Les bonnes affaires des “pharmacies” du trottoir
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La multiplication de ces espaces de vente illicite représente 60 milliards de FCFA, 50 % des médicaments camerounais, tandis que plus de la moitié de la population ne se rend pas en pharmacie.

Un mini conteneur, un tabouret en bois et une chaise. C’est ainsi que se présente la pharmacie de Justin Fongang. À l’intérieur, des petits box contiennent des médicaments. Âgé de 38 ans, le jeune homme est vendeur de médicament au marché Mokolo de Yaoundé. Il exerce cette activité depuis plus de dix ans sans aucune autorisation de commercialisation ou même sans une formation. Bien que ce soit une activité illégale, la vente de médicaments continue de se faire sans grands entraves.

Le jeune commerçant n’éprouve aucune gêne à parler de son activité quotidienne. « Je reçois des clients tous les jours. Tout le monde recoure à ces médicaments. Il n’y a pas de honte à acheter des médicaments hors d’une pharmacie », mentionne-t-il tout souriant. Au cours de notre échange, Evelyne, une jeune dame, est venue chercher guérison auprès de Justin Fongang. « J’ai très mal à la dent. Je n’arrive pas à dormir depuis deux jours », a-t-elle déclaré. Comme tout médecin, le jeune commerçant ausculte son patient. Au bout de quelques minutes, il détecte le mal. La patiente souffre d’une infection de la gencive. Comme médicaments, il lui a prescrit des anti-inflammatoires, des antibiotiques et du paracétamol.

L’ordonnance s’élève à 1750 Fcfa. Emballés dans un plastique de couleur noire, les médicaments ont été remis à la dame tout en lui indiquant les prises. « Vous allez prendre deux comprimés matin et soir pour chaque plaquette de médicaments », lui a-t-il indiqué. Tout près de Justin Fongang, se trouve une dizaine d’autres vendeurs de médicaments. Chacun déploie son astuce pour séduire des clients car il faut faire du chiffre. « Madame, votre pharmacie à moindre coût » ; « C’est ici votre pharmacien », peut-on entendre. Des box d’un mètre ou un et demi sont leurs comptoirs de vente. Sous ceux-ci, des sacs plastiques de couleur noire sont visibles. Ils contiennent des médicaments. Dans chaque marché de la ville de Yaoundé, les vendeurs de médicaments ont leurs secteurs. Chacun y trouve son compte.

Apprentissage

À la vente illicite des médicaments s’ajoute le manque de professionnalisme. Pour certains commerçants, ils ont appris auprès des proches. C’est le cas de Justin Fongang qui débute l’activité en 2013 après le décès de son papa. « Mon père était infirmier dans un hôpital à Mbalmayo. Il avait l’habitude de suivre des malades à la maison. C’est ainsi que j’ai appris », explique le jeune homme. Par manque de moyens financiers, il décide d’ouvrir un local de vente des médicaments dans son quartier à Rue Manguier avant de s’installer au marché Mokolo en 2016. Tout comme lui, Steve Domfack se trouve dans la même situation. « Certains malades viennent en sachant exactement quel médicament acheter. D’autres se confient à nous et nous leur proposons des médicaments en fonction de leur mal », confie Steve Domfack.

Pour d’autres, le fait d’avoir travaillé dans un établissement hospitalier leur a permis d’acquérir des connaissances. Aurèlie N. âgée de 36 ans, est femme de ménage dans un hôpital. Son quotidien lui a permis d’apprendre, prétend-t-elle. Détentrice d’un box de vente de médicaments au marché Central de Yaoundé, la jeune dame a également employé un homme de main avec qui elle travaille. « Je côtoie des infirmiers et des médecins tous les jours. De façon discrète, je pose des questions aux sujets de certaines maladies et quel type de médicaments prendre », indique-t-elle toute embarrassée. Ces vendeurs ne se limitent pas uniquement à la vente des médicaments. Ils se livrent aussi à la vente du matériel médical tels que des gangs, des fils, des seringues et des bandes collantes.

Des prix accessibles

La ruée vers ces médicaments de rue se justifie par ses prix accessibles. « Les prix sont très bas, comparés à ceux de la pharmacie. Il peut y avoir une différence de 200 voire 500 Fcfa en fonction du produit », martèle une cliente. « Dans une pharmacie, on ne fait pas de prêt. Par contre chez ces vendeurs, vous pouvez vous faire soigner à crédit lorsque vous êtes un client régulier », explique Blandine Fowoung.

Quant à la question sur les réseaux d’approvisionnement, les uns et les autres restent peu diserts. « Nous achetons auprès des grossistes. Nous ne sommes que des vendeurs », lance une commerçante. Pour pallier le problème de vente illicite des médicaments, l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (ONPC) a tenu une conférence de presse à Yaoundé le mardi 15 septembre 2021 pour faire un état des lieux de ce secteur d’activité. Selon le président de cette association, 50 % des médicaments camerounais sont dans le circuit illicite et plus de la moitié de la population ne se rend pas en pharmacie. La 11ième journée mondiale des pharmaciens se célébrera le 25 septembre prochain et regroupera plusieurs activités. Elle aura pour thème « Pharmacie : toujours digne de confiance pour votre santé ».

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