PREDICATION DU DIMANCHE 12 DECEMBRE 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 12 DECEMBRE 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Sophonie 3,14-18 ; Philippiens 4, 4-7 ; Luc 3,10-18 

Les lectures de ce 3° dimanche de l'Avent nous invitent à la joie.

Traditionnellement, ce dimanche était appelé « Gaudete » (réjouissez-vous). L'invitation à la joie chez Sophonie éclate en fait dans un ciel bien sombre. Sophonie écrit dans le courant du 7° siècle (avant notre ère) à une époque où l'Assyrie dominait toute la région d'une main « de bronze ».

Cette domination militaire était doublée d'une domination culturelle : l'Assyrie était parvenue à réintroduire du polythéisme en Juda et en Israël. Beaucoup de Judéens, par réalisme, s'étaient rangés sous le modèle assyrien. Le livre de Sophonie se présente comme une suite d'imprécations, de condamnations, d'oracles contre les puissances étrangères, certes, mais aussi contre les collaborateurs de l'intérieur (les chefs, les faux prophètes et les marchands). L'extrait que nous venons d'entendre vient tout à la fin et est en rupture totale avec le reste du livret.

Il s'adresse en fait au « reste d'Israël » (le petit reste humble et fidèle, pauvre et faible). Il est une promesse, une vision. Pour le christianisme, cette promesse est réalisée en Jésus-Christ, par sa naissance même. C'est pourquoi l'Eglise nous invite à nous réjouir de cette naissance comme Sophonie se serait réellement réjoui s'il avait connu ce roi-Messie qu'il appelait de ses vœux.

Mais pour vivre cette joie, nous devons prendre conscience du renversement radical, de la rupture qu'introduit la présence de ce Seigneur Dieu, roi d'Israël, par rapport aux habitudes du « monde ». Les habitudes du « monde » du temps de Sophonie sont stigmatisées par lui-même dans son livret.

Quelles sont ces « habitudes du monde » à notre époque, en contradiction avec le Royaume de Dieu ? Chaque génération doit refaire ce travail d'analyse et chaque chrétien doit le refaire pour lui-même. Nous ne pouvons pas nous laisser-aller, adopter le modèle ambiant de la société ni les modes idéologiques « pour être dans le vent ». Il nous est demandé « d'être en Jésus-Christ », comme le dit l’apôtre Paul. Si nous gardons notre cœur et notre intelligence en Jésus-Christ, nous nous rendrons compte de la rupture et nous connaîtrons cette joie qu'entrevoyait Sophonie. Cette joie n'est pas une affaire de ripailles, de flots de boisson.

Cette joie est sérénité. Mais pas seulement une joie intérieure, privée mais une sérénité qui puisse être connue par tous les hommes, nous précise l'épître. Mais d'où nous viendrait cette sérénité ? Alors que dans notre monde - comme à l'époque de Sophonie - tout est là pour nous agresser physiquement, moralement et spirituellement. Ne pas craindre, nous dit Sophonie, relayé par Paul.

Dans leur bouche, il ne s'agit pas d'un pieux conseil d'autosuggestion psychologique. Il s'agit de se soustraire à certains mécanismes du monde pour qu'ils n'aient plus prise sur nous, qu'ils ne puissent plus être moyen de chantage, de nous faire faire ce à quoi une conscience chrétienne répugnerait.

D'autres passages de la Bible nous parlent de la nécessaire crainte de Dieu, ce qui pourrait nous sembler contradictoire. Mais « craindre Dieu », ce n'est pas trembler toute la journée devant son crucifix, c'est dans la ligne du texte de Sophonie, ne pas craindre ce qui n'est pas Dieu (se libérer donc de toutes les craintes du monde). Le texte de l'évangile nous parle du baptême proposé par Jean le Précurseur. Les gens s'y montrent tout disposés. Ils ont bien compris le renversement, la rupture, la conversion que cela supposait.

En cela, les temps sont prêts pour accueillir un Messie tel que souhaité par Sophonie et les prophètes. Les gens demandent : « Que devons-nous faire ? », la seule vrai question pratique après tous les raisonnements. Le fait que différents cas soient présentés et qu'un conseil approprié à chaque cas soit donné est une première leçon : Jean le Baptiste ne propose pas de grands slogans ; il propose des conseils concrets, proches des gens. La teneur même de ces conseils est une autre leçon : les directives n'ont rien d'extraordinaire ni d'impossible. Jean le Baptiste n'exige pas des gens de se renier eux-mêmes, ni leur métier, ni de sacrifier leur vie (ou celle des autres !) pour une quelconque cause révolutionnaire.

