Célestin BEDZIGUI : La République de la « scandalose »
CAMEROUN :: POLITIQUE

CAMEROUN :: Célestin BEDZIGUI : La République de la « scandalose » :: CAMEROON

Comment les scandales non clarifiés minent la crédibilité de l’État et détruisent la conscience de la communauté de destin de notre nation.

Il est des prises de parole qui vous révèlent au destin. Celle d’aujourd’hui en est une. Le Cameroun se meurt, sous les coups de boutoir des scandales en rafales. Comme l'est un homme mourant d'une tuberculose occasionnée par le bacille de Koch, notre pays meurt d'une «  scandalose  » occasionnée par le bacille de la complaisance que semble afficher la plus haute autorité de notre pays devant les scandales en série donc l'effet est de détruire la conscience d'une condition nationale commune et partagée, tant ces scandales mettent en lumière la différence de condition entre une caste qui s'empiffre des milliards captés à l'occasion des opérations qui génèrent ces scandales et la condition que partage la grande majorité des Camerounais de vivre sous un étiage permanent de ressources. Pour beaucoup, cette complaisance qui aura favorisée la montée en audace et en puissance des prédateurs présumés de la fortune publique est imputée à celui-là qui a le monopole de décider de l'opportunité des poursuites pouvant aboutir à une juste punition infligée par le pouvoir judiciaire à des aigrefins costumards qui trustent la haute administration et lui ont fait perdre son honneur.

Devant la série de scandales cités, la CANGate, la COVIDGate, le PADGate, le fait le plus troublant est d'entendre énoncer les mêmes noms de certains très proches collaborateurs du Chef de l’État, énoncés suivis de l' écho assourdissant de son silence, lui qui est pourtant le "maître des horloges", un silence que le peuple finit par assimiler à une marque de son mépris pour sa sensibilité, certains allant même, posture plus grave, à y voir une indication d'une certaine complicité objective entre ces suspects et lui, le détenteur de l'autorité suprême de l'État au Cameroun. Au cas où la distance physique qui s’est établie entre lui et le peuple ne lui ont pas permis de le savoir, il est temps qu'il soit informé de ce que le peuple camerounais boit jusqu'à la lie amère cette indifférente passivité devant des indices de crimes compulsifs contre ses intérêts, crimes dont sont soupçonnés des personnes portées à leurs fonctions par sa signature en tant que « maître des horloges ».

Le Cameroun se meurt d'un système entretenu par des vautours qui l’étrangle sous le garrot d'une « scandalose » dont l'incidence financière négative cumulée est subodorée être pour certains de l'ordre 2250 milliards F, soit juste un peu moins que la moitié du budget courant de l’État, ou environ 10% du PIB courant du pays, quand les sommes évoquées par diverses sources sont de 2 000 milliards F pour la CANGate, 200 milliards F pour la COVIDGate et 50 milliards F pour le PADGate. Ces montants impressionnants ne suscitent malheureusement pas une manifestation à hauteur comparable d'une réelle volonté politique d’éradication définitive du fléau de la « kléptocratie » qui semble être la pratique systématique et systémique des administrations ayant des liens connus et visibles avec la haute administration de la Présidence de la République.

Les Camerounais sont donc hantés par une terrible question : le Chef de l'État, le « Père » est-il ou pas au fait de ces méfaits ? Et pourquoi les mécanismes classiques de clarification et d'assainissement de ce type de maldonnes, pensant aux audits, aux enquêtes de police judiciaire, aux contrôles administratifs et judiciaires, pourquoi tous ces mécanismes ne sont pas activés ? Pourquoi faut-il qu'il y ait toujours une interférence de la Présidence de la République pour contrecarrer des initiatives d’assainissement ??? Et qu'elles raisons empêchent le Président de la République à agir et à sévir, puisque qu'il est établi en fait et en droit, qu’il en a le pouvoir, l’autorité ; en même temps il en porte la responsabilité ultime ?

Miser sur l'oubli par le public comme stratagème

À titre d'illustration, la variante la plus récente de la « scandalose », le PADGate, offre le tableau totalisant tous les indices d'une organisation maffieuse bien rodée où rien ne semble fortuit ou laissé au hasard : favoritisme, violation des règles de base de la gouvernance financière publique (la governance breach) conflit d'intérêts, surfacturations, blanchiment d'argent dans les paradis fiscaux. Dans une République Exemplaire, s'assurer de la personne du suspect face à un tel faisceau d'indices est un préalable et rassure le peuple de la détermination du pouvoir à nettoyer l’écurie. Cela passe par une garde à vue suivie d'un mandat de dépôt pendant la durée de l'instruction, entendu par ailleurs que de telles mesures contribuent aussi 5 protéger le suspect car beaucoup de protagonistes peuvent agir pour qu'il soit silencieux à jamais. 

De manière surprenante, alors que le " flight risk" - tentative de fuite d'un suspect est ici flagrant, on a assisté au spectacle inédit d'un suspect identifié relaxé et autorisé à orchestrer une campagne d’auto-blanchirent tous azimuts sur les médias et sur les réseaux sociaux, alors que le fait que le dossier soit en cours d’instruction interdit une telle pratique... Le but de la manœuvre est clair : banaliser cet épisode pour se payer l'oubli du peuple. Ne soyons pas surpris que dans les prochaines semaines, il n'y ait plus dans les tabloïds et les RS qu'une vague allusion à cette grave situation...

Violation de la Loi

Une autre variante de la « scandalose » est fournie par le COVIDGate. Pour faire semblant de s’aligner sur les exigences des partenaires de Bretton woods, on a confié à la Cour des Comptes un audit du compte d’emplois de fonds Covid 19 reçu du FMI. Nos braves magistrats se sont mis au travail...

