Crise anglophone : Le Cameroun face à lui-même
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Crise anglophone : Le Cameroun face à lui-même :: CAMEROON

Le verdict du Tribunal militaire de Buea condamnant avec fermeté et de manière implacable les criminels auteurs de la tuerie sordide et barbare de sept enfants dans une école à Kumba, lieu par excellence de la transmission du savoir, des connaissances, des valeurs citoyennes, dans un espace qui devrait être sanctuarisé, a recueilli une adhésion forte du public y compris par des partisans habituels de l’abolition de la peine de mort. Malgré la cruauté et la sauvagerie de ce massacre, certains observateurs espèrent une grâce du Président Paul Biya, car jamais la volonté Présidentielle d’éviter que le sang des Camerounais ne coule n’a été démentie depuis le début de son magistère à la tête du Cameroun. Il convient de le rappeler, le chef suprême des armées dispose des moyens technologiques, humains et logistiques pour en finir avec cette guerre asymétrique. Mais tous les camerounais, aussi bellicistes soient-ils, l’ont compris : le chef de l’Etat refuse obstinément d’autoriser un assaut qui pourrait conduire à un bain de sang. 

Ces jours derniers, les évènements de Tonga, dans la région de l’Ouest, sur fond d’affrontement communautaire la situation souvent dramatique des déplacés internes en cette période de rentrée scolaire, la mort de sept militaires du BIR tués à la suite de l’explosion d’une bombe artisanale, la violence de certains commentaires de presse nous ramènent à la tragique réalité de la crise des régions anglophones. La sécurité rétablie dans les grandes villes des régions anglophones ne doit pas nous faire perdre de vue les immenses défis à relever. Toutes les élites dirigeantes (politiques, confessionnelles, société civile, autorités traditionnelles, leaders d’opinion communautaires, chefs d’entreprises, syndicalistes) doivent oeuvrer chacun à leur niveau pour mettre un terme à cette crise. 

Les Camerounais francophones et anglophones doivent être les acteurs au quotidien de la co-construction de la sécurité et de la paix. La croisade permanente pour la fin de la crise du NoSo est un enjeu de solidarité et de patriotisme. Elle ne devra absolument pas et en aucun cas être parasitée par la perspective du coup de balai attendu dans l’opinion pour nettoyer les écuries d’Augias que sont certaines institutions de la République. 

La stabilisation du NoSo implique le traitement rapide de certains enjeux urgents en particulier sécuritaires, pour ne pas laisser prospérer le sentiment d’impuissance des pouvoirs publics dans certains territoires, mais aussi s’attaquer aux racines du mal que sont les problèmes fondamentaux. Le dialogue politique permanent, la mise en œuvre des reformes du « statut spécial », le développement économique inclusif, la reconstruction, la crise délétère des élites, un système scolaire et judiciaire sclérosé, les territoires et des citoyens qui ont le sentiment d’avoir été marginalisés et abandonnés, la restauration de la confiance vis à vis des institutions républicaines, la désertion d’une partie de l’élite du terrain illustrent la gravité de la situation dans ces régions où les populations ont  souvent leur terroir chevillé au corps.

L’absence d’un dialogue permanent porte les risques d’un enkystement des groupes séparatistes violents. L’édifice patiemment construit par les pères de l’indépendance est traversée par des vents contraires. La machine camerounaise à unir est grippée. L’offre politique du grand dialogue national ne donne toujours pas les résultats escomptés. Le moment est venu de ramener à la raison les camerounais qui ont pris des armes pour tuer d’autres camerounais, au nom d’une entreprise sécessionniste vouée à l’échec, mais qui peut encore perdurer avec de nombreux morts de part et d’autre, et des familles endeuillées dans le désarroi.

Le Cameroun est face à lui-même ; malgré les prédictions des analystes politiques pessimistes sur l’avenir des régions anglophones au sein de la République. C’est vers notre histoire qu’il faut se retourner pour répondre et comprendre la construction politique et sociale de notre pays et non dans l’injure et l’invective. Revisiter l’édifice Cameroun à chaque étage, les moments critiques, les errements, les ruptures, les déceptions, voir ce qui n’a pas bien marché et envisager une réponse qui serait un mix politique et sécuritaire dans le respect strict de l’unité du pays. Ceux qui évoquent l’histoire de l’Ethiopie ou du Soudan devraient se rappeler que nous sommes au Cameroun, la situation est difficilement comparable. 

L’impasse actuelle met clairement en évidence, le cataclysme politique, idéologique et mental provoqué par le Référendum du 20 mai 1972 chez nos compatriotes des régions anglophones, qui sont nombreux à affirmer vivre depuis 50 ans une situation de marginalisation voire de subordination politique, économique et sociale. Dans sa lettre de démission du Rdpc le 9 juin 1990, John Ngu Foncha, ancien vice-président de la République Fédérale du Cameroun et Premier Ministre du Cameroun Occidental, mettait en perspective les préoccupations de nos compatriotes anglophones. Quatre ans plus tard. Tandeng Muna, dans sa lettre de démission du Comité consultatif constitutionnel est resté sur le même registre, et il écrivait « la Fédération est sûrement la forme de gouvernement la plus proche du peuple » et il ajoutait plus loin « pourquoi nous mentons nous en l’assimilant à la sécession ». La position de ces deux grandes personnalités de l’histoire illustre la posture d’une partie de l’intelligentsia anglophone au Cameroun et dans la diaspora.

Dans un contexte différent, au cœur du débat public de la tripartite qui s’est tenu du 30 octobre au 17 novembre 1991, la décentralisation est apparue comme le compromis contre des thèses fédéralistes dont les ardents défenseurs étaient Christian Cardinal Tumi, homme d’église et grand patriote de regretté mémoire et le Chairman Ni John Fru Ndi, président du SDF (Social Democratic Front). La nécessaire éradication de la criminalité transfrontalière et du grand banditisme qui sévit en région anglophone ne doit pas faire perdre de vue les origines politiques de la crise actuelle. S’il est illusoire de tenter d’imposer au Cameroun des réformes politiques avec lesquelles la majorité des Camerounais est en désaccord y compris une frange importante de nos compatriotes du Nord et Sud-Ouest, une des solutions de la crise anglophone repose sur un dialogue politique permanent assorti d’un calendrier avec des objectifs clairement définis. Le Gouvernement du Cameroun sous l’impulsion du Président Biya qui a fait le choix de ne pas massacrer secrètement les terroristes, œuvre pour apporter un traitement politique de la crise.

Le pays malgré le tumulte menaçant de la crise sécuritaire couplé à un environnement économique endogène et exogène difficile ne vacille pas. Le leadership pacifique du Président Paul Biya ne peut nous laisser indifférent. Alors que la cohésion nationale est mise à rude épreuve, nous ne devons pas subir l’emprise du doute dans lequel tentent de nous embarquer des apprentis sorciers de tout bord.

La crise du NoSo est l’occasion de renforcer nos valeurs citoyennes et patriotiques. L’identité camerounaise en voie de construction et de maturation évolue et doit rester vivante. A tous les compatriotes des régions francophones, je voudrais rappeler pour méditation cette évidence de l’écrivain libanais Amin Maalouf : « c’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leur plus étroite appartenance, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer ». Tous les efforts et toutes les synergies du peuple Camerounais doivent s’unir pour rechercher la fin de la crise dans le NoSo. C’est un combat qui vaut la peine d’être mené. 

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