POUR CHRISTIAN PENDA EKOKA, JE NE SOUTIENDRAI PLUS MAURICE KAMTO: Voici pourquoi
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CAMEROUN :: POUR CHRISTIAN PENDA EKOKA, JE NE SOUTIENDRAI PLUS MAURICE KAMTO: Voici pourquoi :: CAMEROON

D’ABORD UNE ANECDOTE. Lorsque je suis arrivé au Canada en janvier 2010, j’ai été massivement calomnié. Pour les diffamateurs, je n’étais qu’un agent du régime envoyé en Amérique du Nord pour traquer les opposants au président Paul Biya — dont je n’ai, du reste, jamais été militant du parti. Une coalition s’était vite formée entre ectoplasmes à l’affût d’un asile politique non mérité au Canada et quelques journaleux haineux au Cameroun, ceux-là mêmes qui, une décennie auparavant, avaient inventé la menterie selon laquelle je n’étais qu’un « indic du CENER » — fantasme né (je suppose) du fait qu’on me jugea trop bien informé comparé aux haillonneux aigris de la presse.

Le scoop sur mon « affectation » au Canada s’était vite répandu, des réseaux sociaux aux médias locaux, au point où mon nom apparut un matin à la Une de journaux camerounais, dont un certain Germinal. Cette fois, la gadoue journalistique me hissait à la tête d’un dangereux commando de policiers soi-disant en mission pour traquer les opposants au Canada. On prédisait des morts imminentes. Mais la vérité était bien évidemment différente. De hauts cadres de la police camerounaise étudiant à l’Institut supérieur de management public (ISMP) de Yaoundé, rencontrés par hasard à l’escale de Bruxelles, prenaient le même vol Brussels Airlines que moi pour Toronto. Ils s’y rendaient pour une brève formation académique à l’École nationale d’administration publique (ENAP) de Québec, partenaire historique de l’Institut camerounais. Je les avais croisés par hasard, disais-je, à Bruxelles-Zaventem. Je ne les connaissais pas. C’est eux qui avaient reconnu le journaliste omniprésent dans les chaînes de télévision du pays. Pour le conglomérat des menteurs, c’est moi, journaliste et civil n’ayant jamais été fonctionnaire ni agent de l’État, c’est moi qui dirigeais un commando. Pince-sans-rire.

ET POURTANT, PREUVE D’IMBÉCILLITÉ et d’inculture d’une certaine intelligentsia, un « grand universitaire » qui révéla plus tard sa moralité douteuse à la tête d’une université privée au Cameroun m’agressa verbalement dans un amphi de l’Université de Montréal à l’aune d’une conférence associative, se justifiant ensuite auprès des organisateurs surpris par sa hargne qu’il attaquait « non pas Jean-Marc Soboth, mais à l’envoyé de M. Paul Biya » — le gibier de potence, lui-même pro-Biya paradoxalement, ne s’en souviendrait plus, semble-t-il.

Toute expatriation aussi brutale que la nôtre est, ainsi, d’autant douloureuse — c’est peu dire — qu’elle l’est triplement dans un tel tintamarre diffamatoire assassin pour la réputation et le moral.

Nous, au pays, étions habitués aux calomnies à la Une de journaux, à ces journalistes médiocres et, néanmoins, au caractère « indélébile » des allégations calomnieuses. Mais je n’étais pas préparé à deux faits nouveaux : 1. Que l’on me poursuive avec force canulars aussi loin que j’aille à travers la planète et, surtout, 2. Que tous ceux avec lesquels j’avais été nuit et jour pendant toutes les années précédant mon départ, qui se trouvaient partout où on mentait à mon égard, n’aient pas dit un seul mot. Eux qui me connaissaient comme leur poche. Eux qui savaient tout.

C’est leur silence qui me fit le plus mal. Je ne souhaitais pas qu’ils me défendent comme des gladiateurs — des dizaines d’autres s’en occupaient. Eux seuls savaient tout, de manière quasi instinctive. Ils

savaient que tout ce qu’on disait était faux. Ils étaient là lorsque, nuit et jour, je réfléchissais. Mais ils ont choisi de ne rien dire par opportunisme ou parce que c’était « risquant » d’entrer dans la tempête. Il suffisait pourtant d’une seule phrase d’eux. Ils savaient tout. Y compris comment j’avais trouvé l’argent. D’aucuns étaient même à l’origine du projet, d’une certaine manière. Mais ils n’ont rien dit. Ils sont réapparus sur le tard pour dire, candidement, qu’ils ne s’étaient rendu compte de rien. Ils n’auraient rien constaté de l’acharnement. Je ne le leur pardonne pas. Très humblement. Au Canada, j’ai pris une décision qui continue de frustrer des amis leaders associatifs : me tenir très éloigné des compatriotes.

