PREDICATION DU 25 JUILLET 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU 25 JUILLET 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : 2 Rois 4,42-44 ; Ephésiens 4,1-6 ; Jean 6,1-15  

Le souvenir du pain partagé a beaucoup marqué les premiers chrétiens. A tel point que les évangélistes racontent six fois une multiplication des pains. C'est sans doute parce que les premières communautés vivaient l'importance du partage. Aujourd'hui, les gens qui achètent et qui vendent font du commerce. C'est un service bien normal. L'argent sert à régler nos échanges. Il peut être une manière d'établir entre nous des rapports de justice. Dans nos achats, nous rémunérons avec la monnaie ceux qui nous rendent service en nous livrant les produits dont nous avons besoin. Mais normalement, entre gens qui s'aiment, la loi des échanges n'est plus l'argent, mais le partage.

Celui-ci est un signe d'amour fraternel. Ainsi, dans la première communauté de Jérusalem on mettait tout en commun. Le livre des Actes des apôtres nous dit qu'ils "vendaient leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. " Et quelques années plus tard, Paul dans l'épître aux Galates rappelle que le signe d'union entre les chrétiens sera le souci des pauvres. Mais dans les assemblées des premiers chrétiens, on ne partageait pas seulement le pain, mais aussi le "corps du Christ".

C'est pourquoi les évangélistes racontent les multiplications des pains avec les mêmes paroles que celles utilisées dans l'eucharistie ou la cène. "Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua". Ils veulent ainsi montrer que le partage du pain au culte et le partage dans la vie sont étroitement liés. L’apôtre Paul blâmera la conduite des chrétiens de Corinthe qui, refusant de partager entre eux leur nourriture, ont l'audace de célébrer ensuite la Cène du Seigneur. "J'apprends que lorsque vous vous réunissez, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l'un a faim tandis que l'autre est ivre. Voulez-vous faire affront à ceux qui n'ont rien ? Sur ce point, je ne vous loue pas".

Dans le monde actuel, pour des peuples entiers, il n'y a pas d'autre horizon que la faim. Tant de femmes, d'hommes et d'enfants n'ont pas assez de nourriture pour pouvoir subsister. Beaucoup meurent chaque jour, faute de moyens de se nourrir. Certaines populations ne survivent que grâce à l'aide internationale. Beaucoup d'actions sont entreprises pour venir au secours de ces innombrables affamés. Mais rien ne suffit. Dans nos pays occidentaux, il y a aussi beaucoup de miséreux. Bien des gens n'ont ni toit, ni salaire, ni emploi. Ce sont les sans-logis.

Des personnes sans domicile fixe. On les désigne souvent par des initiales : S.D.F. Cette façon de les nommer nous camoufle un peu le scandale de cette douloureuse réalité. Beaucoup parmi eux dépendent de la bienfaisance publique. Ce sont souvent des mendiants. Et puis, comment travailler quand on a faim ? Comment aimer ? Comment être heureux de vivre ? Comment avoir confiance ? Pour leur venir en aide, bien des organismes ont d'excellentes initiatives, mais cela ne suffit pas. Et n’en parlons pas du cas de nos pays d’Afrique, ces pays en voie de développement où la situation est encore beaucoup plus critique qu’en occident. Dans la crise d'aujourd'hui, pour beaucoup de travailleurs l'avenir est sombre.

Ils craignent de perdre leur emploi, d'être mis au chômage, de basculer dans la précarité et puis dans l'indigence. Les causes de ces désastres sont nombreuses. Parmi elles, il y a principalement la crise sanitaire, la mondialisation de l'économie de marché. Si celle-ci peut apporter du bien-être à beaucoup, elle laisse cependant de côté tant de pauvres ! On peut se demander pourquoi certains sont-ils forcés de se contenter des "miettes", alors que d'autres ont réellement de trop pour vivre ? Pourquoi l'argent se trouve dans les mains de quelques financiers, au lieu d'être davantage distribué entre tous ?

Certes, chacun pourrait rêver d'un autre monde, où l'important ne serait pas d'accumuler le plus de richesses pour soi, de posséder de plus en plus même si les autres ont de moins en moins pour eux-mêmes... rêver d'un monde où l'on partage avec ceux qui n'ont rien pour leur permettre de se développer et de ne plus mendier... rêver d'un monde où la solidarité a plus de valeur que les cotations en Bourses... un monde où l'on s'entraide et où l'on fait tout pour permettre aux plus faibles de vivre en hommes et femmes fibres... un monde où la famine et la misère seraient à jamais vaincues. Certains diront que c'est une utopie ! Non ! Avec Jésus, ce monde-là a déjà commencé !

Lorsqu'il a pris dans ses mains le partage du gamin, les cinq pains d'orge, et qu'il les a distribués, c'est le partage entre tous qu'il a instauré. C'est cela le Royaume qu'il est venu, en son temps, inaugurer ! Ce monde nouveau est donc déjà là. Remarquez que lorsque l'on garde tout pour soi, c'est parce qu'on a peur de ne pas en avoir assez. Mais chaque fois que l'on partage, il y en a toujours de trop ! C'est déjà le cas défié qui donna tout ce qu'on lui avait donné. Le prophète permet ainsi à Dieu de multiplier le don, bien au-delà de toute espérance. "Donne-le à tous ces gens pour qu'ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : On mangera et il en restera." C'est encore le cas, lorsque Jésus partage les pains. On remplit douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d'orge après le repas. Le pain, pour nous, c'est la nourriture quotidienne.

