PREDICATION DU DIMANCHE 7 NOVEMBRE 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 7 NOVEMBRE 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Texte : Marc 12, 41-44

Dans beaucoup de nos familles, ce qui compte, c’est de sauver les apparences ; la vitrine familiale en quelques sortes. Même si dans l’arrière-boutique tout est en désordre et que l’on y trébuche à chaque pas sur d’autres difficultés, discordes et problèmes, l’essentiel, c’est que la vitrine soit belle et le reste… ça ne regarde personne.

Et le pas est vite fait de se dire que si la vitrine est belle, si on est vu par les autres comme étant quelqu’un de bien, d’équilibré et de respectable, on l’est forcément… et c’est rassurant, même si parfois, au fond de soi, on sent que cela sonne faux et que la distorsion entre ce qui se joue en nous ou chez nous et dans la vitrine, nous empêche d’être réellement nous-mêmes, avec nos fragilités, nos failles et nos défauts. Mais comme on nous a toujours appris qu’il fallait assurer et sauver la face, alors…

Dans l’éducation que nous donnons à nos enfants, nous insistons aussi souvent sur l’importance de l’image qu’il faut donner de soi aux autres ; sur ce qu’ils ont le droit de dire en public et ce qu’il faut cacher, sur les comportements qu’ils doivent avoir en société et ceux qui sont à proscrire. Et c’est normal, dirons-nous ; ce ne sont, ni plus, ni moins, les règles du savoir-vivre en société et de la bienséance que nous leur transmettons. Voire…mais le risque est grand de tomber dans une sorte de schizophrénie de l’artifice où il y a, d’une part la vie chez soi dans les coulisses et la vie officielle, c’est à dire, celle qu’on joue sur le devant de la scène, pour le public et pour l’image de marque…

Sur la scène : pas question de montrer ses faiblesses, il faut assurer ; pas question de montrer ses fragilités, il faut être fort et s’affirmer. Pas question d’avouer ses limites, il faut être disponible et prêt à tout. Pas question de reconnaître ses torts, il faut avoir raison. Pas question d’exprimer ses craintes et ses angoisses, il faut être optimiste et confiant.

Comme si la vie public consistait à se comporter comme un surhomme, un être lisse, sans défauts et sans accros, toujours au top. Comme si la vie en société consistait à jouer un jeu de dupe où chacun fait croire à l’autre qu’il est parfait, pur et sans défauts ; fort et sans faille ; heureux et sans soucis. C’est ce jeu de dupe que Jésus fait voler en éclat dans ce texte de l’offrande de la veuve, en valorisant le geste de cette femme. Certes, il est question d’argent, mais c’est de vérité de vie et de relation à Dieu et aux autres dont parle Jésus.

L’argent n’étant qu’un moyen de communication sur la scène, devant public pour exprimer autre chose. Et c’est à cette lecture symbolique du texte que j’aimerais vous inviter aujourd’hui. Certes, il est probable qu’après cette lecture symbolique du texte notre rapport, aux choses et à l’argent sera probablement bouleversée et serons-nous peut-être obligé de repenser notre manière de gérer et d’utiliser notre argent, mais si tel est le cas, c’est parce que nous aurons vraiment compris le sens du don. 1. Déposer nos manques : « Elle a mis de son manque ». Ce qui a retenu mon attention dans la longue lecture et relecture de ce texte, c’est un petit bout de phrase où il est dit – au sujet de la pauvre veuve – qu’au moment où ce fut son tour de déposer son offrande, « elle a mis de son manque », tandis que les autres mettaient de leur superflu.

Et je me suis demandé ce que cela pouvait vouloir signifier « ce superflu ». Le superflu, c’est ce qui me permet de me passer de Dieu et des autres ; voire, ce qui me permet de me débarrasser des autres et de Dieu sans que je sois gêné ou remis en question dans ma propre vie. Le superflu, c’est aussi ce qui me permet de m’aliéner les autres et Dieu, de les obliger à l’admiration et au silence. Dans le texte en l’occurrence, il s’agit de grosses sommes d’argent par lesquels Dieu doit être satisfait et donc se taire ; et les spectateurs impressionnés au point que la seule chose qu’ils puissent éventuellement encore dire du donateur, ce sera des paroles d’admiration, de louange et de respect.