Jean ne leur propose pas quelque chose ; il leur indique quelqu'un « de plus puissant », mieux à même de nous aider à lutter contre les puissances de ce monde. Car la vie éthique suivant la voie de Dieu est, en effet, un combat : tout n'est pas égal ; il y a du bien, il y a du mal ; et il faut choisir ! Et pour faire ces choix, difficiles, il faut être solide. Nous le serons si nous nous adossons à « plus puissant que nous ».

Ce n'est pas en nous réfugiant dans une bulle protégée que nous devons trouver la sérénité. Nous devons la trouver au milieu du combat. Ayant trouvé nous-mêmes la sérénité et la joie dans la présence de Dieu, nous devrons encore apporter cette sérénité, cette « paix qui dépasse toute imagination » à tout notre entourage, à ce monde inquiet et tourmenté. Frères et sœurs dans le Seigneur, Jean-Baptiste ne leur dit pas de tout quitter, de changer de vie.

Il leur dit tout simplement ne changez pas de vie mais changer votre vie, c'est-à-dire vivez-la autrement, différemment. Voilà ce à quoi nous sommes appelés par la foi. Il est inutile de se mettre à rêver de ce que nous ferions si nous étions comme ceci ou si nous avions cela.

C'est non seulement inutile mais absurde car ce qui suit le " si ", ce n'est plus nous. Nous avons donc à devenir qui nous sommes. Qu'est-ce à dire dans un monde comme le nôtre qui prône ce mensonge d'une identité acquise à partir de nos avoirs, de nos possessions.

Un peu comme si, parce que j'ai alors je suis. Erreur fondamentale car notre identité ne se construit pas sur nos envies, sur nos avoirs. Ceux-ci sont extérieurs à notre être. Non notre identité se construit à partir de qui nous sommes. Je n'ai pas à prétendre être qui je ne suis pas. C'est en nous et seulement en nous que se trouvent la réponse et les moyens qui vont nous permettre de changer notre vie.

Et l'évangile de ce jour nous apprend que Dieu ne peut se contenter de vœux pieux. Devenons qui nous sommes à partir de ce que la vie nous a donné. Toutes et tous nous sommes capables de changer, chacune et chacun à son rythme. Et tout est là, en nous.

Apprenons à nous connaître et à prendre conscience de toutes ces richesses qui habitent en nous. Si nous ne les voyons pas, espérons que nous rencontrons sur notre chemin des femmes et des hommes qui nous les feront découvrir. En ce temps d'attente où nous nous rappelons ce mystère de Dieu qui se fait homme, prenons le temps de changer notre vie pour être en cohérence avec celui qui habite au plus profond de nous-mêmes et qui fait de nous son lieu de résidence sur terre.

Il est vrai que changer sa vie peut parfois donner l'impression de faire un grand saut dans le vide. Nous sommes en chute libre sauf si nous croyons que l'Esprit de Dieu nous accompagne et nous lie à lui pour que cette transformation intérieure se vive dans la joie.

Changer sa vie, c'est donc être capable de se libérer de ses faux rêves, de l'abondance de ses avoirs, de ses jalousies. Ce n'est plus regretter ce que je n'ai pas mais rendre grâce de tout ce que j'ai déjà. Dieu n'attend pas que nous fassions une révolution car la révolution fait table rase du passé. Il nous propose plutôt de vivre une évolution, une transformation en douceur à partir de ce que nous sommes.

J'ai donc je suis est un leurre. Je pense donc je suis à une certaine valeur. Je deviens qui je suis, c'est la promesse du bonheur. Et ce dernier se découvre dans la joie que Dieu nous promet car elle est le moteur de nos transformations. Alors si Dieu est Dieu et si je deviens qui je suis, cette joie doit inonder nos visages de lumière, une lumière divine qui nous rend crédible les uns vis-à-vis des autres.

Si Dieu est Dieu et si je deviens qui je suis, attention à la tête que je donne à voir. Elle est le lieu de ma vérité. Elle est signe de ma capacité de changer ma vie. Alors, à toutes et à tous, à nos miroirs.

Amen. 

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