DANS UNE PERSPECTIVE ANALOGUE, j’ai observé l’impressionnante déferlante contre le polytechnicien et économiste Christian Penda Ekoka, dès la fin de l’année 2020.

Après son décès (le 8 août 2021) au Princess Margaret Cancer Centre à Toronto — non pas Princess Elizabeth II comme l’a dit J. Rémy dans son Live, mais bel et bien Princess Margaret, sœur cadette de la Monarque, décédée en février 2002 —, la première réaction de son plus proche collaborateur à mon adresse m’a interpellé. Il me dit : « Il est mort en étant très amer contre Maurice Kamto ! » Surpris par la précision, je demande pourquoi. « Il n’a jamais digéré jusqu’à sa mort qu’il ait laissé les gens l’insulter sans rien dire… »

Après des jours à méditer, j’ai compris. Pendant des mois et à longueur de journées, Christian Penda Ekoka a été qualifié d’escroc, de détourneur de fonds, de traître, d’espion infiltré auprès de Kamto, de feyman, de corrompu, de mauvais gestionnaire, de menteur… Comme dans mon cas, le problème n’était tant pas ceux qui insultaient sans le connaître vraiment. Le problème c’était le Pr. Kamto dont les insulteurs se revendiquaient si bruyamment. Si tout le monde a affirmé qu’il était son frère et ami, on en a perdu de vue la conclusion logique : lui seul sait s’il était vraiment voleur, menteur, corrompu, espion, escroc, détourneur de fonds, ou pas… Une seule parole d’icelui dans le timing eût suffi. Je pense en effet qu’il sait, mieux que nous tous, que son ami et frère était peut-être un homme au-dessus de tout soupçon et qu’il tenait à cette réputation. Le Pr. Kamto a choisi son camp, s’interdisant notamment toute explication avec lui.

PENDA EKOKA S’EST-IL TROMPÉ ? Peut-être oui. Peut-être non. Où est la vérité ? Méritait-il d’être insulté massivement jusqu’au sépulcre ? Non. Du moins avions-nous le droit d’attendre une pédagogie plus engageante de la part du mouvement qui nous promet la renaissance après des décennies de haine systémique.

Dans cette croisade pour défaire le CV de l’homme dont la rectitude intellectuelle fut connue de M. Paul Biya lui-même, on a découvert une certaine Aissatou Bouba Dalil alias Aissatou Bouba, inconnue au bataillon. Manifestement une fonctionnaire de Yaoundé sans talent particulier, administrativement « en position d’absence irrégulière » et probablement en délicatesse avec nos finances publiques. Installée dans les années 2012 à Bourg-en-Bresse en France, raconte-t-on, l’étrange arabisante s’est positionnée comme fer de lance de la guerre anti-Penda Ekoka dans une sauvagerie exposant la mauvaise éducation parentale et, en tout cas, ce qu’on ne souhaiterait plus à la tête du pays.

J’ai régulièrement attiré l’attention des gens du MRC sur le fait qu’elle diffamait es qualité de secrétaire nationale chargée de l’environnement et le tourisme du MRC, titre qu’elle arbore fièrement. Puis on ajouta à ma gouverne : « attention ! elle est conseillère du président », donc « intouchable. » De témoignages désormais concordants, son travail est « très apprécié au sommet » du MRC. Je l’ai

néanmoins répété : on peut insulter Penda Ekoka à longueur de journées ; il sera difficile d’en exonérer le Pr. Kamto si on le fait avec un titre au bureau national du MRC.

LA « SECRÉTAIRE NATIONALE » EST DEVENUE UNE STAR AU MRC. Non pour avoir crevé l’écran par sa compétence comme les Penda Ekoka, non d’avoir rallié, à l’instar de Mamadou Mota, femmes et hommes du septentrion et d’ailleurs — elle y serait royalement inconnue —, non pour avoir proposé un plan époustouflant pour le tourisme et l’environnement au pays relativement à son « portefeuille ministériel » au MRC, mais seulement pour avoir poursuivi et persécuté jusque dans la morgue, et sous les applaudissements, l’un des technocrates les plus respectés de sa génération.

D’après les proches de Penda Ekoka, ce dernier devait effectuer un contrôle médical à Toronto dès décembre 2020. Il s’en serait privé. Il tenait à boucler les rapports de l’Initiative SCSI. Rendus publics depuis lors, ils ont fait et refait le tour du monde. Seuls ses contempteurs ne les auraient jamais lus ni vus, jusqu’aujourd’hui. Re-Pince-sans-rire. Il en avait pourtant exclu ses proches convoitant les « marchés Covid » du MRC, leur disant qu’ils étaient réservés aux militants…

Mieux, son frère Kamto ne l’a pas prévenu qu’il annoncerait la fin de l’Initiative SCSI toujours dans ses ordinateurs. Cela s’est fait dans son dos. Il ne lui a plus jamais parlé, préférant que l’ami et frère d’hier, qui ne lui reprochait que le fait de ne rien dire, se ligue progressivement jusqu’à la rupture, jusqu’au procès public. Kamto a ainsi tranché un conflit épique impliquant une aile de son mouvement qui en fait la force financière. C’est, comme on dit en Allemand, de la realpolitik !