Le superflu, c’est tout ce que nous mettons en avant pour être aimé et admiré des autres, pour les impressionner et leur montrer leur impuissance et leur faiblesse. Le superflu, c’est tous nos points forts qui ne nous coûtent pas beaucoup d’efforts mais qui nous permettent d’asseoir un pouvoir sur les autres et de les maintenir dans une situation de dépendance admirative à notre égard. Le superflu c’est en somme notre hypocrisie, notre manque d’authenticité et de sincérité, ce jeu que nous jouons devant les autres pour nous sentir exister et nous rendre importants.

Celui qui ne vit que dans le superflu, n’a besoin ni de Dieu, ni des autres… sinon pour qu’ils lui tendent un miroir narcissique dans lequel il peut s’admirer. Dieu et les autres, il n’en a cure, car tout tourne autour de sa personne, de son ego, de son orgueil et de sa fierté. Le superflu ne nous met pas en contact avec autrui, mais nous conduit au mépris et à la suffisance : « J’ai tout ; je sais tout ; je peux tout ; je fais tout ; je n’ai besoin ni de Dieu, ni des autres ».

Et Jésus ne valorise pas un seul instant ceux qui se contentent du superflu, c’est à dire d’une religiosité tape à l’œil, d’une générosité condescendante, d’une relation à autrui basée sur la recherche de domination, de valorisation personnelle et de mépris de l’autre. Mais il met en avant et donne en exemple le geste dérisoire aux yeux de tous, de cette pauvre veuve. Certes, il est clair que la somme qu’elle dépose dans le tronc est misérablement ridicule. Ce ne sont pas ces deux centimes qui vont permettre d’entretenir le Temple ou de venir en aide aux pauvres.

Et pourtant, ils sont importants, parce qu’ils sont l’expression à la fois d’une générosité sans mesure mais aussi et surtout d’une authenticité du cœur qui force l’admiration (et non le mépris, tendance naturelle de l’homme face à un geste aussi dérisoire). « Elle a mis de son manque ». Elle dépose devant Dieu son manque, sa pauvreté, ses limites, sa souffrance. En venant déposer ses 2 cts, c’est cela symboliquement qu’elle fait. Elle ose dire publiquement devant les autres et devant Dieu, sa misère, son désarroi, sa détresse aussi. Veuve, elle l’est, c’est à dire livrée à sa solitude, déchirée dans son cœur, anéantie affectivement et fragilisée socialement. Elle aurait pu se cacher, rien ne l’obligeait à cette offrande du 13ème tronc qui était facultative. Mais elle vient avec sa misère, sa détresse et sa pauvreté pour les déposer et les remettre entre les mains de Dieu.

Elle vient, telle qu’elle est, sans fard et sans mise en scène, avec ses fragilités, ses craintes et ses peurs pour l’avenir ; avec ses blessures et ses failles, pour les déposer humblement devant Dieu. Elle se donne à voir telle qu’elle est en vérité, un être ayant besoin d’attention et d’amour, de protection, de soutien et d’aide, car le peu d’argent signifie de façon inversement proportionnelle le poids de la misère et de la détresse qu’elle apporte avec elle et qu’elle remet, avec confiance, entre les mains de Dieu. Et la valorisation par Jésus de ce geste est pour nous une invitation à venir déposer notre manque devant Dieu, c’est à dire nos blessures, nos détresses, nos pauvretés humaines et matérielles, nos peurs et nos angoisses entre ses mains.

Devant Dieu, pas besoin de jouer un jeu, pas besoin de soigner la vitrine, il connaît l’arrière-boutique de notre vie, mieux que nous-mêmes et il nous accueille et nous reçoit tels que nous sommes en vérité. Devant Dieu, comme la veuve, nous pouvons être vrai et nous défaire de tous nos artifices, car si l’homme regarde aux apparences, Dieu regarde au cœur de l’homme et ce qui compte, c’est un cœur vrai, authentique qui ose s’avouer ses manques et ses échecs, son indigence et sa misère, sa pauvreté affective et son mal-être quotidien.

