YVES DE MBELLA… une malédiction de la Sainte Vierge Marie ?
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Dans la matinée du mercredi 2 septembre, mon collaborateur à Camer.be, m’a appelé de bonne heure, me demandant de me connecter   sur la Côte d’Ivoire. L’actualité est brûlante de ce côté. « Il y aurait des informations qui pourraient nous intéresser. » Conclut-il.  Concentré sur la sortie d’un livre, je n’ai pas recherché des infos sur l’actualité africaine depuis des jours. Aussi, je n’ai pas demandé ce qui se passait, j’ai allumé mon PC et directement, je suis tombé sur l’information concernée. Tout évidemment tournait sur   Yves de Mbella, présentateur vedette de la télévision NCI chaîne privée de Côte d’Ivoire. Il a fait en direct un « one man show », la scène est surréaliste.  Une scène bien ficelée devant un public sagement assis qui applaudit même à la fin. C’était de l’inédit…Presque métaphysique. Qu’est ce qui s’est passé dans la tête du brillant présentateur qui a tout reçu dans ce pays ?

J’ai regardé l’émission au moins trois fois pour essayer d’établir le portrait psychologique des acteurs du jour ; je constate que les premières minutes de l’émission se déroulent sans incident, soudain au milieu de l’émission, au moment où l’audience a atteint le summum, l’irréparable se produit, et quel incident ! La simulation d’un viol par un ancien violeur.  C’est la stupeur générale dans toute la Côte d’Ivoire. Rien pourtant ne montre qu’Yves de Mbella a des anomalies ou des symptômes latents d’une névrose.

L’émission continue comme si de rien n’était. Il n’est nullement inquiet. Mais avant la fin de l’émission, toute la Côte d’ivoire est au courant et les commentaires vont aller bon train laissant la place à toute sorte de supputation dans réseaux.

Les ivoiriens eux-mêmes habitués à parler de sexe à longueur de journée n’en reviennent pas ; ils ont désormais un bouc émissaire, en la personne de Yves de Mbella. Pour être plus complet dans cet article, il m’a semblé opportun de reparler de l’homme et de son passé.

Qui est Yves de Mbella ?

Yves de Mbella est Camerounais. Bientôt 20 ans qu’il s’est établi en Côte d’Ivoire. Après des études en Italie, Yves de Mbella rentre au Cameroun avec beaucoup d’ambitions, la première étape serait de mettre la main sur les médias pour se construire une carrière, qui facilitera son rayonnement. Il faut déjà dire que Yves de Mbella a toujours été intéressé par le monde de la communication. Il commence par être animateur occasionnel à la CRTV radio.  Au Cameroun, c’était un homme calme discret bon mondain. Il résidait à l’époque en plein cœur de Tschinga. Il était ce qu’on disait dans les années 90, un Play boy qui aimait la compagnie des fils de hautes personnalités de la république. Les jeunes filles ne juraient que par son nom. Dieu seul sait comment il y en a toujours eu à Tshinga.

Dans les années 90, Yves de Mbella est un type assez fascinant, un ambitieux, il était dans le milieu de la communication ce qu’on pourrait appeler un touche à tout ; assez génial, qui avait une boulimie d’activité. Au Cameroun il voulait être connu. Il se mettait au premier plan pour être copté par la hiérarchie ; bon communicateur, bon séducteur, élégant, amoureux de la chausseur « Santiago », il aimait au cours d’une soirée qu’il avait animée, présenter celle-ci qui aurait coûté à l’époque 120 mille francs cfa. On le voyait arpenter les rues de Tschinga frappant durement le sol pour attirer le regard des passants. C’est l’un des animateurs le plus écouté de ces année-là. Il comptait entrer dans la communication camerounaise par la voix royale. Il espérait que les ténors cèdent la place et se lie avec d’autres grands animateurs de l’époque. Il était ce qu’on appelait un vivier. Il avait des belles idées puisqu’il veut faire de la communication un instrument qui perce. Il veut diversifier et peser, d’un poids de plus en plus considérable dans la communication camerounaise.

Les émissions comme télé podium, délire, les jeunes talents, ou les émissions de radio à cœur ouvert dotées de brillants présentateurs dominaient les audiences brouillant ses ambitions. A l’époque les succès que connaissaient les émissions de Foly Dirane sont incontestables. Mais je sais qu’au Cameroun il avait sa place, mais il va trouver des présentateurs solidement enracinés dans les médias. Malgré cela il espérait que son temps viendrait un jour. Mais lorsque Consty Eka avec des concepts novateurs arrivent, il brasse toutes les audiences, ceci enterre le rêve de Yves de Mbella. Il ne lui reste qu’une seule chose… s’envoler pour la côte d’ivoire. On n’entendra plus parler de lui que de façon sporadique. En Côte d’Ivoire la musique camerounaise fait la une à Abidjan les Ben decca, les San Fan Thomas, les Moni Bilé, les Guy lobé, les Petits Pays, les Edgar Yonkeu, les comédiens Antonio tous passent par la Côte d’Ivoire et sont adulés dans ce pays. Donc il arrive ainsi chez lui.

