Abdouraman Hamadou : « Cette mafia qui a pris le contrôle de notre football »
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Depuis 2013 que dure la crise à la Fécafoot, celui qui a conduit toutes les procédures d’annulation des différents processus électoraux a décidé de s’ouvrir, à cœur ouvert, au Quotidien Le Jour. 

Lors de la préparation de cette interview, j'ai bien eu du mal à vous désigner, selon votre fonction : qui êtes-vous dans le monde du football camerounais ?
Depuis le 4 février 2012, je suis le Président d’Etoile Filante de Garoua, club de football créé et affilié à la FECAFOOT en 1971. Notre club a évolué pendant plusieurs années au sein de l’élite du football camerounais jusqu’à sa relégation en 1986. Cette saison, nous avons pris part à ce qui tient lieu de championnat régional du Nord jusqu’au 15 janvier, date de la notification de la sentence du TAS (Tribunal arbitral du sport, ndlr) qui annulé l’ensemble du processus électoral organisé en 2018 par le Comité de Normalisation présidé par Me Dieudonné Happi. Face au refus des exécutifs déchus d’exécuter cette sentence, nous avons décidé de ne plus prendre part aux activités illégales qu’ils organisent. 

Depuis de longues années, les procédures se suivent et il n'y a plus que les spécialistes pour y comprendre quelque chose désormais. Expliquez-nous où est-ce que juridiquement, nous en sommes.
Le dernier processus électoral valable organisé au sein de la FECAFOOT est celui organisé en 2009. La crise actuelle a commencé en 2013, quand il fallait renouveler les mandats après quatre ans. Le processus électoral organisé en 2013 par l’exécutif sortant présidé par M. Iya Mohammed avait été annulé par la CCA (Chambre de Conciliation et d’arbitrage du Comité national olympique et sportif du Cameroun, ndlr) et la Commission de Recours de la FECAFOOT, ce qui a amené la FIFA à nommer le Comité de Normalisation présidé par le Pr Joseph Owona qui est resté plus de deux ans et a organisé deux processus électoraux qui ont été également annulés. C’est l’annulation du deuxième processus électoral organisé par le Comité de Normalisation du Pr Owona qui a entraîné le départ de M. Tombi A Roko et la nomination en septembre 2017 du Comité de Normalisation présidé par Me Happi qui a, à son tour, organisé le processus électoral annulé le 15 janvier 2021. Selon les Statuts et le Code électoral de la FECAFOOT, en cas d’annulation du processus électoral, ce sont les organes de la FECAFOOT élus en 2009 qui doivent assurer l’intérim jusqu’à ce que soit organisé un processus électoral valable. Ce principe a été respecté depuis 2014 jusqu’à ce que M. Seidou Mbombo Njoya et ses amis remettent cela en cause, malgré la sentence de la CCA du 10 juin 2021 qui a dit que les membres de l’Assemblée Générale de la FECAFOOT actuellement en fonction sont ceux élus en 2009. Ils ont donc décidé, avec la complicité de certaines personnes au Cameroun, à la FIFA et à la CAF, de violer cette sentence malgré les correspondances des 8 et 12 juillet 2021 du ministre des Sports et de l’Éducation Physique, en constituant une fausse assemblée générale qui s’est réunie le 13 juillet 2021 et qui prétend avoir adopté les nouveaux statuts de la FECAFOOT. Il est donc évident, qu’en se comportant de cette manière, ces gens savent que ce processus qu’ils s’apprêtent à engager sera annulé, mais ils se contentent de pouvoir rester illégalement à la FECAFOOT le temps que durera une nouvelle procédure qu’ils essayeront à nouveau de prolonger en dilapidant les fonds de notre football. 

On vous a entendu dire quelque part qu'un point de la sentence du 15 janvier 2021 a été acheté et vous avez des preuves, documents à l'appui. Il s'agit de quoi ? Expliquez-nous un peu.
Le point 235 de la sentence du TAS du 15 janvier 2021 est comme un cheveu dans la soupe. Ce point qui concerne l’intérim suite à l’annulation du processus électoral n’est qu’un avis émis par la Formation arbitrale et n’a jamais été débattu dans le cadre de la procédure. C’est quand nous avons vu comment ce point a été exploité dès le lendemain par la FIFA que nous avons compris que quelque chose d’anormal s’était passé. Heureusement que suite à une alerte, nous avons pu mettre la main sur un certain nombre d’éléments qui semblent montrer clairement qu’il y a eu des transactions financières entre certaines personnes au Cameroun, un responsable de FIFA et un responsable du greffe du TAS. Nous avons donc décidé de saisir la justice suisse afin qu’elle mène sa propre enquête pour déterminer ce qu’il y a lieu de faire.  

Si on vous demandait de designer les trois grands maux du football camerounais, que diriez-vous ?
Le principal problème de notre football ces dix dernières années est l’ingérence de certains proches collaborateurs du chef de l’État et du Premier Ministre dans les différends processus électoraux organisé au sein de la FECAFOOT. Ces responsables ont systématiquement utilisé leurs pouvoirs pour imposer des personnes de leur choix à la tête de notre football, en s’alliant à certains responsables de la FIFA et de la CAF. Cette situation prive les acteurs du football de leur droit de choisir leurs dirigeants en toute liberté. Ensuite, il y a la protection qu’apporte ces hautes personnalités aux personnes qu’ils choisissent en leur permettant de violer impunément la loi, les décisions de justice et les statuts et règlements de la FECAFOOT. C’est le cas actuellement avec M. Seidou Mbombo Njoya, qui défie le Gouvernement de la République avec leur bénédiction. Enfin, il y a les faiblesses, structurelle, organisationnelle et fonctionnelle de notre football dont les différents statuts ont toujours systématiquement privilégié des considérations électoralistes au détriment de celles liées au développement de notre football sur toute l’étendue du territoire national. 