Devant Dieu, nous pouvons déposer notre indigence spirituelle et morale, notre pauvreté humaine et relationnelle et crier notre soif d’amour et de vie en plénitude. En effet, plutôt que d’avoir honte de ce que nous sommes, de nous laisser écraser par ce qu’est ou est devenue notre vie, osons le pas du don de notre manque en le déposant, comme cette pauvre veuve, devant le Christ Jésus qui nous dit : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos » 2. Donner toute sa vie : « Elle a mis toute sa vie » La suite de la phrase de Jésus au sujet de la veuve, dans sa version grecque a aussi retenu mon attention. En effet, ce que nous traduisons habituellement par « elle mis tout ce qu’elle avait pour vivre » peut aussi être traduit ainsi : « Elle a mis toute sa vie » autrement dit, elle a donné toute sa vie en offrande à Dieu.

Elle la remet entre les mains de Dieu pour le présent et pour l’avenir afin qu’il en dispose. Elle met sa vie au service de Dieu et seul compte désormais sa volonté. Elle lui fait pleinement confiance, ne craignant ni la pauvreté matérielle, ni la faim physique, convaincue que Dieu pourvoira à tous ses besoins. Par son geste de totale mise à disposition de sa vie pour Dieu, elle exprime une foi d’une impressionnante profondeur, bien plus impressionnante que les grandes sommes d’argents de ceux qui pensent ainsi pouvoir se mettre en règle avec Dieu ou se le mettre dans la poche.

Son geste, expression de foi et d’espérance, de proximité intime avec Dieu, manifeste aux yeux de tous, la richesse et la beauté intérieure qui l’habitent et qui lui donnent la force et le courage d’être vraie devant Dieu et les hommes. Sa vie, elle la reçoit comme un don de Dieu, c’est pourquoi elle la remet aussi entièrement entre ses mains ; non pas par calcul ou pour obtenir quelque chose, mais par amour ; parce que lorsque l’on aime, cela va de soi que l’on se donne pleinement à l’être aimé et que l’on accepte les risques de cet amour sans condition. Elle se donne pleinement, corps et biens à Dieu non par folie ou inconscience mais parce qu’elle sait qu’il existe une pauvreté bien plus grande sur cette terre que le manque d’argent et de bien.

Cette pauvreté dont je veux parler et qui menace l’homme d’aujourd’hui, c’est le manque de confiance, le manque de sécurité, le manque d’amour, le manque d’humilité, le désir d’avoir toujours plus, le besoin de se venger de son propre mal-être sur les autres,… Le mal qui ronge notre monde et les hommes, c’est de vivre sans confiance en Dieu (celui-ci n’étant indispensable que pour en faire le bouc émissaire de la misère humaine), sans humilité (où l’homme accepterait de reconnaître ses limites et ses failles), sans amour véritable (qui se donne sans condition), sans reconnaissance (chacun pensant que tout lui est dû). Le mal qui ronge notre monde et les hommes de notre temps, c’est une vie basée sur le paraître et l’artifice, sur les choses matérielles et le pouvoir que donnent l’avoir et l’argent.

Et où la vérité de l’être, sa dimension spirituelle et relationnelle, est méprisée, oubliée, niée. « Là où est ton cœur, là est ton trésor ! » Et les trésors de ce monde sont voués aux voleurs et à la rouille, nous avertit Jésus dans un autre passage d’évangile. D’autres images encore nous invitent à veiller sur quelles fondations nous construisons notre vie, sur du sable ou sur le roc, sur les choses de ce monde qui passent ou sur Dieu. Martin Luther a dit : « Si tu crois, alors tu es riches » c’est exactement ce que Jésus veut dire ici, dans la valorisation du geste de la veuve.

