piliers de la Françafrique, la famille Bongo au Gabon et celle de Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville. Ces deux familles sont liées, Omar Bongo étant le gendre de Nguesso.

Kabila prédateur

Joseph Kabila s’est approprié des pans entiers de l’économie du pays en utilisant les fonds publics pour financer ses sociétés. Qu’il s’agisse d’Egal, société importatrice de viande et de poisson, de la Sotexki, société de textile, de Port de Fisher avec comme actif un yacht de luxe, ou de simples sociétés écran comme Sud Oil. Autre source de financement pour Kabila, les contrats miniers avec d’importants pots de vin notamment ceux passés avec des sociétés chinoises. Quant aux aides internationales, elles ont été gaspillées.

Exemple, le sommet de la francophonie qui, pour deux jours de réunion, a coûté 90 millions d’euros, financé en partie par l’aide publique au développement de la France. Kabila et ses proches ouvraient des comptes pour leurs sociétés écran à la BGFI de RDC. Cette dernière procédait à des virements internationaux en utilisant sa filiale française ou d’autres établissements comme Citybank et la Commerce Bank. Les documents de « Congo Hold-up » ont mis à jour des concussions pour un montant de 350 millions d’euros.

Mais si l’essentiel des documents font la part belle au clan Kabila, ils mettent aussi en cause deux proches conseillers du président actuel Félix Tshisekedi.

Les conséquences de la corruption

Cette corruption est évidemment condamnable d’un point de vue moral, et préjudiciable au niveau économique pour le manque à gagner pour la RDC. Comme l’indique la Banque mondiale : « Le pays se situe au troisième rang mondial pour le nombre de pauvres et la situation s’est encore aggravée à la suite de la pandémie de Covid-19. Selon les estimations, 73 % de sa population, soit 60 millions de personnes, vivent avec moins de 1,90 dollar par jour en 2018. »

Mais la corruption des dirigeants pervertit aussi totalement le système politique. En effet, elle alimente la construction et l’entretien de réseaux clientélistes, souvent ethniques. Ce qui a un effet délétère sur la cohésion sociale du pays. Les élections deviennent un formidable marché où les voix, parmi une population de plus en plus appauvrie, s’achètent pour quelques dollars. C’est ainsi que l’on arrive à des paradoxes, où pour une élection présidentielle, le coût par électeur est plus élevé à Madagascar… qu’aux USA.

Cette façon de gérer le pays ne se contente pas de pervertir le processus démocratique, parfois elle l’annihile. L’enjeu du maintien au pouvoir devient vital, encouragé par leurs proches. À cet effet, les dirigeants déploient des stratégies allant de la manipulation des Constitutions à la fraude électorale généralisée.

Ces systèmes de corruption à grande échelle sont encouragés par le système capitaliste. La course aux ressources naturelles, parfois rares mais indispensables dans la fabrication de certains produits, pousse les multinationales à soudoyer les dirigeants pour obtenir les permis d’exploitation, maintenant ainsi la division internationale du travail funeste pour les pays pauvres. Cette corruption est parfaitement intégrée au système économique inter­national car l’essentiel des sommes détournées retournent dans les escarcelles des entreprises ou des banques occidentales.

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