LE CONCERT DE SAMY DIKO, OU SONT LES AUTRES ARTISTES CAMEROUNAIS? PAR L'ECRIVAIN CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: LE CONCERT DE SAMY DIKO, OU SONT LES AUTRES ARTISTES CAMEROUNAIS? PAR L'ECRIVAIN CALVIN DJOUARI

Au rendez-vous de la musique, nous avons, une fois de plus, répondu présent aux 22 ans de carrière de SAMY DIKO. Une grande soirée riche en couleurs, en signature et en une grande prestation diverse de talentueux artistes de la musique africaine.  

Avec le même talent d’antan, Samy Diko a donné corps à tant de souvenirs collés à son âme de mélomane inassouvi, de chanteur rayonnant et d’artiste averti. Notre star nous a promenés dans ses chansons en les accompagnant des chorégraphies qui demeureront à tout jamais incontestées dans l’imagination des spectacles parisiens. Ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité.  

J’étais donc convié, pour la première fois à la rencontre de son génie créateur, et de son incommensurable talent de chanteur. C’était aussi l’occasion pour moi de revoir le Paris de nuit avec les Camerounais de tout bord, qui présentent des tableaux d’une très grande qualité picturale de l’après Cov19. Durant 4 heures, de nombreux Camerounais, avides des belles choses de l’esprit, se sont retrouvés dans l’enceinte de Pyramide pour contempler, non sans émotion, des pas et des voix de la star Samy Diko.    

Soirée prévue à 20 h, c’est à 1 heure du matin que les choses sérieuses commencent.

Les maîtres du micro ARMAND JAMO et ERIC CHRISTIAN NYA vont faire monter la température dans la salle. Qu’ils sont talentueux ces deux mecs ! Ils sont plein d’humour, s’amusent avec la voix, créent des étincelles, fascinent la scène.  

Ce sont d’abord les chefs doualas pompeusement qui sont annoncés. Le cou plein de colliers, ils avancent avec assurance, dans leur allure somptueuse propre à tous les Sawa. Mais le regard du public n’est pas là. Le public est fatigué, ils veulent boire et que la fête commence. Les gens se lèveront par gouttelette pour saluer l’entrée des dignitaires venus chasser les mauvais esprits.   La première partie voit l’émergence d’une choriste qui allume les cœurs avec un chant religieux. Bon lever de soleil et de rideau. Belle et prestation du colosse à la voix dansante. La chanteuse mafflue déhanche le corps comme une chenille de Ngomedzam qui sort d’un tronc d’arbre.    

 Puis sont invités sur scène les géants de la musique Ivoirienne : Gadji Celi, Serge Kassy (pour mémoire, ce dernier avait chanté   John-gri, tu es dans le quartier tu sèmes la terreur), et d’autres. Ces Ivoiriens orchestrent avec art de dire les choses. Avec leur seule voix, ils mettent en relief, et détendent l’atmosphère dans les souvenirs des épopées footballistiques et des rencontres entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire. Gadji salue les Camerounais et leur performance sur le plan football. John Gri rend hommage à tous les Camerounais d’avoir défendu la Côte d’Ivoire et montrer comment ils sont des peuples frères.

Une manière de dire merci aux Camerounais de tout bord qui jouent leur partition dans la vie politique ivoirienne. La voix atypique de ce grand artiste de chez nous résonnera longtemps encore dans nos maisons. Puis, c’est autour du très populaire Quartier Latin, avec ses chanteurs oubliés par le grand Koffi, qui allument le feu de l’ambiance, comme ils savent bien le faire ces Congolais.

Le succès est fantastique ; les 22 ans de Samy Diko deviennent un festival international. C’est alors que le champagne commence à couler à flots d’un bout à l’autre de la salle, les brochettes, et le piment pique l’air. C’est ça qui fait boire un Parisien. Le parterre est comble, les places VIP sont occupées avec des femmes habillées aux vêtements derniers cris. C’est à Paris que les chosent se passent. Les concerts sont aussi les jours de grands défilés de mode, et là, les Camerounais sont à la hauteur.

C’est aussi un tableau qui évoque la fierté d’être camerounais. Les concerts parisiens, c’est le même public, les mêmes femmes, les mêmes photographes, les mêmes journalistes, les mêmes « Tuauristes. » Les tuauristes à Paris sont les passeurs d’informations ; ils sont incontournables dès qu’ils sont là les autres viennent. Des gentlemen avec des vestes horizons, les binocles noirs fumés, qui croisent les bras dans un coin et observent la soirée de loin comme les rois héroïques. Animés du désir de plaire et d’être vus dans ces grandes occasions pour l’édification de tous. La salle va se bouffer d’air frais, et l’homme du jour va faire son entrée en grande pompe. Autour de lui des Brésiliennes, dans une tenue lumineuse qui vont plonger les oreilles de bain sonore avec un effet de caresse qui électrise toute la salle.

On a l’impression, d’être dans un carnaval brésilien. Il y aura donc ces jolis visages métis ; puis le son, le rythme et la voix qui s’accompagne à la parole aussi bien qu’au chant… La chorégraphie est classique, en ce sens qu’elle se tient dans une parfaite harmonie entre mots et musique de samy Diko. Un rythme sensuel, dans un langage chanté qui suggère les choses plutôt que de les dire. La soirée est lancée.    

