Familles : nos chers « mbenguistes »
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Installés à l’étranger, certains de ces frères et sœurs passent pour des vaches à lait que les leurs traient à volonté. Les relations en prennent un coup.

Benjamine d’une famille de huit enfants, Yolande A., 35 ans, est déjà considérée comme « le chef » chez les Essomba depuis qu’elle s’est installée en France. En cas de mariage, deuil, réunion, son agenda est consulté avant toute initiative. Ses aînés ne le sont plus qu’en âge. Dans la réalité, c’est elle qui a le dernier mot. « Nous comptons sur elle. Parfois en cas de problème, elle nous envoie un million de F ou plus. Ce qui nous aide énormément. Lorsqu’on a un cas de maladie, on ne craint plus rien », explique dame Essomba, sa mère.

Pour elle, sa « princesse Yolande » est devenue leur source de revenus. Personne ne sait exactement ce que Yolande fait en France. Mais du moment où l’argent tombe et leur permet de résoudre des problèmes, tout va bien. « A un moment, elle nous disait qu’elle travaillait dans un salon de coiffure. Après elle était nounou. Maintenant, je ne sais vraiment plus ce qu’elle fait pour vivre là-bas », révèle une de ses sœurs. Pour cette famille, l’essentiel c’est que leur « mbenguiste » se porte bien et les aide à joindre les deux bouts. « Nous sommes très pauvres. Son père est décédé depuis des années et ses frères et sœurs n’ont pas d’emploi. Donc c’est très compliqué. Pourquoi allons-nous chercher à savoir ce qu’elle fait du moment où elle nous appelle régulièrement et nous vient en aide à tout moment ? », demande la maman. 

Si dans cette famille, Yolande A., a tous les honneurs, ailleurs ce n’est pas le cas. « Notre tante Rosalie est allée en Europe depuis plus de dix ans. Quand on l’appelle même pour un problème, elle dit toujours qu’elle rappelle mais ne le fait jamais. Elle n’aide personne. Sa richesse c’est seulement pour elle et son mari, regrette Raoul B. Il explique d’ailleurs que lorsque cette dernière arrive au pays « personne n’a son temps » et beaucoup ne lui adressent même pas la parole.  

Adrien O., vigile dans plusieurs entreprises en Suisse et sa famille eux, ne vont pas fumer le calumet de la paix de sitôt. Au cours d’un récent séjour à Yaoundé, ce dernier indiquait qu’il avait préféré couper les ponts avec ses frères et sœurs parce qu’il a été dupé à plusieurs reprises. « Ils ne peuvent pas savoir comment je souffre en Suisse. J’ai deux emplois. J’ai à peine deux heures de sommeil par jour. Je suis toujours en train de courir. Et lorsque j’arrive à leur envoyer un peu d’argent, ils ne font pas ce que je demande. J’ai envoyé de l’argent pour un terrain et pour la construction d’une maison. Près de deux ans après, je n’ai rien », regrette ce dernier. Il ajoute qu’à chaque appel, ses frères le rassuraient, photographies du terrain acquis et même du début des travaux de construction à l’appui. Pourtant il n’en était rien. Les transferts de fonds ont ainsi été interrompus tout comme les relations entre cet homme et les siens.

Au Cameroun en effet, les rapports entre les familles et leurs fils, cousins et neveux installés à l’étranger varient d’un point à un autre. Si dans certains foyers, les « mbenguistes » sont des têtes de file, ailleurs beaucoup ont été rejetés pour non-assistance. Comme si être installé à l’étranger, signifiait avoir les poches bourrées d’argent. 

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