KYÉ-OSSI : Le grand spectre de la vie chère s’installe
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La chronique locale y voit la relation entre la situation actuelle dans la ville frontalière d’une part, et le contexte sécuritaire d’exception promu par les autorités équato-guinéennes d’autre part.

Depuis le 1er novembre 2021, la chasse à l’homme est de mise dans certaines localités équato-guinéennes. Peinant à trouver la logique de cette situation d’exception, Jean Désiré Owono Menguele parle d’«une vaste opération d’interpellation d’étrangers». Mû par le réflexe de diplomate, l’ambassadeur du Cameroun en Guinée Équatoriale informe juste que la chancellerie « a procédé, aux premières mesures urgentes d’assistance consulaire aux compatriotes détenus à Malabo, en leur fournissant le mardi 02 novembre 2021, notamment de denrées alimentaires et des produits hygiéniques et sanitaires de première nécessité ».

Et ceci en « attendant les informations officielles sollicitées ». À l’échelle de certaines autres sources locales, des rumeurs diffusent un bruit de fond construit en accusation contre la volonté de Malabo de soumettre obligatoirement tous les étrangers à la vaccination anti-covid-19.

Répercussions

À Kyé-Ossi, en territoire camerounais, le temps semble suspendu. « En quelques jours seulement, la traque des étrangers en Guinée Équatoriale a façonné le quotidien et renforcé la norme de l’aléatoire et de l’imprévisible aux commerçants et trafiquants de toutes sortes », commente Valère Obam, enseignant et chef de « Petit-Mboppi ». Dans ce quartier voué aux business de tous genres, détaillants et grossistes se sont installés dans la temporalité de ce qui se passe en Guinée Équatoriale. « Personne parmi nous ne peut plus faire de projets à long terme ; la marchandise manque ; tout est ajourné », se désole Mohamed Fifen.

Spécialisé dans la vente en gros des vins et spiritueux importés de Guinée Équatoriale, cet homme d’affaires confie que, face à la situation, ses homologues et lui-même ont commencé à développer d’autres instruments de survie pour leurs business. Pour tenir face à la demande qu’imposent les fêtes de fin d’année, plusieurs enseignes marchandes de Kyé-Ossi ont mobilisé leurs « réserves stratégiques », selon la formule de Salomon Pefoura.

Pour cet homme qui se fait appeler « le pape de la bière en canette », « Kyé-Ossi ne bouge pas depuis trois ou quatre jours. Il n’y a aucun mouvement lorsqu’il y a des problèmes de l’autre côté ».

Effet mécanique

Posé ainsi, le diagnostic d’immobilisme fait par les grands commerçants s’étale aussi chez les pratiquants de petits métiers urbains (vendeurs ambulants et conducteurs de mototaxis notamment). Sur leurs activités, disent-ils, la chasse à l’homme en Guinée Équatoriale a eu un effet mécanique dévastateur. Celui-ci s’est traduit par une chute vertigineuse de leurs revenus quotidiens. « Quand les passeurs sortent du marécage, on pouvait avoir 30 mille FCFA en une heure », raconte Abdoulaye. En l’espace de quelque temps, il a forgé de nouveaux discours et pratiques.

« Quand c’est fort comme maintenant, dit le jeune conducteur de mototaxi, on ne rit pas. On prend 300 FCFA par client ». Au vrai, l’ambiance sécuritaire actuelle en Guinée Équatoriale a fini par instaurer un cycle de pénuries et d’hyperinflation à Kyé-Ossi. S’ils ne peuvent pas clairement nommer les coupables, les habitants de la ville et de ses environs se retrouvent néanmoins otages d’une situation qui leur échappe. D’après quelques témoignages, le coût du transport entre Ambam et Kyé-Ossi par exemple est passé de 1000 à 1600 FCFA depuis le 3 novembre dernier. « C’est le paradoxe d’une ville désargentée », souffle Jean Marie Zue Zue, le maire de Kyé-Ossi. Dans les délégations locales du Commerce et des Transports, l’on appréhende cela tout en se gardant d’en tirer des conclusions prématurées.

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