On peut, sur un plan tout à fait personnel, interroger votre légitimité, dans le monde du football, où vous n'avez ni un passé de footballeur, ni d'entraîneur, ni de dirigeant historique de club. Racontez-nous votre itinéraire vers le football. 
Je voudrais tout d’abord vous faire remarquer que la plupart des dirigeants du football dans le monde n’ont pas fait de carrière de footballeur professionnel. De Joao Havelange à Sepp Blatter en passant par Issa Hayatou ou même Gianni Infantino et Patrice Motsepe qui dirigent actuellement la FIFA et la CAF, aucun d’entre eux n’a joué au football de haut niveau. La seule exception notable reste Michel Platini. Mais je peux vous rassurer que jeune, j’ai joué au football comme la majorité des Camerounais de mon âge et qu’aujourd’hui encore, j’ai gardé tous mes reflexes. Concernant mon itinéraire, j’ai d’abord été chef d’un projet de la FIFA de 2000 à 2004 avant d’occuper le poste de chef du département de la Communication de la FECAFOOT. J’ai par la suite dirigé le Secrétariat Général de la FECAFOOT avant de diriger le Cabinet du Président de la FECAFOOT jusqu’à ma démission le 22 juin 2011.   

Un cadre de l'actuelle Fédé a dit de vous que vous êtes " Le cancer du football camerounais"... Comment réagissez-vous à ce propos ?
Je prends cela comme un compliment. Il est évident, pour tous ceux qui observent attentivement la crise au sein de notre football, que c’est cette mafia qui a pris le contrôle de notre football qui est le vrai cancer du football camerounais. Être donc le cancer du cancer cela me va parfaitement. J’espère d’ailleurs produire suffisamment de métastases dans les prochains jours pour les anéantir définitivement d’ici quelques semaines. 

Selon toute logique, êtes-vous à l'aise de vous battre autant, pour le football d'un pays où les compétitions sont aussi chaotiques ?
C’est justement pour corriger tout cela que nous nous battons. Le football est, selon nous, la première ressource du Cameroun, plus que le pétrole, le bois, les produits agricoles et tous les autres minerais. Si nous structurons, organisons et gérons bien ce football, il va générer des milliers d’emplois et injecter chaque année des centaines de milliards dans l’économie de notre pays. Les potentiels de notre football sont presque sans limites au fil des générations. 

Comment peut-on relancer la machine foot en panne au Cameroun ?
C’est un vaste programme qui ne peut objectivement être déroulé ici. Plus sommairement, je pense qu’il faudra commencer par avoir à la tête de ce football des dirigeants compétents et honnêtes, choisis et acceptés librement par la majorité des acteurs. Sur le plan purement pratique, je pense que notre football ne peut se relever qu’en créant une économie du football local, en s’appuyant notamment sur les clubs dits mythiques après avoir préalablement mis en place une vraie politique technique nationale avec toutes les structures nécessaires. Il faudra définir les contenus et former les formateurs à tous les niveaux pour éviter à terme d’aller chercher des entraîneurs étrangers. Bref, il y a un million de boutons auxquels on doit toucher avec beaucoup de tact. 

On est en ce moment dans une espèce de veillée d'armes, pour la conquête de la tête de la fédé. Dans ces préparatifs de combat, quelle est votre posture ?
Ma posture est celle d’un légaliste, qui n’a jamais pris part à des activités contraires à la loi, même si cela est toléré par certaines autorités. Il est évident que le processus électoral que s’apprête à organiser M. Seidou Mbombo Njoya sera déclaré nul et de nul effet. C’est une question de temps. Cela peut intervenir dans quelques semaines ou dans quelques mois, ça ne change rien au fond. Ils vont partir de la FECAFOOT, c’est une certitude. Et il reviendra au Comité Exécutif Provisoire (CEP) présidé par le Sénateur Albert Mbida, d’organiser la transition pour enfin sortir notre football de cette très longue crise. 

Il y a tout de même de grands noms qui sont prononcés... Vous ne vous sentez pas intimidé ?
Je ne saurai être intimidé par des jeunes que j’ai vu jouer en tant que haut responsable de la FECAFOOT. Ils sont tous devenus de grands noms sous mes yeux et j’ai gardé avec tous, des rapports cordiaux empreints de beaucoup de respect. 

Qu'est-ce qui vous apportera la paix et l'apaisement dans le football camerounais ?
Le retour à la légalité et à l’ordre statutaire et règlementaire. Tant qu’il y aura des gens qui pensent qu’ils peuvent se mettre au-dessus des lois et de la justice, je continuerai de me battre de toutes mes forces jusqu’à ce que DIEU me rappelle lui. 

A quel poste évoluez-vous lorsque vous êtes sur un terrain de foot ?
Au milieu du terrain comme mon modèle, le Brésilien Docteur Socrates.

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