Je me suis reconnu dans ces faits et dans sa douleur. Il a été lâché par ceux qui savent la vérité en ce qui le concerne. Mais Penda Ekoka n’est pas Paul-Éric Kingué, ni Célestin Djamen ni encore Michèle Ndoki. Il est à lui seul tout un symbole.

J’AVAIS LONGUEMENT DISCUTÉ AU TÉLÉPHONE avec Penda Ekoka longtemps avant la crise. Il ne faisait que répéter in fine une phrase qui désarçonnait un peu : « Kamto est une chance pour ce pays ! » Là encore, il fallait le comprendre. Penda Ekoka avait le génie conceptuel inné — raison pour laquelle il démissionne de la fonction publique avant l’âge de 40 ans. Or, dans un pays où les diplômés de l’ENAM sont les princes, le génie d’un Penda Ekoka ne sert qu’à faire sourire des directeurs milliardaires de l’administration. Kamto était la seule occasion de mettre en œuvre enfin ce génie dans le cadre d’un projet de société. Et on a vu, face à ce tandem du tonnerre, la gêne extraordinaire des Owona Nguini et consorts lors de la présidentielle d’octobre 2018. L’apparition des Aissatou est un effet de ce que les Owona Nguini ont réussi. Elle procède de la masse critique MRC engouffrée dans le piège tendu par ceux qui voulaient taire à tout prix la force de propositions du tandem Kamto-Ekoka qui captivait tant de monde. On les supplia presque d’arrêtent de parler, d’arrêter de proposer, poussant au forceps vers ces considérations d’arrière-garde (tribalisme, attaques ad hominem) qui ont vu éclore la clique des bagarreurs de rue versus ce qui faisait rêver d’un avenir meilleur. Une simple fonctionnaire indélicate intercalée dans le tandem du tonnerre est leur plus grande victoire sans combat…

Il y a presque trois décennies, j’ai lu un texte de Christian Penda Ekoka pour la première fois. Mon enthousiasme fut similaire au jour (en 1988) où un ami étudiant, Pierre-Fabien Nkot — aujourd’hui politologue de l’Université Laval à Québec et « ministrable » de la Primature — me fit l’éloge de son nouveau « jeune et brillant » prof en Droit public, un certain Maurice Kamto. Je débarquai en 1991 au journal La Nouvelle Expression avec ce nom dans mes valises. De même, on avait interviewé des économistes de renom ; on s’était abondamment soûlés de la lexicologie des institutions de Bretton

Woods ; on était même devenus de soi-disant journalistes économiques… Mais j’ai mieux compris l’économie camerounaise pour la première fois en lisant un texte de seulement deux ou trois pages écrit par Penda Ekoka, sans l’avoir jamais vu. Toute ma vie durant, je n’ai vu aucun autre Camerounais — en dehors du Pr. Tchundjang Pouemi — capable d’exégèse aussi concrète et multidisciplinaire.

Bien sûr que nous avons tous et chacun un rôle à jouer dans la perspective de l’après-Biya. Le Pr. Kamto l’a spécifié en réponse à ma question à Montréal en février 2020. Chacun doit y contribuer à sa manière. Il ne croyait pas si bien dire. En plusieurs années, « soutenir Kamto » fut un sacerdoce à temps plein. Et pourtant, l’inénarrable « conseillère du président » fit irruption un matin sur mon profil Facebook pour me qualifier ex nihilo d’infiltré anti-Kamto. Sous les mêmes applaudissements.

EN TROIS DÉCENNIES DE JOURNALISME, je sais reconnaître l’incorruptible. Penda Ekoka l’était, dans ce pays où toute la science de l’intelligentsia se résume trop souvent à l’équation alimentaire (argent, villas, etc.). Penda Ekoka n’a pas négocié son emploi de conseiller du chef de l’État au gré d’un quelconque équilibre ethnique. Y étant, il n’a pas pratiqué de trafic d’influence ni été un profiteur ou un larbin, seule attitude professionnelle acceptée. C’était son style de fier fils Deido et Malimba — de sa mère. Le Karatéka (ceinture noire, 4ème dan) était plutôt mauvais politicien, comme tous les férus de loyauté.