Ceux qui le connaissent sont unanimes, Yves de Mbella c’est un homme de principe, doté d’un calme retentissant, très vantard. Un personnage qui veut laisser sa marque à tout prix. Yves de Mbella sait tout, il a tout vu, personne ne le dépasse, pour lui, il est le meilleur d’entre tous, et personne ne doit contester ce fait. La preuve dans ses émissions, il te pose une question, il ne te laisse pas développer ta réflexion, il veut répondre à ta place. L’homme du paraître, du m’as-tu vu… Au Cameroun après avoir animé une soirée, il revenait au centre de la salle, soulever les deux bras en l’air pour recevoir une dernière ovation.

Lors de la fête de l’association des jeunes de Tschinga en 1992, si j’ai bonne mémoire, nous sommes au palais de congrès, Yves de Mbella est assis à la table d’honneur. L’animateur de la soirée qui reçoit les invités à l’entrée de la grande salle de fête, annonce à tous les hôtes la présence de Yves de Mbella dans la salle. « Yves de Mbella est là, il est à la table d’honneur. » disait-il. Yves de Mbella aurait souhaité que les rues soient désertes lorsque son émission passe. Mégalomanie ? Il n’y a pas deux.

YVES DE MBELLA une malédiction de la Sainte Vierge Marie ?

On dit de ne pas juger… Mais c’est une anecdote. Dans ces années 90, il y a un fait très important à rappeler, les auditeurs de la CRTV radio à Yaoundé étaient habitués à une onomatopée prononcée par Yves de Mbella qui annonçait son émission. « Santa Maria… » Je suis incapable de citer ce qu’il disait, mais en gros c’était une suite de mots mal odorant prononcés en italien qui blessaient les chrétiens. C’était une première   gaffe dans la radio camerounaise ; voilà qu’il en cause une autre, il ne faut pas dire qu’il s’agit là d’une simple coïncidence.

Une phrase offensante à l’égard de la mère de Jésus. Relaté bien sûr avec humour. Les camerounais ne comprenant pas la langue italienne, se préoccupaient peu de cette phrase peu orthodoxe.

Cette onomatopée passera pendant des mois. Le personnel de l’ambassade d’Italie se serait plein auprès de la direction générale de la CRTV, pour ces mots insidieux à l’égard de la Sainte Vierge. C’est ça qui serait sans doute à l’origine de son départ de la radio. Yves avait une volonté de puissance qui sera stoppée nette à la CRTV.

Remontons dans le temps et la vie de notre pays. À la CRTV comme à la Fecafoot, chaque détail compte, une prestance ou une victoire, n’est pas toujours bienvenue, on t’enverra un message pour un avertissement ou un blâme qui signifie ne pas trop en faire ; il faut savoir décoder les messages, ce que le silence d’un patron ou un collègue qui ne te salue pas un matin veut dire.  Yves de Mbella a connu tout ça.

Impatient, il va finir par jeter l’éponge. Il se lance dans la grande aventure, la Côte d’Ivoire a toujours pris les meilleurs camerounais, on le sait déjà. Sur place il va devenir

cet homme d’influence. Il incarne en Côte d’Ivoire la communication innovante, il a organisé des soirées uniques, le concours de Miss Ivoire. Il est sollicité partout. Incontournable à Abidjan. Nul n’est prophète chez soi. Beaucoup d’ivoiriens que j’ai interrogés, déclarent qu’Yves est en avance par rapport à son époque. Un communicateur hors pair. Un visionnaire aussi. Ceux-ci adorent ses émissions et ses répliques intelligentes et ciblées. Un véritable régal. Une personnalité forte et sûre. Il peut improviser ses réponses d'une manière incroyable en un temps record. Il est tout simplement une encyclopédie.

Parlons maintenant de ce qui s’est passé au cours cette émission qui fait problème.

La scène parle d’elle-même. Une personne, qui se présente comme un ancien violeur démontre avec doigté et chaleur communicative ses actes criminels sans état d’âme et avec humour. Il explique ses sordides comportements ; tout un matériel est mis à sa disposition pour expliquer tel un biologiste le corps de ses victimes. La singerie dure une minute, elle est agrémentée par les propos incantatoires du présentateur : « Tu l'attaques de devant ou de derrière ?», « mais ça peut l’exciter ?», « Tu touches son sexe ?». Nous sommes dans l’irréalité totale. Quelle était l’intention de l’animateur ? Sensibiliser. Dit-il. « Celles aujourd'hui qui sont là, sachent que si quelqu'un nous vient comme ça, c'est qu'il a envie de nous violer. Notre but ce n'est pas de dire qu’il faut faire comme lui, mais c'est pour éviter de tomber dans le piège de ceux qui veulent faire comme toi », disait-il en direct. Nous venons de voir le nouveau monde pour ceux qui semblent être en avance sur les autres. L’affaire Camus n’est pas terminée, un autre camerounais soulève sur la place africaine une autre perversité.

