PREDICATION DU DIMANCHE 19 SEPTEMBRE 2021 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 19 SEPTEMBRE 2021 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA

 Textes : Jérémie11,18-20 ; Jacques 3,16-4,3 ; Marc 9,30-37

Thème : Qui donc est le plus grand ?

Les disciples de Jésus n'étaient pas très fiers, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus important. A priori, nous aurions nous aussi peut-être tendance à les blâmer, parce qu'ils se disputent pour les premières places. A y regarder de plus près, il faut bien admettre que la compétition a quelque chose de positif. Avancer, grandir, chercher à devenir meilleur, à acquérir plus de connaissances, à être plus compétent, réussir, gagner, tout cela est important. Cela fait partie de notre vouloir vivre, de la mise en valeur de nos capacités.

Cela donne du dynamisme et de l'enthousiasme. Et aujourd'hui, dans notre monde de battants, c'est même nécessaire pour se faire une place au soleil. Seulement, voilà, il arrive parfois que cette lutte nécessaire, s'accomplit au détriment des autres, au prix de l'écrasement de celles et ceux qui nous entourent. E y a là souvent un aspect mortifère, à la compétitivité. Pour gagner, pour être le premier et le plus grand, le plus fort, il faut absolument anéantir les autres concurrents. Cela ne s'accorde pas très bien avec l'esprit de Jésus qui nous déclare "Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le serviteur de tous !" Il arrive que des personnes, parfois célèbres, accomplissent des œuvres de bonté et de solidarité.

Tout en réussissant leurs croisades du cœur, elles mettent en évidence et en lumière les grandes carences de l'organisation de nos sociétés, et l'incapacité des gouvernements d'enrayer les ravages de la grande pauvreté et de la misère. Comme pour se défendre, ou pour justifier une situation, on colportera volontiers les critiques vis à vis de ces actions humanitaires et l'on mettra en lumière les limites de leur efficacité. Je me souviens qu’à l'occasion du décès de Mère Thérésa, les médias nous ont beaucoup parlé de son œuvre, de la façon dont elle a permis à tant de malheureux de Calcutta de mourir, non pas dans la rue, mais d'une manière plus humaine et plus digne.

Mais en même temps, d'autres ont essayé de dénigrer son action, lui reprochant d'agir uniquement sur les conséquences de la pauvreté en Inde, et de ne jamais remettre en question les causes de cette immense misère. D'autres lui ont reproché même de glorifier la souffrance de ces pauvres, comme si celle-ci avait en soi une valeur importante et rédemptrice. Et nous-mêmes, ne nous arrive-t-il pas de nous irriter lorsqu'à côté de nous d'autres réussissent. Nous éprouvons du dépit devant les initiatives d'autrui.

Nous sommes irrités quand quelqu'un s'oppose à nous, n'a pas la même pratique ou les mêmes opinions. Nous avons un inconscient plaisir à humilier les autres, surtout s'ils réussissent. Il nous est facile d'accuser et d'écraser l'autre quand nous sommes soi-disant supérieurs. C'était déjà pareil au temps de Jésus. Il avait jusqu'ici accomplit une œuvre admirable, en guérissant de nombreux malades, en chassant les mauvais esprits et en accueillant les pécheurs. Il s'était donc taillé un grand succès.

Par ces nombreuses guérisons, ils s'opposaient aux autorités religieuses de son temps, qui prétendaient que la maladie ou l'infirmité était une punition de Dieu. Si quelqu'un était boiteux ou aveugle, c'est parce qu'il avait péché. Il ne fallait donc pas le soulager ni le guérir pour ne pas s'opposer à la vengeance de Dieu. C'est pourquoi les prêtres, les scribes et les pharisiens se voyaient remis en question par le succès du Nazaréen. Ils le critiquaient volontiers. "C'est par le prince des démons qu'il chasse les démons" disaient-ils. Ce prophète ne pouvait pas venir de Dieu puisqu'il accueillait les pécheurs. Jésus n'est pas dupe de ces pensées mortifères des juifs pieux de son temps. Il annonce clairement l'intention de ses adversaires de le faire disparaître. "Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront, mais trois jours après il ressuscitera".

Pour fortifier ses disciples, Jésus fait un geste symbolique. Dans la maison, il appelle un enfant, le place au milieu d'eux et l'embrasse. Appeler un enfant, c'est peut-être un geste émouvant, touchant voire même merveilleux. Pour les apôtres, c'est un rude coup de poing sur la table. Ils ont discuté pour savoir qui était le plus fort et Jésus leur donne en leçon un petit enfant. Car Dieu ne se retrouve pas chez ceux qui veulent être grands au mépris des autres. C'est dans le petit qu'il se reconnaît. L'attitude de Jésus apparaît comme radicalement neuve. S'il voit dans l'enfant celui qui est sans défense, il voit surtout un être disponible et ouvert à l'avenir. C'est vers lui que s'adresse la tendresse du Maître.

