MONA AZZAM, L'ECRIVAINE AMOUREUSE DE L'AFRIQUE EN ENTRETIEN AVEC CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: MONA AZZAM, L'ECRIVAINE AMOUREUSE DE L'AFRIQUE EN ENTRETIEN AVEC CALVIN DJOUARI

Mona Azzam, est écrivaine française. Africaine dans l'âme, elle y est née et adore ce continent de tout son cœur. Elle a visité plusieurs pays africains leur consacrant de nombreux ouvrages. Le plus connu par moi  est, Ulysse a dit… (Éditions La Trace)  qui rappelle son séjour en terre d'Afrique. Camer.be l’a rencontrée et au cours d’un entretien qui restera dans les annales, cette dame à la plume ciselée, m'a  montré comment la vie concrète rode autour de chaque famille humaine. Le monde est devenu un village planétaire et avec l’écriture on doit commencer par  casser les frontières.  

Bonjour Mona Azzam et merci de nous accorder cette interview. Peux-tu te présenter à nos  lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Professeur (lettres modernes) à Montpellier , je suis auteure de romans, d’essais littéraires, de nouvelles et de poésie : Nerval dans le sillage de Dante (Cariscript)  ; Sur l’oreiller du sable (l’Harmattan) ; Dans le Silence des Mots Chuchotés (Éd. La Trace) ; Nous nous sommes tant aimés (Éd. La Trace) ; Le Sablier des mots (Vibration Éditions) ; Ulysse a dit… (Éd. La Trace) ; La Plume des pages (BOD) ; Jardins, Ponts, Planètes Planètes (anthologie collective ; Association le Verbe  POAIMER) ; Des jasmins en bord de mer (anthologie collective ; Association poétique Luna Rossa) ; À quels feux s’invitent vos rêves ?( Collectif , Ed Le Coudrier) ;   Qu’est-ce que l’Afrique ? (Collectif ; Collection Sembura , Éd La croisée des chemins) ; Maman Recto Verso (Franck Ayroles , Ouvrage collectif , Leclerc).   

Passionnée des mots, ils constituent ma patrie et restent pour moi mes compagnons les plus fidèles ainsi que mon arme la plus ciselée pour transmettre des messages qui me tiennent à cœur.   

2- Une première question simple me vient à l’esprit : au lieu de te demander qu’est-ce que la littérature, j’aimerais plutôt te demander ce que la littérature n’est pas ? La littérature n’est pas, à mon sens, un moyen mercantile. Elle n’est pas un objet de consommation. Elle n’est pas le lieu où l’on s’épanche pour s’épancher. Elle n’est pas un plaisir éphémère. 

Tu es très attachée à l’Afrique, je sais que tu es née en Côte d’Ivoire. Quand on est Française et née en Afrique, est-ce que c’est l’environnement africain qui nourrit ton imaginaire narratif ?

J’ignore si je suis une  Française née en Afrique. Je ne suis pas persuadée de l’importance des nationalités. On ne m’a jamais dit “toubabou” chez moi, en Côte d’Ivoire. Je ne me suis jamais considérée autrement que l’enfant du pays.  Le lieu où l’on est né est déterminant de ce que l’on est. De ce que l’on devient. De ce que l’on écrit. Je suis née en terre d’Afrique.  Mon imaginaire est nourri de senteurs, de couleurs, de symphonies africaines, de saveurs. C’est indéniable. Parce que l’Afrique est le terreau qui m’a nourrie. Au sens propre comme au sens figuré. 

Toi qui connais bien ce continent pour l’avoir visité de long en large, est-ce que c’est facile d’écrire en Afrique lorsqu’on est française ?  

Écrire est un acte qui est loin d’être facile. Que l’on soit Français ou pas. Que l’on soit en Afrique ou ailleurs. L’écriture est en dehors des lieux et chemine dans un ailleurs au-delà des espaces et des nationalités. Écrire, c’est é-cri-re. Un cri qui parfois dit l’ire.  C’est embraser le silence du cri d’une hyène hurlant depuis une savane lointaine. C’est revêtir les mots des percussions d’un tam-tam qui résonnent entre les lignes d’une pages blanche que le griot en nous se surprend à remplir.

 Maintenant que tu as l’âme profondément africaine, comment sont accueillis tes ouvrages par ses habitants ?