Il a créé un climat qui laisse présager une mauvaise nouvelle sur tous les camerounais. Le public ivoirien habitué à « ne rien voir », a cette fois si ouvert grandement les yeux. 

Des scènes d’animation qui ajoutent une couleur de variété à l’ambiance. Le temps de souffler un peu, le présentateur se montre à l’aise comme un réalisateur d’un film. On aurait dit même un acteur devenu réalisateur.

En bon acteur de théâtre, le journaliste reste en scène et poursuit son théâtre. Il ne perd pas une seule seconde de ce qu’il a prévu de dire. Même chose pour le violeur repenti. La fascination de son art atteint la folie des grandeurs qui fait ressortir dans le subconscient d’un être ce qu’il peut-être en réalité. A l’imaginaire, la réalité n’est jamais loin.

Une joie morose accable le public présent qui reste tout de même dubitatif. Voici les moments où l’humour peut fendre l’âme. Ici on rit pour se fâcher après. Des métaphores qui montrent comment l’humour peut tourner la face et montrer sur la même scène une tragédie. La matière est grise est finie pour l’homme, il est dans la folie et dans cette folie, il faut amener tout un public. Exactement comme dans les hautes sphères, il est minuit plein vous devez montrer ce que vous connaissez faire. Il n’y avait rien à rire ici, il n’y avait pas de bonne intention ici, il n’y avait que la folie.

Il est dit officiellement que les camerounais sont réputés dans les apologies du sexe. Les chanteurs du Bitkusi pour la plupart ne parlent que du sexe de façon dégradante. Voilà qu’aujourd’hui, ils donnent ça cadeau aux ivoiriens. Les ivoiriens composent des chansons éducatives, pendant que certaines camerounaises créent des mélodies bouffonnes. Yves de Mbella est désormais considéré comme un excitateur de viol, on a l’impression qu’il voulait démontrer aux hommes friands de viol comment s'y prendre dorénavant. Il a été pris au mot, c’est dégradant.

Maintenant il ne faut pas accuser Yves seul, une telle émission est la symbiose d’une équipe. Une émission recommande une répétition, c’est une séance de travail, c’est une préparation tous les membres de cette télé sont-ils des cancres ? S’agissait-il de créer le buzz pour attirer l’audience ? Ce côté audience a donc réussi.

Nous comprenons bien que c’est le mal qui régit le monde. Et cela se voit dans les réseaux, tous les influenceurs qui sont à la une sont des personnalités médiocres qui racontent des bouffonneries à longueur de journée. Il y a des personnes sérieuses qui travaillent pour l’évolution de l’Afrique, qui n’attirent aucun regard. On a servi au peuple de l’Afrique ce qu’il aime voir dans ses tréfonds. Yves n’est qu’un bouc émissaire. Pour moi je regarde cela comme une fausse manœuvre d’un bon chauffeur ; l’erreur fait partie de la nature humaine. Il avait le mental complètement balafré. En choisissant le thème du viol, c’est son caractère mégalo qui a pris le dessus. Pour une personne comme lui, il a toujours des ailes de grandeurs qui l’empêchent de voler.

C’est aussi peut-être la fin, c’est un art, la communication. Comme dans tout art, il faut savoir quand il faut arrêter. Les artistes ne savent jamais quand il faut arrêter, ils veulent d’abord rater un penalty pour se faire humilier. Le public ne connait pas les défaites, on ne se souvient même pas des victoires. On oublie toujours ce que tu as fait de bien. Combien nombreux qui sont lynchés quand ils ont une défaite. Cet Yves de Mbella a organisé des soirées inoubliables en Côte d’Ivoire. J’étais fier de voir un compatriote montré une telle prouesse hors de son pays. Malgré ta durée dans un pays, n’oublie pas les mœurs de ce pays. Respecte la loi du pays d’accueil. Pour moi part, je crois que c’est le temps de raccrocher qui a sûrement sonné. Il va de soi que c’est parce que c’est un camerounais que les influenceurs s’acharnent sur lui, on a vu les pasteurs ivoiriens faire pire.

Pour conclure, je dirai, que cette scène participe d’un tout autre registre qui affecte l’esprit. Raconter, c’est faire rejaillir. Là encore, Yves de Mbella a craqué, un grain sale dans la voix qui remue les sexes. Et les histoires de viol, ça ne doit faire marrer personne. Sur ce point, il n’a recueilli que des matinées sombres des railleries acerbes.

Le geste maladroit d’un compatriote où qu’il soit rejailli sur l’ensemble des camerounais. Les ivoiriens aiment le sexe, ils ont été bien servis. Et voilà où peut nous mener l’esprit mégalomaniaque et ce souvenir du présentateur au palais de congrès, qui s’adressait à notre table d’invités : « taisez-vous, Yves de Mbella est là. »

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