Mais c'est bien plus encore. C'est le travail, c'est la dignité, c'est la possibilité d'apprendre et de développer son intelligence, c'est la liberté de parler et de se déplacer, d'avoir des vacances, c'est la joie de connaître, c'est pouvoir choisir l'existence à mener. Tous les humains ont droit à ce pain-là ! Être chrétien aujourd'hui, c'est travailler afin de "multiplier" ce pain-là. C'est agir partout pour que de plus en plus d'humains puissent se nourrir de ce pain-là. Jésus a donné à manger. Comment croire en lui sans faire de même ?

Comment partager le pain eucharistique, le pain de la Cène, qui est son corps, sans partager aussi nos richesses et nos avantages, avec tous ceux qui ont moins de chance que nous ? Aujourd'hui, les chrétiens ne peuvent être crédibles que s'ils s'efforcent de dresser la table du partage, dans le désert de l'humanité. Frères et Sœurs dans le Seigneur, A la lecture de cet évangile, je me suis imaginé devant une télévision regardant les résultats de l’euro-million. Et je voyais les boules numérotées qui tournaient puis l’une après l’autre montrait le chiffre qu’il fallait avoir inscrit sur son bulletin du Lotto. Le verdict est alors tombé quand la voix off a annoncé : les numéros gagnants sont le cinq, le deux, le cinq mille et le douze. Etais-je parmi les heureux élus, me suis-je demandé ? Je me suis alors rappelé que certains Pères de l’Eglise, les premiers théologiens de notre ère chrétienne, soulignaient l’importance des chiffres dans le récit que nous venons d’entendre : cinq pains d’orge et deux poissons ; cinq mille hommes et douze paniers.

Cinq pains d’orge pour nous rappeler les cinq livres de la Torah qui forment le Pentateuque. Deux poissons en signe des deux testaments qui composent la Bible. Cinq mille hommes pour nous dire l’universalité du message à propager et douze paniers, symbole de la nourriture que donneront les apôtres à tous celles et ceux à qui ils s’adresseront. Voilà donc pour les chiffres du jour. Toutefois, nous pouvons poursuivre une logique mathématique en additionnant les deux premiers. 5+2=7. Et 7 est le chiffre de la perfection à atteindre pour un être humain. Alors que le chiffre 8 était réservé à la perfection divine d’où la construction d’églises octogonales. Toutefois, par-delà ces considérations mathématiques, il aura suffi d’une seule et unique personne : un jeune homme. Un jeune homme par ailleurs quelque peu inconscient puisqu’il montre ce qu’il possède : cinq pains d’orge et deux poissons. Si une telle foule était affamée, nous nous attendrions plutôt à ce que ce jeune homme cache ce qu’il possède car il risquerait de se faire voler ce qu’il a. Et dans le récit que nous venons d’entendre, c’est tout le contraire.

Il ne craint pas d’exposer ce trésor qu’il a entre ses mains. Un trésor qui va pouvoir être fractionné afin de nourrir toute cette assemblée. Ce jeune homme est le premier signe de cet épisode de l’évangile. Il est signe de ce qu’il possède et peut apporter aux autres en remettant entre les mains du Fils de Dieu tout ce qu’il a, tout ce qu’il est. N’en va-t-il pas de même pour nous aujourd’hui ? En effet, de quelles manières, sommes-nous à notre tour signes les uns pour les autres ? En d’autres termes, qu’avons-nous à offrir de nous-mêmes ? Toutes et tous, sans exception, nous avons reçu de la Vie des dons, des qualités inestimables. Il est vrai que dans notre culture contemporaine, il vaut mieux parler de ses défauts plutôt que de ses dons et qualités. Reconnaître ces derniers est souvent perçu comme étant de la prétention, voire un manque d’humilité. Et pourtant, pourtant, si nous voulons construire le Royaume de Dieu tel qu’il nous a été confié, nous avons à mettre en avant ce qui fait la richesse de notre être.

C’est à partir des dons et des qualités qui sont nôtres que nous pouvons façonner la Création. En aucune manière, je ne nie le fait qu’il y a en chaque être humain des failles, des fragilités, parfois aussi des incohérences qui constituent les zones d’ombre de nos personnalités mais comme j’aime le souligner, n’oublions jamais qu’il faut toujours du soleil pour voir l’ombre ou pour reprendre cette béatitude contemporaine : « heureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière ». La lumière est donc en tout être humain. Dans la foi, elle est d’origine divine. Notre lumière intérieure est composée de ces dons et ces qualités qui accomplissent notre humanité. Ne les rejetons pas. Ne les dénigrons pas.

Reconnaissons qu’ils sont là et que nous avons comme finalité non pas de nous en enorgueillir mais plutôt de les accepter afin de les remettre entre les mains du Fils de Dieu. Offrons-lui le meilleur de ce que nous sommes pour qu’à nouveau il le fractionne et le partage en vue de nourrir celles et ceux de qui nous nous faisons proches. Dieu a besoin de nous. Il quémande tout ce que nous possédons de lumière en nous pour éclairer notre monde aux couleurs de l’évangile. Il a suffi d’un jeune homme avec cinq pains d’orge et deux poissons. Il suffit aujourd’hui de chacune et chacun de nous. Offrons-Lui qui nous sommes.

Amen   

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