Il l'embrasse. Il s'identifie à ce tout petit puisqu'il affirme que celui qui "accueille un enfant comme celui-là, c'est lui-même qu'il accueille et donc le Père qui l'a envoyé. Frères et sœurs dans le Seigneur, L’évangile d’aujourd’hui a l’air tout joli et tout mignon.  Il nous invite à accueillir les enfants au nom de Jésus.  Quoi de plus naturel ! C’est joli, un enfant, ça chante et ça rit tout le temps, surtout pendant la nuit à deux heures du matin quand il a mal au ventre, ou bien le soir quand il se met à pleurer parce qu’il est fatigué, mais qu’il ne veut pas aller se coucher.

 Il faut se méfier d’une image un peu trop idyllique de cet évangile.  Il faut se poser la question de savoir ce que cela veut dire accueillir un enfant au nom de Jésus ? Pourquoi cette précision « en mon nom » ? C’est qu’il ne faut pas oublier qu’il ne fait pas bon vivre pour les enfants dans l’Antiquité.  Saint Augustin écrit dans la Cité de Dieu qu’il préférerait mourir plutôt que de recommencer son enfance (21, 14).  

Car les enfants étaient très sauvagement punis dans l’Antiquité.  On le voit sur les fresques et sur les stèles : quand on présente un enfant, il y a toujours un adulte, son professeur, qui est là présent avec un bâton à la main.  Et vous connaissez le vieux dicton latin : pueri ducuntur ab extremo tergo, c’est à partir du bas du dos qu’on éduque les enfants.  Et en grec, ce n’est pas mieux : c’est le même mot qui veut dire punition et éducation, paideia.  

Les enfants sont donc à cette époque des êtres sans défense, turbulents, qu’il faut mater avec sévérité.  Et voilà que le Christ nous invite à les accueillir en son nom.  Quand il dit cela, c’est pour répondre aux manœuvres ambitieuses de ses disciples.  Ils se demandaient qui serait le plus grand, c’est-à-dire qui serait ministre dans le nouveau royaume créé par Jésus.  Et c’est normal : nous sommes tous en train de nous comparer.  

Les enfants veulent avoir la dernière version du smartphone parce que tous leurs copains en ont une, les hommes veulent avoir une plus grosse voiture que leurs voisins, et les femmes une plus belle robe que leurs copines.  Même entre pasteurs, il y a parfois une forme de concours : c’est à celui qui a le plus de monde au culte, celui prêche le mieux, celui qui harangue la foule.  On a tous besoin de choses concrètes, matérielles pour se rassurer et pour pouvoir dire qu’on a bien travaillé, qu’on a bien prié.  Et voilà que le Christ nous place à un autre niveau de concurrence, celui de la générosité désintéressée.

 Accueillir un enfant pour lui, c’est accueillir quelqu’un qui n’a pas de quoi rembourser le bien qu’on lui a fait.  C’est comme les aumôniers dans les hôpitaux : ils vont rendre visite à des malades qui sont gorgés de calmants et qui ont du mal à réfléchir et à parler.  C’est comme les bénévoles qui vont dans les résidences pour rendre visite à des personnes âgées qui perdent espoir et qui répètent vingt fois les mêmes histoires. La grandeur d’un homme ne se mesure pas à la taille de sa voiture, ni à l’épaisseur de son coffre-fort.  

La grandeur d’un homme se mesure à l’amour que Dieu lui donne et qu’il est prêt à recevoir.  Oui, nous sommes beaux quand Dieu nous aime.  Nous sommes grands quand nous aimons ceux que personne n’aime et que nous leur rendons leur véritable dignité, celle d’enfants de Dieu. Aujourd'hui, Jésus ne va pas renouveler ce geste au milieu de nous, mais sa parole nous invite à accueillir l'enfant qui est en nous, qui demeure en nous.

C'est une invitation à retrouver ce petit être qui sommeille en chacun de nos cœurs, cet enfant que nous avons été, qui était ouvert à l'avenir, au progrès, à l'émerveillement devant la nature et le monde, dans le cœur duquel il n'y avait aucune violence, aucune agressivité, mais un désir d'aimer et de se donner tout entier dans la tendresse envers ceux qui l'entourent.

Amen. 

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