Si nous nous en remettons pleinement à Dieu, si nous lui faisons confiance pour notre présent et notre avenir, pour la durée de notre vie, pour les chemins par lesquels il nous conduit, pour ce que la vie nous offre ou nous prend ; si nous nous remettons entièrement entre les mains de Dieu, nous faisons ou ferons l’expérience d’une liberté et d’une paix intérieure, d’une joie et d’une reconnaissance qui transfigurent notre regard sur les événements de notre vie et nous aide à les traverser avec confiance et espérance. C’est cela être riche – Riche dans notre cœur.

Richesse spirituelle et humaine, don de Dieu à celui qui se donne à lui. Ne laissons pas le vide intérieur et l’insatisfaction personnelle se creuser en nous ; vide intérieur et insatisfaction qui nous poussent à chercher à compenser notre mal être ou mal de vivre par des richesses matérielles ou la course à l’argent, au pouvoir ou à l’estime des autres. La source de notre équilibre et de la plénitude de vie se trouve en Dieu qui nous appelle à choisir la vie et au bonheur en l’aimant, en l’écoutant et en nous attachant à lui. (Dt 30 15-16.19-20) 3.

Faire confiance à Dieu et oser l’espérance Ce qui donne sens et saveur à une vie d’homme ; ce qui lui donne sa grandeur aussi et sa force, ce ne sont ni l’argent, ni les choses matérielles, ni même l’admiration des autres. Tout cela peut disparaître en un rien de temps. Les hommes sont changeants ; un jour ils vous acclament, le lendemain, ils vous maudissent ; les biens matériels et l’argent, tout cela s’abîme et se perd. Le paraître aussi, ne résiste pas à l’usure du temps et aux épreuves de la vie.

Un jour ou l’autre, la vérité de notre être se révèle et tous les artifices que nous aurons mis en œuvre tomberont et nous laisseront ridiculement nus devant les autres et devant Dieu. C’est pourquoi Jésus nous invite à quitter la scène de notre théâtre personnel et à débarrasser la vitrine de notre vie de ses artifices et faux-semblant. Bien plus, en nous donnant la pauvre veuve en exemple, il nous invite à fonder, à construire notre vie sur autre chose, sur l’humilité et la vérité, la confiance et l’espérance en Dieu seul. Il nous invite à offrir notre vie à Dieu, telle qu’elle est, avec ses pauvretés et ses questions, ses blessures et ses peurs. Et à lui faire confiance qu’avec le peu que nous sommes, Dieu peut faire de grandes choses dans notre vie et au travers de nous pour les autres. Certes, les 2 centimes de la veuve, c’était ridiculement peu et pourtant ! Les cinq pains et deux poissons pour nourrir une foule immense, c’était ridiculement peu et pourtant ils ont suffi ; il y avait même encore des restes (Luc 9, 10-17).

L’eau dans les jarres, lors des noces de Cana, c’était lamentablement peu lorsque le vin vint a manqué, et pourtant, une parole du christ suffit pour qu’il y ait du vin en abondance ; même du très bon vin ! (Jean 2, 1-12).

De nos manques, si nous les confessons et les remettons entre les mains de Dieu, peut naître l’abondance ; une abondance qui peut être source de vie et de joie pour nous-mêmes et pour d’autres, comme nous l’indiquent ces deux récits que je viens d’évoquer. L’important pour nous, c’est de donner toute notre vie à Dieu et de lui faire confiance pour aujourd’hui et pour demain, comme la veuve qui déposa toute sa vie dans le tronc du Temple ; comme le Christ lui-même qui déposa sa vie dans le tombeau de Joseph d’Arimathée.

Or ce tombeau du Christ n’est pas un sépulcre blanchi (Mt 23, 27), mais l’endroit où germe la vie, la matrice vivifiante qui, secrètement prépare l’avenir avec Dieu. Donner notre vie à Dieu, ce n’est une réduction de notre vie ou de notre liberté, mais c’est accepter que meurt en nous l’hypocrisie, l’égoïsme et l’orgueil, le manque d’authenticité et de sincérité, le désir de dominer l’autre et de le mépriser et que Dieu puisse, à partir de cette mort faire germer la vie nouvelle marquée du sceau du matin de Pâques, de la victoire du pardon, de l’amour et de la vie en plénitude avec lui.

Amen 

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