La Chine et les USA échapperont-ils au piège de Thucydide ?
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J’observe avec une grande curiosité les développements de la crise politique qui oppose les Etats-Unis à la Chine dans leur guerre commerciale pour la conquête du trône du gendarme du monde. Les joutes oratoires entre les dirigeants de ces deux pays commandent une lecture anthropologique pour les inviter à éviter le piège de Thucydide qui risque de se refermer sur eux dans l’île de Taïwan. En effet, pour la Chine, Taïwan fait partie intégrante de l’empire du milieu, alors que pour les USA, Taïwan pratiquant la démocratie libérale du monde capitaliste occidental est lié avec eux par les accords. L’ « invasion » de Taïwan par la Chine risque donc de provoquer une guerre chaude entre Pékin et Washington. Mais n’est-ce-pas là le prétexte idéal que pourrait trouver les USA pour empêcher la Chine, dont l’essor en plusieurs domaines n’est plus à démontrer, de lui ravir la première place de super puissance mondiale, en lui faisant une guerre qui va la ruiner et l’empêcher de les supplanter?

Thucydide dans son livre La guerre du Péloponnèse, guerre qui opposa au 5ème siècle avant Jésus-Christ Athènes à Sparte, rappelle à cet égard que la montée en puissance d’Athènes, riche cité commerçante et démocratique, inquiéta Sparte, dont la cité était militarisée et gouvernée de manière autoritaire, au point que celle-ci déclencha une guerre préventive contre Athènes, pour l’empêche de lui ravir la vedette de la domination du monde grec. Cette guerre ruina les deux belligérants et l’expression ‘’le piège de Thucydide’’, lancée par Graham Allison dans son livre Vers la guerre, décrit désormais la situation dans laquelle une puissance longtemps dominante face à l’émergence d’une nouvelle puissance lui fait la guerre pour la neutraliser.

En sommes-nous si éloignés au regard des propos à fleurets mouchetés que les deux leaders lancent à la face du monde au sujet de Taïwan ? Le Président Joe Biden, interrogé sur la possibilité d’une intervention militaire américaine pour défendre Taïwan en cas d’attaque de la Chine, répond par l’affirmative en évoquant les engagements signés par les USA dans ce sens avec Taïwan. Cette déclaration du président américain est contraire à la politique américaine en ce sens que les USA aident le renforcement des défenses de Taiwan sans jamais y déployer des troupes, contrairement à ce qu’ils font en Corée du Sud. Pour le Président Xi Jinping, Taïwan fait partie intégrante de la Chine et la crise politique des indépendantistes taïwanais à son sujet est une affaire « purement interne à la Chine ». Cela paraît clairement indiquer qu’une intervention militaire américaine à Taïwan sera considérée par la Chine comme une déclaration de guerre.

Le monde est en train de basculer sous nos yeux pour le contrôle du nouvel ordre mondial. Le vieux monde, aux ossements démocratiques rouillés, se bat contre l’ordre nouveau venu de l’Orient. La démocratie libérale triomphante à la chute du mur de Berlin mettait fin à la guerre froide entre le champion du monde occidental capitaliste, les USA, sur l’Union Soviétique, championne du monde socialiste en 1989.

Mais le triomphe américain aura été de courte durée, car occupés qu’ils étaient à célébrer leur victoire idéologique contre les socialistes, ils n’ont pas vu venir l’éléphant asiatique « au pied d’argile » comme on appelait la Chine, qui s’est subrepticement et derechef emparé du trône mondial tant convoité. La vision occidentale capitaliste qui a dominé plusieurs décennies de la vie intellectuelle mondiale et africaine est aujourd’hui moribonde face au triomphe chinois, et ce n’est pas le sommet de la société civile africaine avec le président français à Marseille en France qui va lui redonner vie. Ce sont là les soubresauts de l’agonie de la démocratie libérale du monde occidental capitaliste qui doit commander un nouveau regard des intellectuels africains sur le monde.

LES NOUVEAUX YEUX DE L’AFRIQUE : Alternance ou alternative ? L’Afrique doit choisir. 

Comme dans une cour de récréation à l’école primaire, le plus faible recherche souvent la protection d’un plus fort contre l’énergumène qui prend son goûter à la menace du « Mekelet pati ». Taïwan et la Corée du Sud ont choisi de se mettre sous la protection américaine dont la philosophie libérale soutenue par ses alliés de l’OTAN est aujourd’hui en train de prendre de l’eau.

L’Afrique convoitée par les puissances mondiales, face à l’arrogance de certaines d’entre elles, doit rechercher son intérêt en se mettant avec celle qui lui fera le moindre mal, dans la perspective de voler de ses propres ailes. Beaucoup de leaders africains l’ont compris, de la RCA au Mali, du Cameroun au Tchad, les leaders africains et panafricains choisissent l’Alternative d’une nouvelle méthode de gouvernance souveraine débarrassée de la tutelle contraignante, parfois ombrageuse et arrogante.

Les forces en présence dans ce duel des puissants soutenus par leurs alliés, démontrent que la Chine est capable de faire face à une attaque américaine dans le cadre d’une guerre chaude. Le mythe de la puissance occidentale sous la conduite des Etats Unis promettant la Terre promise capitaliste et démocratique au reste du monde s’est effondré avec la mondialisation, l’échec de la guerre déclenchée contre Ben Laden le 11 septembre 2001 a été consacré par le repli américain de l’Afghanistan, qui a mis à nu l’impuissance de la puissance. 

