PREDICATION DU DIMANCHE 31 OCTOBRE 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 31 OCTOBRE 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

THEME: Fête de la Réformation  Textes : Deutéronome 6, 2 – 6 ; Hébreux 7, 23 – 28 ; Marc 12, 28b-34  

Chers amis, A vrai dire, pourquoi sommes-nous là, rassemblés dans ce bel édifice aujourd’hui ?

Pourquoi cette année 2021 fait-elle sens pour une fête particulière ? Il y a 5 siècles et 4 ans, le moine Martin Luther affichait à Wittenberg 95 thèses ou affirmations argumentées, relatives aux indulgences (entre autres, avec surtout quelques critiques osées vis à vis du Pape et de son pouvoir).

Et rétrospectivement, on a vu dans ce geste l’acte de naissance de la Réforme protestante. Alors il semblerait, et je dis cela avec prudence, que la fête de la Réformation elle-même, remonte à 1617, date où le prince Électeur du Palatinat, un calviniste, imagine une célébration à l’occasion du centenaire de l’affichage, devenu déjà emblématique. Avant cela, des initiatives de dates anniversaires, autour de la naissance, voire de la mort de Martin Luther avaient essayées de voir le jour ici ou là. Mais il est plutôt heureux qu’au final ce soit la date du 31 octobre qui ait été retenue. A travers le culte dit de la Réformation, nous ne sacralisons pas un homme, nous ne sanctifions pas une période de l’histoire, nous ne magnifions pas une identité confessionnelle et nous ne voulons pas réveiller la période heureusement dépassée des guerres de religion.

Non, d’abord l’idée, c’est de célébrer le Christ ! Et cette liberté qu’il nous donne. Liberté de pensée, liberté de croire. Liberté d’avancer dans sa propre destinée. En se laissant inspirer de ses conseils et de ses enseignements. Ce sont ses enseignements que Luther est si courageusement venu rappeler et mettre en lumière pour nous. Et se laisser ainsi guider sur nos chemins de vie par cette espérance qui fait sens, n’a de signification, n’a de sens, que s’il elle est un partage, qu’elle se vive dans le partage ! L’espérance est une très belle chose à partager ! Et justement, l'Évangile est une parole publique... d'espérance ! Voilà la conviction, que je voudrais... m'efforcer de partager avec vous, ce matin.

Oui l'Évangile, ce n'est pas d'abord une doctrine religieuse, un ensemble d'idées réservées à quelques initiés qui se réuniraient à l'écart des autres dans des églises ou des temples. Non, l'Évangile, c'est une parole publique d'espérance ! Martin Luther, il y a plus de 500 ans, le 31 octobre, n'a pas hésité à communiquer cette parole en l'affichant sur la porte de son église de Wittemberg, en Allemagne. Avant lui, déjà, Augustin d'Hippone, "saint Augustin", avait rédigé son propre témoignage de Chrétien dans des "Confessions" devenues célèbres. Et plus tôt encore, l'apôtre Paul l'avait écrit aux premiers Chrétiens de Rome : je n'ai pas honte de l'Évangile, c'est une puissance de Dieu, en vue du salut de tous ceux qui croient !

Oui l'Évangile n'est pas d'abord un dogme, une définition de la foi, une croyance à partager…..mais on devrait davantage comme Paul, le comprendre comme une puissance, une puissance positive à l'œuvre dans ce monde, une puissance bénéfique, en faveur de tous… Frères et Sœurs dans le Seigneur, Aimer Dieu.  Mais comment voulez-vous aimer quelqu'un que vous ne connaissez pas et qu'il n'est pas possible de rencontrer ?  me disait un jour une personne.  Me revient à l'esprit cette béatitude trouvée dans l'évangile de Jean : « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ».  

