Paradoxes du pouvoir au Cameroun: La malédiction des pays organisateurs?
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Paradoxes du pouvoir au Cameroun: La malédiction des pays organisateurs? :: CAMEROON

Ces derniers temps les populations de la région natale qui lui ont toujours été d'une grande loyauté, donnent de la voix. 

Tout comme avant elles, c'étaient les populations du septentrion à la fin du pouvoir d'Ahmadou Ahidjo. Le Sud traîne sur la sellette de l'échiquier politique depuis un certain temps, s'affichant ostensiblement ou ostentatoirement comme une région qui a déjà enfilé la camisole de l'opposition au pouvoir de son fils Paul Biya. 

On avait déjà commencé à s'interroger sur la très faible mobilisation populaire à la dernière élection couplée, législatives et municipales du 9 février 2020. Un signal qui indiquait clairement que le socle granitique du pouvoir de Paul Biya était traversé en son sein par quelques craquellements. 

Un autre signe parleur, pas du tout anodin aux yeux de l'opinion, fut la désinvolture affichée par un chef traditionnel à la réception du don présidentiel à la population dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Devant un sous-préfet abasour- di qui tendait le sceau au gardien de la tradition, ce dernier lui fit savoir que ce n'était pas du sceau dont il avait besoin. Même s'il fut rabroué et rappelé à l'ordre pour avoir osé des commentaires sur le don pré- sidentiel, le message d'une fronde en veille était noté. La région du chef de l'État exprimait ainsi son malaise mais n'était pas malheu- reusement entendue de cette oreille. 

Dans le même ordre d'idées, en son temps, un fils de la région, de regrettée mémoire, Charles Ateba Eyené, avait déjà mis les pieds dans les plats avec son ouvrage « Les paradoxes du pays organisateur ». De toute évidence, les faits donnent ouvertement raison au membre du Comité central du Rdpc qui avait pourtant subi des critiques et silences embarrassés de la part des élites originaires de son Sud natal. C'est le renou- vellement des exécutifs au sein des organes politiques du Rdpc dans cette région sur- tout, qui est venu répandre sur la place publique toute la déception et la colère de la population à l'endroit du régime. 

Les batailles électorales ont été plus qu'enve- nimées ici au point où à Bengbis, la résiden- ce du sous-préfet a été incendiée. Une grande première. Qu'est-ce qu'un sous-pré- fet vient chercher dans les affaires électo- rales d'un parti politique au point où il sera pris pour cible? Curiosité! La dernière scène en date et non des moindres, consubstantielle à la précédente, est le traitement hostile, des plus irrévérencieux infligé par la population de la contrée au patron poli- tique du parti au pouvoir dans la région. 

Sa délégation a été prise à partie alors qu'il était récemment en tournée politique. Surpris certainement, Jacques Fame Ndongo, par ailleurs ministre de l'Enseignement supérieur a convoqué dare- dare à Ebolowa le 16 octobre dernier des assises pour le développement de la région. Paul Biya au chevet du septentrion après Ahidjo Par quel bout faut-il commencer dans un tel contexte? Par la route? Surtout celle qui fait couler tant de récriminations, Ebolowa-Akom 2-Kribi? Par l'électricité? 

Quand on sait en suivant le témoignage des populations qu'il y a dix ans que certains cantons sont sevrés d'électricité ? Par l'eau potable ou quoi? Comme on le voit, le Sud est un grand champ vide qui demande à juste titre les dividendes de son soutien politique indéfectible au régime de Paul Biya. Mais pourquoi c'est seulement maintenant après bientôt 40 ans de silence face aux promesses non tenues des politiques ? Une chose est certaine, cette population sait lire les signes des temps et sait que la nature elle-même veut que les choses changent selon les époques. Ce n'est donc pas une population naïve comme certains pourraient hâtivement le penser. 
Tout juste après son ascension au pou- voir le 6 novembre 1982, le nouveau pouvoir a vite compris que la très vaste province du Nord a de toute évidence de sérieux problèmes de développement et d'aménagement territorial. C'est certainement pour cette raison que dès le 22 août 1983, il scinde cette partie du pays en trois pro- vinces distinctes. 

En dehors du Nord classique avec pour capitale Garoua, il y désor- mais l'Extrême-Nord et l'Adamaoua. Les deux nouvelles provinces acclament la décision, et ce légitimement car depuis les indépendances du pays, elles ont toujours eu le ressentiment d'abandon ou d'oubli par le pouvoir central. A cette époque-là, toutes les velléités qui traversaient une province supposément unie seront répan- dues sur la place publique. 

Entre opposition et préférence religieuses, tribales, culturelles et même familiales, on ne saura plus très bien où mettre la tête. Toujours est-il que Maroua, Ngaoundéré et d'autres villes de cette partie vont prendre leur envol, se détachant de Garoua, le centre de toute la grande province d'antan. Le coup d'État du 6 avril 1984, même s'il était motivé selon le discours préparé pour la circonstance par les putschistes, par les détournements des deniers publics et autres, n'avait nullement suscité un mouvement populaire dans la partie nord du pays. C'est dire qu'une fois parti du pouvoir, le président Ahidjo n'était plus en odeur de sainteté avec la grande province. 

Bastion imprenable Quand il va d'ailleurs demander aux ministres originaires du cette province de démissionner en masse du gouvernement pour mettre le nouveau pouvoir en difficulté et le pousser à la démission, il ne sera pas suivi par les ministres qu'il avait lui- même construits. Pourtant, à la veille des indépendances, il avait enclenché le même mécanisme, la démission de tous les ministres du Nord, pour pousser à la démis- sion André Marie Mbida, le Premier ministre. C'est donc clair qu'à sa démission le 4 novembre 1982 du pouvoir, le président Ahmadou Ahidjo était moins populaire dans sa province natale. 

Tout comme on le voit aujourd'hui, la popularité de Paul Biya dans le Sud, sa région natale, s'est essoufflée avec son long magistère. Tel qu'il en allait dans la province du Nord avec l'ex-chef de l'État, on peut s'interroger si la région du Sud est encore un socle granitique, un bas- tion imprenable pour les concurrents politiques du régime. 

A bien y regarder, la gestion du pouvoir serait-elle une sorte de malédiction pour son gestionnaire dans sa région natale, au sein du pays organisateur? That's the huge question! 

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