 Mes ouvrages sont plutôt bien accueillis de manière générale car ils sont loin de l’exotisme que l’on a tendance à associer à ce continent si complexe et si authentique. 

Tu as écrit des romans saisissants sur l’Afrique comme « Ulysse a dit » qui rappelle le drame du peuple Malien partant de là de toute  l’Afrique. Quel est ton sentiment à l’égard de la politique française en Afrique ?    

Je suis quelque peu déçue pour ne pas dire profondément déçue de constater que les discours demeurent les mêmes et que les réels changements n’existent qu’en surface et ce, malgré le passage des années. L’Afrique a besoin de renouveau et de paix. Il appartient désormais à l’Afrique de se re-construire autour d’un projet commun, de puiser dans ses propres richesses et de ré-écrire aussi son histoire. Telle est la tâche à laquelle chaque Africain devrait s’atteler. Il en va de la survie de notre Afrique. 

Lorsque tu écris qu’est-ce qui prend une grande importance chez toi, la phrase ou le mot ?    

Au commencement est le mot et ses sonorités. Et ses multiplicités de sens. De mot en mot, de sonorité en sonorité, la phrase prend vie et se nourrit au fur et à mesure pour devenir une union de mots choisis avec soin. Avec tact. Avec respect. 

Lorsque je  lis tes œuvres, moi qui suis aussi écrivain, je perçois une psychologie féminine ; je t'ai posée  cette question au cours de  l’émission l’instant littéraire, je reviens  là dessus pour te demander s'il  existe à ton avis  une écriture dite  féminine ?    

Je n’en suis pas persuadée. Il y a peut-être une sensibilité une psychologie féminine, peut-être une douceur à manier la plume. Mais une écriture dite féminine, je ne pense pas. Mais c’est aussi ma manière d’être, de refuser les étiquettes...

Tu es une écrivaine très prolifique, tu écris depuis ta tendre jeunesse. A chaque livre, tu te démarques régulièrement dans le genre littéraire surtout  les romans, ce qui  bouscule l'esprit du  lecteur, je prends  par exemple AMINE qui va bientôt paraître. Peux-tu nous présenter ce nouveau bébé qui parait le 13 janvier 2022 ?    

Amine (Éditions la Trace) est effectivement un roman porteur de messages qui me sont chers et qui sont la fraternité, l’acceptation de l’autre avec toutes ses différences ; la lutte contre les idées faites et les discriminations. Amine, c’est le roman de la main tendue. Vers l’autre. Er qui ouvre le champ à tous les possibles.   

Est-ce que c’est une décision facile d’écrire des œuvres  comme les tiennes qui touchent de façon subtile la conscience humaine ?  

C’est surtout un choix. Je suis camusienne, dans ma manière de penser. J’estime que c’est le rôle de l’artiste de faire entendre la voix de celles et de ceux  que l’on n’entend pas. La littérature doit questionner et parfois même déranger, secouer. Bousculer. 

11- Quel est le but que tu t’es fixé en tant qu’écrivaine dans la vie ?     Rester fidèle à moi-même et à mes valeurs. Continuer à donner de la voix pour dire l’humanité. Œuvrer pour la paix. Et pour l’Afrique. Et ce, par le biais de l’écriture. 

Dans tes conversations l'Afrique revient toujours, as-tu  réussi à cultiver le jardin africain comme candide de voltaire ?    

Le jour où je réussirai, j’aurai fini d’écrire. Or, le jardin africain est une quête en soi, une terre en friche que l’on laboure aujourd’hui et que l’on se surprend à labourer de nouveau le lendemain. Et c’est fort heureusement. Comme le manioc, les tubercules repoussent toujours. Il en va de même pour le jardin africain. 

Je te laisse carte blanche pour terminer cette interview !  

Pour finir, je tiens à te remercier pour ce temps de parole que tu m’accordes et je donne rendez-vous aux lectrices et aux lecteurs le 13 janvier 2022 avec la parution aux Éditions la Trace  de mon “petit” Amine, ma petite graine de cacao, qui se retrouve un matin, au cœur de l’école des autres, l’école des petits Français, et qui parlent une langue qui n’est pas la sienne.  Je leur donne également rendez-vous au mois de mars  2022, pour la parution chez Vibration Éditions  de mon roman intitulé Nomades, et qui se déroule au Mali. L’Afrique, encore et toujours.

Notre Afrique. 

 

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