SAMY DIKO, c’est un chanteur qui utilise beaucoup les mots. Un magicien des verbes et des formes. Il jongle avec les mots avec humour serein, et fait danser à travers une musique très rythmique. Voilà pourquoi on pourrait croire qu’il est un pionnier du makossa moderne, un style qui ne fait pas rire aux éclats, mais qui fait danser.

Aussi, avec cette approche musicale, il lui est permis de parler d’amour, avec une pointe de dérision et de sensibilité. Cette façon très particulière produit des larmes de joie, une approche qui a rendu sa musique si appréciable, si juteuse au fil du temps. C’est ça la virtuosité dans le chant, le style « Vocalese » qui met des phrases sur des improvisations enjouées. Il y avait d’instrumentistes célèbres.

À la batterie l’inamovible DODY ; à la Bass, Bisou Bass ; à la guitare rythmique Philippe. Les chœurs sont assurés par quatre dames à la voix envoûtante. Pas de complaisance dans ses choix. Pas de mièvrerie. L’orchestre est professionnel. Samy Diko toujours jeune, est un faiseur de voix ; un explorateur de la poésie et de la chanson. Il a un répertoire ludique, où l’esprit de l’amour est présent dans tous ses secrets de sa sensibilité. Il connaît provoquer l’émulation des mélomanes, à travers des scénarios, des fragments épars de son savoir de ses gestes au rythme de l’ambiance. Le tout est basé sur la chorégraphie bien confectionnée. Des danseuses, on dirait égrenées par des jeux de mots très poétiques où elles montrent leur sens sexiste  dans les mœurs du temps et de l’infinie variation du spectacle.

Voilà Samy qui a ainsi créé son propre genre musical qui se délimite très bien de ce que l’on s’imagine. J’ai pris énormément plaisir à voir tout ça. Samy Diko est un fleuron de la musique camerounaise, il a sa place dans le show-business africain à Paris, son titre « Merci » décrit, avec respect, un musicien sublimé, un artiste exhaussé. Sans doute, une peinture beaucoup plus représentative du plus original musicien du makossa. Généralement, l’image qu’en font certains secteurs est plutôt réductrice, il est dit que c’est un chanteur intérieur. Or, de nombreuses chansons de son répertoire, que nous avons écouté montrent son amour pour la communauté humaine.

Un événement produit entièrement par SASU LE PRESIDENT avec le soutien de Diko production.

Où sont les autres artistes camerounais ?

La soirée finit par avoir une pause, c’est alors que le public sera comblé par l’excellente bande de Petit Pays Eboki et tout le monde est debout pour célèbrer le parrain.   

Chose curieuse, je n’ai vu que Ruth Kotto sur scène venir encourager son confrère. C’est désolant, pour les Camerounais. Incompréhensive pour les Ivoiriens ou les Congolais assis sur la même table que moi. Dans ces deux pays, lorsqu’un de leur est en spectacle, toutes les équipes s’amènent. Leur seul groupe fait la recette de la soirée. J’étais vraiment déçu. À ma question naïve sur cette attitude, un célèbre photographe habitué des milieux dit que l’homme du jour n’en fait pas mieux. Les artistes camerounais veulent évoluer en solo, mais quand ils se retrouvent dans la précarité comme on le constate souvent, ils font appel à toute la famille.

Si on veut gagner le pari de la vie, il faut qu’on soit fort et uni puis se soutenir d’abord dans nos concerts. Les artistes camerounais sont hypocrites comme les écrivains. Ils sont anticonformistes, ils aiment la liberté que leur procure la vie et le quotidien solitaire.

Ils s’imposent leur vision personnelle, afin que personne ne s’impose devant eux. Ils mettent toujours en pratique ce qu’ils pensent ; attitude qui se reflète partout dans les scènes de vie artistique. Ils ne prêchent pas l’exemple ; sans donner de leçon et sans solidarité intérieure, je pense qu’il faut rebâtir une solidarité agissante du côté de l’art camerounais au niveau de sa diaspora.  

Au cours de ce concert, on verra que ce sont les danseuses brésiliennes qui sont mises en avant, qui font l’entrée triomphale. C’est un style subtil de message, de la mélodie, de l’harmonie, c’est vrai que c’est haut en couleur, en sons, en contrastes cela peut aussi décrire ce que l’homme est. Pour l’écrivain que je suis cela fait transgresser ces éléments captivants de la vie artistique d’un chanteur éloigné de sa société, ayant sa personnalité propre et ses visions prescrites. L’artiste camerounais aime les histoires vécues, notamment les siennes.

Il se passionne pour les mésaventures des autres et les spectacles déplaisants. Il est capable de passer d’un ton moqueur à un ton compétitif. SAMy DIKO, pendant 22 ans de performances musicales, a connu tous les hits et les succès tant nationaux qu’internationaux. Il a un répertoire rempli de messages, valables encore aujourd’hui. Ses chansons sont modernes.

Ses chansons restent profondément enracinées dans la tradition du makossa. Ce rythme traditionnel qui est désormais le meilleur vecteur d'expression de l'identité nationale. 

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