Crise post-électorale de 2018: Une famille paie le lourd tribut
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Stéphane Yeni Noukie, né le 28 avril 1986 à Douala au Cameroun, est d’une fratrie de 6 enfants ; son père se nommant Noukie Mathias et sa mère, Yemagam Julienne. Stéphane s’engage dans la politique en 2016 et devient aussitôt membre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, parti politique que le professeur Maurice Kamto vient de lancer en 2012. 

A l’approche de la présidentielle 2018, le président Maurice Kamto fait un discours mémorable qui captive l’attention du jeune Stéphane Noukie : « Ceux qui ont gouverné pendant plus d’un demi-siècle ont conduit notre cher et beau pays droit au mur ; les crises multidimensionnelles que connait le pays m’obligent à m’engager pour vous et que vous vous joignez à moi afin que nous assurions le changement en 2018 à travers les élections, qui est la voie royale vers une alternance qui nous évite des soubresauts pouvant déboucher sur des voies hasardeuses ou aventureuses pour l’accession au pouvoir », déclare le leader du Mrc. 

Le jeune étudiant est très impressionné par ce discours qui le détermine à devenir membre du Mrc. Dès ses premiers moments de militantisme où il est membre dans une unité au quartier Ndog-bong à Douala, Stéphane Noukie est très actif et quand arrive l’élection présidentielle de 2018, il est parmi ceux qui se chargent de la distribution des bulletins de campagne, les T-shirt, les casquettes, entre autres gadgets du parti. Il est toujours aux avant-postes des meetings qu’organise le Mrc  et son souhait est de voir ce parti remporter haut la main les élections présidentielles du 7 octobre 2018. Chaque jour de la période de campagne électorale, Stéphane pouvait sacrifier près de 8 heures de son temps afin d’être au service du parti. Vu son engagement au sein du parti, les cadres du Mrc décident de l’envoyer dans la ville de Bafang à l’ouest du Cameroun afin qu’il suive le processus électoral de ce côté et contrôler le déroulement du scrutin puis enrôler de nouveaux de nouveaux adhérents ; Bafang étant d’ailleurs son village ; il a entre autre pour mission d’implanter les unités et répandre la doctrine du parti.

Au soir du 7 octobre dans un bureau de vote à Bafang, Stéphane n’en croit pas ses yeux ; il a souvent entendu parler de bourrage des urnes avant le comptage des voix. Cette fois, il assiste en mondo vision à une scène. Les représentants du parti au pouvoir croyaient être hors de vue mais Stéphane avait capté la scène. Voulant s’interposer pour les en empêcher, 4 éléments de la gendarmerie l’ont appréhendé pour le conduire militari vers une destination inconnue, non sans l’avoir copieusement molesté. Durant sa détention, il est battu et torturé au point où il perd quelques dents mais aussi sa carte d’adhésion au Mrc. Inconscient qu’il était, Stéphane s’est retrouvé dans une cellule en compagnie d’autres personnes arrêtées ce même jour. La cellule dégageait une odeur nauséabonde et pestilentielle. Rendu au 2 novembre 2018, un élément de la gendarmerie ayant identifié les personnes illégalement gardées à vue pendant une longue période, relève que le nommé Stéphane Yeni Noukie est du même département que lui, c’est-à-dire Haut-Nkam dans la région de l’ouest-Cameroun. C’est alors que s’engage une conversation entre les deux hommes qui permet à Stéphane de s’échapper. Celui-ci a dû passer plusieurs semaines de traitement afin de recouvrer la santé. Mais là ne s’arrête pas son engagement. Le 26 janvier de l’année suivante,  2019, il participe à la marche dite blanche qu’organise les militants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun dans toutes les grandes villes du pays afin de protester contre ce qu’ils ont appelé « hold up électoral ». 

Le Rdpc, parti au pouvoir, a été déclaré vainqueur du scrutin présidentiel avec 71% tandis que le Mrc est déclaré deuxième avec 14% des suffrages exprimés ; c’est du moins que le Conseil constitutionnel présidé par le magistrat hors hiérarchie Clément Atangana avait proclamé, en dépit du contentieux qui a été houleux et dont de nombreuses fraudes relevées et des procès-verbaux irréguliers ont été relevés par les avocats des partis de l’opposition.  Le 26 janvier 2019 lors des manifestations pacifiques dans la rue, le jeune militant est arrêté à Douala après avoir tenté de s’enfuir lorsque les cars de la police et de la gendarmerie sont arrivés. Cette fois son cas sera plus préoccupant puisque son nom est déjà dans le fichier des forces de police et de sécurité. Il était recherché. Il sera battu à coups de machette à la plante des pieds. Après les interrogatoires, Stéphane Noukie passe 5 jours dans les cellules de la gendarmerie de Ndog-bong. Au moment de l’extraire les manifestants pour les conduire auprès du commissaire du gouvernement, Stéphane profite d’une minute d’inattention des éléments pour s’échapper dans le cimetière non loin de la gendarmerie. Quelques jours plus tard, il apprend que son oncle Cyrille Ngandjeu, lui aussi membre du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, a succombé à une balle lors des marches du 26 janvier 2019. C’est l’émoi total et la consternation au sein de la famille. De nombreux autres militants sont arrêtés et détenus à la prison centrale de New-Bell.

Après plusieurs jours dans la cachette Stéphane veut avoir les nouvelles de la famille ; il se dirige vers un call-box pour appeler son père afin que celui-ci lui trouve un peu de sous. C’est alors qu’il apprend que son oncle Cyrille Ngandjeu a été tué par les balles de la police. Stéphane prend la route de Mbanga où il va se cacher pendant près de 5 mois dans la brousse, vivant des subsides que son géniteur lui envoyait via son frère cadet Emmanuel Ngandjeu Noukie qui lui apportait tout ce dont il avait besoin, de même qu’il lui a été remis un téléphone portable au travers duquel il pouvait joindre  la famille et son avocat. Pendant ce temps, le domicile du père et son entourage étaient épiés. Las d’avoir les informations, la police finit par mettre sur le père du fugitif Stéphane. 

L’avocat s’est inlassablement battu pour la libération du père. Stéphane a été conseillé de rester en brousse jusqu’à ce qu’on lui trouve les moyens de quitter le pays. C’est sa maman qui a pu trouver les moyens qui ont pu permettre à Stéphane de voyager, grâce à la complicité d’un ami en service à l’aéroport international de Douala. Un mandat de recherche a été lancé à sa poursuite. C’est une affaire à suivre…

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