Un travail très sérieux qui a conduit à la production d'un rapport de 350 pages dont la loi prévoit une présentation au Parlement. La date est fixée et les protagonistes informés. C'est alors que s'est produit l'inacceptable, avec une interférence du pouvoir exécutif. La présentation du Rapport n'aura pas lieu, un cas d’empiétement du pouvoir exécutif sur les missions du pouvoir judiciaire et du pouvoir législatif, en fait, une violation de la loi proche d'un crime contre la République. La Justice et ses magistrats sont l'ultime rempart du citoyen. Entraver leurs missions est un acte absolument inacceptable. Et lorsqu’une telle forfaiture émane de la Présidence de la République, ce sont les fondements même de la Républiques qui sont ébranlés.

D'autant plus qu'elle intervient à la suite d'un autre scandale, la CANGate dont on veut aujourd'hui utiliser les clameurs des événements pour enterrer le gouffre financier dont elle aura été la cause. Parti d'un budget de 600 milliards F, la facture à l'arrivée ressort à près de 2000 milliards F. Lorsque ce dérapage des coûts a été observé, nous sommes de ceux-là qui ont réclamé le minima en matière de gouvernance : un audit financier pour mettre à jour les mal pratiques et les corriger. Cette recommandation somme toute républicaine n'a pas été retenue. Bien au contraire, davantage de pouvoirs ont été confiés à ceux-là même dont le pilotage était à tout égard questionnable.

Choisir le changement du paradigme de gouvernance ou précipiter la fin du régime.

Le Chef de l'État a à faire face à une gageure, lui soûle leadership de qui se sont développés les soupçons qui taraudent aujourd’hui l'esprit du public. Si persiste sa non- réactivité depuis les anomalies observées en série alors, il s’expose à voir le contrôle réel qu’il a sur les opérations financières de l'État être questionnées par l'opinion. Tous les citoyens ont vu être désactivés tous les mécanismes de contrôle qui encadrent une gouvernance saine en matière de marchés publics. On nous parle désormais de *marchés spéciaux* pour contourner les mécanismes autobloquants des dérives qui violeraient les principes de la meilleure offrir et du paiement du service rendu. On nous parle aussi des « task force » pour légitimer la constitution d'une véritable *bande* organisée à la manière de la *bande à Bono" de sinistre mémoire, d'authentiques semi-analphabètes en matière management des projets et de process technico financiers. Par leurs pratiques, ces gens ont imposé dans notre pays une société duale qui fonctionne désormais sur deux ponts: le pont supérieur où ils se retrouvent avec des patrimoines observables se chiffrant en dizaines de milliards F et ne pouvant absolument être justifiés par leurs soldes de fonctionnaires même après 1000 années de carrière au sommet de l'indice de leur fonction, un pont inférieur où se marchent sur les pieds les citoyens lambda ravalés au rang de passagers clandestins dans le bateau de leur propre pays. Voilà la réalité de la société qui s'étale sous la lumière crépusculaire de cette ère. Pour déprimant que peut être l'état dans lequel se trouve le pays, baisser les bras est toutefois une option absolument interdite.

Bien au contraire, la « scandalose » devrait être le son du glas qui doit tirer le Président de la République de sa léthargie et le convaincre à prendre des mesures énergiques qui répudieraient de l'esprit des citoyens tout soupçon de complicité ou toute proximité d’intérêts avec les braqueurs de la République que nous continuions à penser, par naïveté diront certains, qu'ils ont trompé sa vigilance et abusé de sa confiance. À défaut ou le cas échéant, une complaisance persistante à l'égard de ces figures honnies du peuple contribuera à pousser les citoyens vers une résistance politique pacifique pour mettre un terme à ce qui au fil des jours et des épisodes perd la figure d'un un État au service du peuple, mais tend à devenir davantage une machine au service d'un intérêt exclusif de conservation du pouvoir, en s'appuyant sur un système de toutes les hontes, alors que l'intérêt général aura été jeté hors d'un train qui roule à grande vitesse vers le mur de la désunion nationale. Nous sommes beaucoup de Camerounais à avoir cru au rêve et à la promesse d'une République Exemplaire. Plus même, nous avons été de ceux qui se sont engagés, à notre corps défendant, en nous livrant au désespoir et à la colère un grand nombre de compatriotes qui se sont interrogés sur le sens d'une pareille option. La réponse était simple : nous croyions à une vision. 

Au réveil, le constat prend toutes les couleurs d'un gâchis innommable. Et si persiste le contrôle observé que les opérateurs de la « scandalose » ont sur les rênes de l'État, il sera d’un devoir sacré de tout patriote de s'associer à une marche politique pacifique déterminée pour mettre fin à ce système. C'est un but qu’un réarmement citoyen et un sursaut patriotique ont les moyens de parachever. Et si cette perspective se précisait, que le peuple se prépare à livrer pour la gagner dans une perspective eschatologique la mère des batailles contre ces apatriotes qui aujourd'hui accumulent des fortunes pour les jours à venir, fortunes qu’à défaut d'un programme politique pertinent, ils comptent utiliser pour s'imposer au pouvoir...

Voilà l'enjeu d’aujourd’hui et de demain que cache la « scandalose ». Et les Patriotes, armés de l'amour du pays, de l’énergie d’une mobilisation en masse critique, de l’intelligence stratégique acquise par l’expérience, vaincront.


P.S. Je dédie cette tribune à deux compagnons de lutte : Christian Penda Ekoka, qui rejoindra nos ancêtres ce samedi et Pius Njawe, mon « demi-frère » parti trop tôt. Nous continuerons le combat qu'ensemble nous avons commencé, jusqu'à la victoire.

Lire aussi dans la rubrique POLITIQUE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo

L'actualité en vidéo