« Fils de » :  Franck Biya, l’enfant gâté se positionne
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La succession du chef de l’État, Paul Biya, usé et fatigué à 88 ans, est sur toutes les lèvres. Son fils Franck, cité parmi les prétendants, feint de ne pas être intéressé par le poste, tout en recherchant une stature d’homme d’État qui lui échappe encore.

De son père, Franck Emmanuel Olivier Biya a hérité de la stratégie de l’esquive et de l’art de la feinte. Alors que l’hypothèse qu’il succède un jour à son père Paul Biya, 88 ans, devient insistante, Biya fils fait semblant de ne pas s’y intéresser. Comme pour les autres actes de sa vie, il joue à l’enfant gâté qui n’a jamais rien pris au sérieux, sachant qu’il y aura toujours quelqu’un pour le faire à sa place. 

Un parcours scolaire chaotique

Né en août 1971 de l’union entre Paul et Jeanne-Irène Biya aujourd’hui décédée, Franck Biya commence sa scolarité aux collèges catholiques François-Xavier Vogt et la Retraite de Yaoundé d’où il s’envole pour les Etats-Unis le baccalauréat en poche. Il s’essaye à des études d’économie à l’Université de Californie Sud qu’il abandonne juste après le Bachelor, diplôme inférieur à la licence dans le système francophone. Des études sont trop dures et trop incertaines pour le fils à papa.

Après sa formation universitaire expresse, Franck pose ses valises en Europe avant de rentrer ensuite au Cameroun. Sous l’œil bienveillant de papa, il se lance dans l’exploitation forestière en créant Afrione Cameroun et SFA Ingénierie. Profitant de l’oreille attentive de son père, il joue parallèlement le facilitateur pour des investisseurs privés, notamment, étrangers qui veulent rencontrer papa, tel ministre ou telle autre personnalité importante. Comme si nul ne pouvait rien refuser au fils du président, Franck Biya réalise en 2016 une opération financière qui fait jaser le pays. Cette année-là, il achète à travers Afrione 9400 bons du trésor public avec un taux d’intérêt de 3% pour une maturité de dix ans. Il revend ses bons quelques années plus tard et empoche un bénéficie de 3,5 milliards de FCFA.

« Franck Président »

Pour le fils aîné de Paul Biya, gagner de l’argent permet aussi de s’assurer une clientèle politique. Ici et là, surgissent régulièrement des groupes dits spontanés de Camerounais qui veulent de Franck comme successeur de son père.

À quatre années de la présidentielle de 2025, un mouvement qui se présente comme citoyen, vient de lancer une campagne avec un slogan qui en dit long sur ses objectifs « Franck président ». On voit sur des photos confectionnées pour les besoins de cette campagne le fils du président afficher un large sourire sur un arrière-fond bleu au milieu de la foule. Dans sa marche vers le palais d’Etoudi, Franck pourra compter sur le réseau qu’il s’est construit dans l’appareil d’État en y plaçant ses cousins, ses parents et ses amis fidèles aux postes stratégiques.

Très proche de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil du président Biya, le jeune Franck a réussi à faire confier le ministère de l’Économie à son ami Alamine Ousmane Mey, notable du nord Cameroun, le plus grand vivier électoral du pays. Le ministère des Finances, autre portefeuille stratégique, a été confié à Louis-Paul Motaze, qui fait également partie de son réseau de proches. 

Bien qu’il ait toujours refusé d’entrer dans les instances dirigeantes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, parti au  pouvoir), Franck entretient les meilleures relations avec ses principaux responsables. Ce sont d’ailleurs pour la plupart des gens entièrement dévoués à son père.

L’armée en embuscade 

De là à penser qu’il pourrait un jour être investi candidat du RDPC à la présidentielle de 2025, il y a juste un pas que beaucoup de Camerounais franchissent allègrement.

Deux obstacles se dressent toutefois pour sur le chemin qui mène Franck au palais d’Etoudi. Il y a d’abord ses mauvaises relations avec Chantal Biya sa belle-mère qu’il accuse de s’interposer abusivement entre lui et son père. Signe d’une volonté de mettre toutes les chances de son côté, les rapports entre Franck et Chantal Biya au départ très exécrables se sont notoirement améliorées ces derniers mois. L’autre obstacle, sans doute le plus important, sur la marche vers le fauteuil présidentiel pourrait être pour Biya fils son absence de connexion dans l’appareil militaire et sécuritaire. Conscient de cet handicap, Franck Biya soigne depuis quelques mois ses relations avec la hiérarchie militaire. UNE SORTE D’ASSURANCE VIE !

À moins que la grande muette ne décide de jouer sa propre carte, si Biya venait à quitter le pouvoir brutalement

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