L’Avenue Kennedy : la rue des sapeurs
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C’est ici que de nombreux usagers achètent chaussures, vestes et chemises. Les prix abordables sont l’une des raisons avancées par les différents clients rencontrés.

Agression, vol éhonté, insécurité galopante. Ces maux ont réussi à bâtir la réputation de l’Avenue Kennedy ces dernières années. Tout passant ici est en alerte permanente. A pied ou à voiture, chacun promène les yeux de part et d’autre pour ne pas se faire surprendre par un « arracheur » de sac ou de téléphone.

Ici, on est sur le qui-vive ; le lieu est une sorte de « no man’s land ». Malgré ce tableau peu reluisant, ce haut lieu des affaires de la ville de Yaoundé draine du monde au quotidien. Loin des grandes enseignes huppées de la capitale politique, c’est dans les ruelles de cette avenue que certains viennent chercher de quoi garnir leur garde-robe.

Ce samedi 04 novembre, Etienne B. arbore fièrement un costume trois pièces de couleur bleue. Dans la poche de sa veste trône une petite fleur de couleur rouge. Il tient également entre ses mains, une veste de couleur noire qu’il n’hésite pas à présenter à qui veut toucher la matière. Il n’échappe pas au regard des curieux. « Ce costume te va très bien, mon petit », lui lance une dame conquise. En réalité, Etienne B. est un vendeur de costumes.

Depuis huit ans, ce trentenaire y a consacré tout son temps et son énergie. Porter les vestes est une approche commerciale pour attirer les clients. Sur la chaussée d’une ruelle qui donne sur l’Avenue Kennedy, il est d’attaque. Il se rapproche de tout passant, homme comme femme, pour présenter ses vêtements sur mesure. « Mon frère, il y a des costumes de grande qualité. Toutes les couleurs sont disponibles, à des prix abordables », dit-il à longueur de journée aux passants. La dernière phrase est toujours la même à chaque fois : « Tu peux visiter le magasin, juste là derrière ».

Nous sommes tombés sur l’approche aguichante d’Etienne. Il nous a convaincu à visiter le local pour nous faire une idée des différents costumes et modèles en stock. Situé à quelques mètres de la route principale, le magasin est noir de vêtements. Des costumes, des chemises et des cravates affichent fière allure. Plusieurs jeunes font des va-et-vient avec des vestes entre les mains. « On peut vous trouver une veste à partir de 30 000 Fcfa. Il y a un couturier juste à côté qui peut ajuster les pantalons à votre goût », renseigne Etienne, notre guide circonstanciel. Il travaille en partenariat avec cette boutique et tire ses dividendes sur chaque pièce vendue. Les costumes viennent tous de Dubaï.

Comme lui, de nombreux jeunes y se présentent ici comme ‘’conseillers vestimentaires’’. « Beaucoup de personnes achètent les vestes ici chez nous. On leur propose parfois des couleurs en fonction des chaussures qu’ils ont. Les prix sont abordables. Une veste de 45 000 Fcfa ici à l’Avenue Kennedy peut coûter plus de 90 000 Fcfa dans les boutiques des grands messieurs à Bastos par exemple. On a de belles vestes », se réjouit Alim.

De l’autre côté de la route, la police n’a pas découragé Idriss Onana. Plusieurs vendeurs installés aux abords d’une banque, située au cœur de l’Avenue Kennedy, ont été invités à déguerpir. Mais ce vendeur de Jeans et chemises squatte toujours les lieux avec l’espoir de convertir les indécis en clients. « On nous chasse ici. J’essaie de jongler comme je peux. J’ai des vêtements de qualité. Les prix sont à la portée de tout le monde. Je peux faire une composition pour les clients en fonction de l’évènement. La sape est un art. Avec 10 000 Fcfa, le client peut repartir satisfait », explique-t-il.

Et d’ajouter : « On a perdu beaucoup de clients à Kennedy à cause de ces petits qui soutirent les portemonnaie ou les téléphones des passants. Certains ont parfois peur de revenir. On retrouve tout ici à Kennedy. Chaussures, appareils etc. Nous habillons également de grandes personnes ici. On a une mauvaise image de Kennedy, mais n’oublions pas qu’il y a une activité économique très développée ici avec des jeunes qui touchent à tout. Certains se forment surplace ». La dernière veste achetée par Ernest Ngono date de trois mois. Ce cadre dans un établissement bancaire de la  place avait déboursé 40 000 Fcfa.

« Les prix sont abordables contrairement aux grandes surfaces. La qualité également est bonne. Je viens acheter une veste de couleur noire cette fois ci », indique-t-il. Si le côté sombre de l’Avenue Kennedy reste présent dans l’esprit de nombreux usagers, il n’en demeure pas moins que ce haut lieu des affaires offre divers services. Chacun trouve facilement son compte ; même les sapeurs. Il suffit de demander pour être servi.

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