Et pourtant. L’ineffable « conseillère du président » nous en a révélé une tout autre personnalité en quelques mois. Et même à titre posthume et malgré le respect dû aux morts chez les Bantous ou dans sa propre religion l’Islam, « la conseillère du président » du MRC n’a pas lâché son cadavre… Le brillant ingénieur industriel de Polytechnique de Montréal, diplômé de Concordia University et de l’Université McGill — la plus cotée du Québec — n’est qu’un feyman « au crépuscule de sa vie ».

Autant le dire, l’étincelant prof de droit et avocat de nos années de fac s’est planté ici. Le grand Ruben Um Nyobè avait l’habitude de rappeler à l’ordre les siens avec fermeté, leur disant qu’il ne leur appartenait pas pour qu’ils cessent de se l’approprier ou de le « surprotéger ». Il leur disait appartenir au peuple camerounais.

Kamto c’est le contraire du Mpodol sur ce plan. Il devra faire face à une discrète vendetta. Non pas le style bagarres de rues remettant sur le ring sa « jihadiste ». Mais une plus soft, faite de silences et de feintes : refus en toute politesse par la famille Ekoka de toute libéralité funèbre ; éminences disparaissant discrètement dans l’ombre en attendant quelque nouvel électrochoc sur l’échiquier ; portes et cœurs se refermant ; voix qui comptent se taisant…

PARIONS QUE DANS UN CONTEXTE CANADIEN — où Penda Ekoka et ses enfants ont fait leurs études — auraient fusé éloges, bons souvenirs et excuses entre anciens alliés en bisbilles, en lieu et place des injures que nous dicte notre mauvaise mentalité d’indigènes évolués de la France. Cette mentalité qui attise un conflit meurtrier au pays, né de notre arrogance séculaire de brutaux commandistes cryptofrançais. Nous avons toujours raison au nom de préceptes coloniaux derrière lesquels on cache notre haine.

Tenez ! malgré le classement reluisant des universités canadiennes dans le Top 100 mondial, il n’existe dans ce pays ni très brillants — à la façon des Owono Nguini et autres impétrants de science infuse —, ni sabitous, ni infaillibles. Il n’y a que des gens humbles et effacés. Tous les jours, ils s’excusent de s’être trompés, même quand on croit qu’ils ne sont pas trompés.

Pour rester la locomotive de l’alternance et éviter l’inéluctable déclin à terme, le Pr. Kamto et son entreprise politique n’auront pas d’autre choix que de changer radicalement ce rapport épidermique aux critiques. Le MRC a cessé de faire rêver comme une force de proposition. Il doit pouvoir se réinventer, se démarquer de ses soudards thuriféraires. Le mouvement doit tirer leçon des crises et se restructurer : recréer des Brains Trust ayant pour but de mobiliser, par domaines, des projets d’avenir concrets s’inspirant de tout ce qui se fait de mieux à travers la planète et les rendre publics au fur et à mesure avec l’infographie adéquate, incitant débats et réflexions qualitatives comme dans le système américain ; réformer le cadre juridique hiérarchique et les procédures financières ; planifier la formation des cadres en guise de force d’alternance plutôt qu’armée de « répondeurs » et autres flagorneurs-tirailleurs. La communication hasardeuse et brinquebalante a profité, on l’a vu, à une pègre en col blanc menant association juridiquement autonome sur le dos du MRC dont elle manipule le leadership. Le spectacle subséquent a envoyé au public le signal d’une promesse de renaissance qui n’est que bavardage. La liste est non exhaustive. Le MRC est plutôt impopulaire au sein du public anglophone lato sensu étant donné ses fréquents trous de mémoires — la récente liste des prisonniers à libérer ne prenait pas à compte les détenus de la crise anglophone, entre autres —, et des solutions à la guerre que l’on croit trop inspirées d’un académisme oukase profrançais…

JE PRENDS DONC ACTE DE TOUT CE QUI PRÉCÈDE et, de la même manière que j’avais promis urbi et orbi soutien au candidat Maurice Kamto, je décide aujourd’hui de retirer ce soutien. Telle sera ma seule consolation pour Penda Ekoka. Je ne représente rien, dira-t-on avec raison. Je ne suis qu’un citoyen. Mais que nul ne perde son temps à inventer un nouveau mensonge sur ma posture. Je ne suis pas à vendre. Mon Père a tenu à nous inculquer cette éducation, lui qui nous répéta jusqu’à sa mort « pour ton honneur, sois prêt à mourir… »

Une chose est sûre et définitive : je me battrai de toutes mes forces pour que des individus médiocres, haineux, imposteurs et autres fauteurs de renversement des valeurs ne dirigent JAMAIS les deux ou trois individus que je crois représenter.

JEAN-MARC SOBOTH

LE BAMILÉKÉ DE MBANG

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