Cette affirmation est le sens même de notre foi, voire de notre liberté.  Dieu, nous ne l'avons jamais vu et j'ai envie de vous dire : tant mieux.  Tant mieux parce que je me sens alors plus libre.  Je ne sais pas si cela vous a frappé mais depuis le début de ce culte, je suis une entrave à votre liberté.  Non pas d'abord parce que vous êtes tenus de vous taire durant cette prédication ou de suivre la liturgie telle qu'elle vous est proposée mais plutôt parce qu'aucun d'entre vous ne peut dire que je n'existe pas.  Ma présence, mon existence s'impose à vous.  Vous ne pouvez la nier et vous n'êtes donc pas libre.  Dieu veut que nous soyons à ce point libre par rapport à Lui, qu'il ne peut plus être une évidence.  Si nous avions la certitude de son existence, nous ne serions plus libres de croire ou de ne pas croire.  Voici une belle richesse de notre foi. 

Notre Dieu, révélé en Jésus-Christ et à l'œuvre dans notre monde par son Esprit, veut que ses créatures soient profondément libres par rapport à Lui.  Pourquoi ?  Peut-être tout simplement parce qu'Il recherche que nous entrions dans une relation d'amour avec lui.  Et l'amour pour se vivre, se doit d'être libre par-dessus tout.  En effet, l'amour est ce sentiment merveilleux qui nous fait grandir, qui nous donne des ailes pour aller de l'avant et pour vivre sa vie autrement.  Nous avons besoin d'aimer et d'être aimé.  C'est de l'ordre de notre vitalité.  Dieu nous invite à nous tourner vers Lui et à l'aimer de « tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force ».  Qu'est-ce à dire ?  Ce commandement est d'abord et avant tout une invitation à entrer en pleine vérité avec nous-même.  En Dieu, il n'y a plus de jardin secret.  Il n'y a rien à cacher.  Je le rencontre dans ma nudité intérieure.  Je me présente à lui tel que je suis.  

Je lui partage mes soucis, mes zones d'ombre, mes tristesses.  Je lui offre mes joies, mes bonheurs, mes ajustements. J'entre en dialogue au plus intime de mon intimité pour chercher à comprendre ce qu'il attend de moi dans le quotidien de mon existence.  Quand j'arrive à vivre cela, je suis tout entier en Lui et Lui est tout disponible en moi.  Une paix intérieure s'installe au plus profond de mon être.  Je suis bien avec moi-même.  Je suis bien avec Dieu car je sais par-dessus tout que je suis aimé de Lui quoique je fasse, je pense ou je dise.  Il m'accepte inconditionnellement et m'ouvre son propre cœur au plus intime du mien.  Cet amour divin est de l'ordre de l'indicible, du mystère, de l’inéffable.  

C'est à chacune et chacun de nous de le trouver puis d'en vivre.  Dieu sera toujours là tout disposé à ce que nous puissions déposer en lui le lot quotidien de nos vies.  Avec personne d'autre sur cette terre, il nous est permis de vivre une telle intimité.  En effet, il ne nous est pas possible de tout dire, de tout partager.  Nous avons nos lieux personnels d'intimité, nos jardins secrets, nos fantasmes.  Ils sont en nous et seul, Dieu y accède lorsque nous lui ouvrons la porte de notre cœur. 

Façonnés par les richesses et les fragilités de notre être, nous sommes ensuite conviés à aimer notre prochain comme nous-mêmes.  Est-il besoin de rappeler que le prochain n'est pas la personne éloignée mais que c'est toujours moi qui devient le prochain de l'autre lorsque je m'en fais proche, lorsque je m'en rapproche.  Je suis donc invité à aimer de respect toutes les personnes de qui je me fais proche et à les aimer comme moi-même.  C'est-à-dire de les aimer telles qu'elles sont et non pas telles que je voudrais qu'elles soient et qu'elles deviennent.  L'amour et l'amitié que nous pouvons avoir l'un pour l'autre nous transformera immanquablement mais cela se vit tout naturellement.  Il n'y a pas un objectif caché.  L'autre, tout comme moi, est fait de forces, de vulnérabilité, d'inconnaissance et d'imperfection.

