Numéros verts : Moyen de dénonciation efficace ou effet de mode ?
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La sonnerie du 1517 n'ébranle pas la corruption.

«Rentrée scolaire 2021-2022 sans corruption ». C’est le signe sous lequel le président de la Commission nationale anti-corruption (CONAC), Dieudonné Massi Gams, a placé ce début d’année scolaire au Cameroun. En lançant, dernièrement, la campagne de sensibilisation relative à ce sujet au lycée bilingue de Deido, le président de la CONAC a expliqué que les troubles sociopolitiques en cours dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, entraînent la migration d’un grand nombre d’élèves vers Douala.

Cette forte demande d’accès à l’éducation est susceptible de pousser les chefs d’établissement de la capitale économique à exiger des pots-de-vin, à avoir recours aux trafics d’influence, abus de pouvoir ou de fonction, extorsion de fonds au détriment du mérite et des règles qui gouvernent les inscriptions. Pour résorber ce phénomène, le révérend Massi Gams a recommandé aux victimes de contacter la CONAC au 1517 pour dénoncer les contrevenants.

Si l’intention est salutaire, c’est son opérationnalisation qui laisse songeur. Car la CONAC étant basée uniquement à Yaoundé, comment un habitant de Mora pourrait obtenir réparation d’un préjudice s’il venait à dénoncer les magouilles en cours dans un établissement scolaire de la ville ? De plus, la CONAC dispose-t-elle d’un personnel assez étoffé pour lui permettre de répondre aux sollicitations provenant d’horizons divers au même moment ?

Loin de vouloir jeter l’opprobre sur la démarche de la CONAC, son initiative aurait davantage d’éclat si on lui donnait les moyens d’aller au-delà de ses capacités actuelles. Ce d’autant que depuis le lancement de son numéro d’appel gratuit en avril 2018, ce ne sont pas les sollicitations qui manquent. Dans son dernier rapport sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun, la CONAC affirme avoir reçu 7 958 appels liés à ce fléau en 8 mois. Tout au long de l’année 2019, ce sont 4 482 dénonciations qui ont été répertoriés. Ce gap de 3 000 appels est peut-être révélateur de ce que n’ayant pas vu les lignes véritablement bouger après les précédentes plaintes, nombre de Camerounais se sont abstenus de faire encore recours à la CONAC face à un acte de corruption. Pourtant à voir les secteurs dans lesquels les usagers du service public se disent victimes de corruption, on en vient à se dire qu’à travers son numéro vert, la CONAC a du grain à moudre.

Le rapport 2019 de l’institution renseigne que les secteurs les plus dénoncés via le 1517 sont les finances (rétro commissions dans les paiements au Trésor, corruption des douaniers et agents des impôts, traitement des dossiers de pension retraite, etc.), les affaires foncières (double vente de terrain, arnaques dans les sous-préfectures, etc.), forces de maintien de l’ordre (gardes à vue abusives, contrôles routiers fantaisistes, établissement des CNI et passeports, etc.), communes (établissement d’actes de naissance, harcèlement de la police municipale), commerce (faux contrôles et arnaques des agents du Mincommerce), transports, justice, éducation, santé, forêts, affaires sociales, Camwater, ENEO, etc. Malheureusement, la CONAC ne renseigne pas sur la suite donnée à ces dénonciations, si ce n’est que « la CONAC a réussi à résoudre beaucoup de problèmes et cas de corruption à travers la ligne verte. L’apport de ligne verte de la CONAC est donc énorme. »

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