​​Les leaders africains à la recherche de la Terre promise où il coule le fuel et le miel pour le grand bonheur de leurs populations, doivent garder une neutralité axiologique au sens de Max Weber, en recherchant leur propre voie de salut, et en s’appuyant de manière tactique et stratégique sur l’un et/ou l’autre des puissances au gré de son intérêt. Les intellectuels africains, nourris à la mamelle empoisonnée de la démocratie libérale, doivent prendre l’antidote et désapprendre pour réapprendre en se remettant en question pour ne pas être le prolongement africain d’une idéologie de gouvernance obsolète en voie de dépassement dans la construction du nouvel ordre mondial.

Les dysfonctionnements de la démocratie électorale capitaliste sont aujourd’hui visibles aussi bien aux Etats-Unis par l’assaut des manifestants au Capitole au nom de la démocratie qu’en France par la mise à sac des Champs Elysées par les gilets jaunes au nom de cette démocratie récréative, dont il est légitime de se demander si elle n’est pas une démocratie destructive, impropre à conduire au bien-être légitime des populations et à la construction matérielle des Etats forts, pouvant protéger leur population contre les attaques ennemies venues de l’extérieur. James Baldwin ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme que « le monde de l’homme blanc, que ce soit sur les plans intellectuel, moral et spirituel sonne creux et exhale l’odeur d’une lente agonie ».

Tout ceci invite à rejeter les influences qui ont formées de nombreux intellectuels africains depuis 60 ans en les transformant en chevaux de Troie des occidentaux dans leur conquête impérialiste de l’Afrique. En effet, si l’on peut observer dans la division naturelle raciale du monde que le Moyen-Orient arabe suit sa propre voie dans sa propre langue, que l’Asie suit la sienne et est en passe de trôner au plafond du monde avec la Chine, il est triste de voir que l’Amérique Latine et l’Afrique sont à la traine du monde occidental. On remarquera que c’est précisément parce que ces deux continents ont subi de plein fouet la violence de la colonisation occidentale et bu de la ciguë démocratique libérale occidentale. L’Afrique, violée et sodomisée pendant quatre cent ans d’esclavage et cent ans de colonisation et de neocolonisation, a fini par procréer des enfants qui ne pensent plus qu’avec les cerveaux occidentalisés et qui ne voient plus qu’avec les yeux des Occidentaux dont ils parlent couramment les langues au préjudice des leurs tellement ils ont été formatés pour adopter les usages démocratiques au préjudice des modes de gouvernance éprouvés par leurs ancêtres depuis la nuit des temps. Les nouveaux yeux de l’Afrique doivent lire le basculement actuel du monde dans une perspective légitime de souveraineté et nos intellectuels doivent s’astreindre à ne plus être des Hommes à la peau noire et au masque blanc ! Et c’est ici qu’il faut opérer un choix entre l’Alternance statique, creuse et impropre à la construction parce que promouvant un éternel recommencement proposée par la démocratie libérale et l’Alternative dynamique et prospère aussi bien pour les peuples que pour les Etats que propose l’Asie.

Il n’y a aucune comparaison à faire ni mimétisme à reproduire entre les pays qui ont à peine 60 ans d’existence sur la scène internationale et qui doivent tout construire, les routes, les ponts, les Ecoles, les Hôpitaux et cætera avec ceux qui ont plus de trois cents ans et qui ont déjà tout construit dans des régimes stables, autoritaires voire monarchiques et dont les présidents aujourd’hui conduisent simplement la politique étrangère durant leur mandat alors que les pays africains ont encore toutes leurs infrastructures à construire ! Est-il humainement possible d’exiger d’un président africain de construire tous les stades de football dont le Cameroun vient de se doter, les autoroutes, les ports en eau profonde de Kribi et de Douala en un seul ou même deux mandats de cinq ans chacun? Les autres n’ont plus rien à construire chez eux et peuvent se permettre un mandat de quatre ans pour parader. L’Afrique ne peut pas se le permettre !
 
Une lecture lucide des forces en présence doit guider les leaders africains dans la recherche de leur propre voie et leur éviter de se mettre en sandwich entre deux feux dans le piège de Thucydide qui se déroule sous nos yeux. Quand Joe Biden proclame « America is back », c’est bien la preuve qu’il a conscience que l’Amérique n’est plus ce qu’elle était et c’est un slogan qui complète celui de Barack Obama «  Yes we can » pour décrire la même réalité qu’il ne faut pas ignorer dans l’analyse politique. Francis Fukuyama exultait après la chute du mur de Berlin en 1989 sur la fin de l’histoire en proclamant la victoire du monde capitaliste sur le monde socialiste et disant que le premier avait résolu la question des classes avec succès. Il avait parlé trop vite car la réalité semble le contredire. 

La Chine, elle, démontre aujourd’hui que la fin d’une époque n’est pas la fin de l’histoire et le destroyer « Xining », la construction en chaine des navires du débarquement et de nombreuses armes de guerre ne laissent aucun doute sur sa volonté d’avoir le dernier mot dans ce combat encore feutré mais qui pourrait devenir plus musclé pour désigner le nouveau maître du monde.

Prenant conscience des enjeux mondiaux de l’heure, l’Afrique gagnerait à se mettre en réserve de la démocratie libérale, en y prenant juste ce qui est nécessaire pour conduire les peuples africains vers la Terre Promise de l’opulence matérielle et morale, en rejetant le superflu qui nuit à la construction matérielle de sa souveraineté dans ce championnat mondial du développement des Etats.

Jean de Dieu Momo
Président du Paddec

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