 Réjouissons-nous de pouvoir vivre de ce type de rencontre dans la vérité de ce qui fait notre humanité et vivons tout tourné vers ce Dieu qui vit au plus intime de notre intimité là où nous n'avons plus rien à cacher.  Tel est le sens même de notre liberté. Bien-aimés dans le Seigneur, Aimer son prochain qui nous dérange et nous ennuie ? Cela exige un sacré sens de l'humour. Et ce d'autant plus que l'amour, un peu comme la foi d'ailleurs, est un sentiment qui ne se commande pas. Comment pourrions-nous dans les faits être capable de décider d'aimer parce qu'un ordre nous a été donné d'en haut. Je m'imagine entrain de vous dire : "Je vous aime parce que Dieu me le demande".

Cela ne vous ferait sans doute pas plaisir et ne sonnerait pas juste d'ailleurs. En effet, l'amour ne se commande pas tout comme il m'est impossible de décider de ne pas aimer quelqu'un alors que je l'aime. Nous n'avons pas prise sur nos sentiments d'amour et d'amitié. Mais est-ce peut-être là notre erreur : croire que l'amour dont le Christ nous parle est un élan du cœur, un sentiment profond qui nous échappe totalement. Le texte grec de l'évangile entendu nous précise mieux l'amour que nous sommes invités à vivre.

Il ne s'agit pas d'un amour de sentiment, d'un amour d'amitié qui trouve sa source dans notre cœur. Non, l'amour du prochain est un amour de raison, c'est-à-dire un amour qui demande un acte de notre volonté. Il n'est pas sentiment jaillissant du plus profond de notre être. Il est un amour qui se décide, qui se choisit donc pas l'amour dont on parle habituellement. L'amour du prochain est d'abord et avant tout un amour de respect, un désir de vouloir le bien de l'autre, lui souhaiter tout ce qu'il désire pour pouvoir se réaliser pleinement. Par ces mots, le Christ élargit l'espace de l'amour que nous connaissons pour le faire passer de la spontanéité à la volonté. Une volonté qui convie les créatures que nous sommes à transformer nos regards, nos perceptions des autres pour les faire entrer dans une nouvelle dimension celle du respect de leur altérité, de leur différence.

En décidant d'aimer de respect celles et ceux que je rencontre, mon regard se transforme, un sentiment de douceur et de tendresse peut m'habiter puisque mon devoir de chrétien est de vivre pour eux un désir de bonheur et d'épanouissement. L'amour de raison n'est pas une fin en soi mais le début d'un processus, d'une démarche, celle d'apprendre à voir l'autre autrement et à le reconnaître comme quelqu'un partageant la dignité de notre humanité. Peu à peu alors, pas à pas, je me dis qu'une nouvelle relation peut s'installer.

Un espace de respect mutuel est possible. Je découvre l'autre comme autre, ayant lui aussi une part de mystère. Cet autre, j'ai à le respecter, à lui permettre d'exister comme lui l'entend. Il en va alors pour mon prochain, comme il en va pour Dieu. Lui aussi, reste pour nous un profond mystère. Mais un mystère qui s'est dévoilé, révélé à nous par l'Incarnation de son Fils. Un Dieu qui s'est fait Verbe, parole donnée. En Dieu, le commandement devient également acceptation du divin dans sa différence, dans sa divinité. Un ensemble de chose nous échappe.

Aimer Dieu, c'est le respecter malgré le mystère qu'il représente, malgré toutes nos questions face au mal et à la souffrance que nous subissons. L'amour pour Lui, à la mesure de son amour pour nous, est un commandement d'abord. Mais ce commandement n'est pas un ordre mais plutôt un appel et une révélation. Un appel à aimer et à découvrir que notre capacité d'aimer est bien plus grande que ce que nous avions pu imaginer. Comme si pour lui, un jour, nous vivrons en harmonie les uns avec les autres.

C'est-à-dire que nous serons véritablement entrer dans l'ère du Royaume de Dieu, celui où il n'y aura plus de différence entre l'amour de sentiment et l'amour de raison puisque seul l'amour existera. Mais ce jour n'arrivera que si vraiment nous nous mettions à aimer dès maintenant. Et il y a du travail pour tout le monde dans l'accomplissement d'un tel commandement. Ne perdons pas de temps pour nous mettre à la tâche.

Amen. 

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