Bangui, Ndjamena : Le putsch russe contre le «parrain»
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Cela pourrait tenir dans une formule: la géopolitique étrangère est en train de changer en Afrique centrale depuis peu. Le corollaire est moins agréable pour la France. Vu comme telle, la situation suscite de vifs débats d’experts. Selon ceux-ci en effet, un nouvel ordre sous-régional devait émerger en lieu et place de l’ancien, basé sur de vastes critères fixés uniquement par Paris. En raison de la grande influence qu’elle a pu avoir dans les cercles politiques comme dans l’opinion publique depuis les temps coloniaux, la France n’a cessé de fournir des justifications clé en main de l’action géopolitique. Il faut bien admettre que, de ce point de vue, l’enjeu est d’une complexité extrême :

l’Hexagone ne veut pas perdre l’Afrique centrale. Tout événement important ou toute perturbation dans un pays de la sous- région retentit à Paris, entraînant parfois des réactions en chaîne. Comme on peut le voir, cette configuration forme un ensemble de tensions. Et le «grand jeu» de Paris n’est pas prêt de s’arrêter. Son souci de contenir la montée en puissance d’autres «ogres» passe désormais par des marchandages diplomatiques, militaires et commerciaux, dans le but de canaliser l’expansion de la Chine et de la Russie, afin de fixer sa position en Afrique centrale. Au sein de la communauté des spécialistes en relations internationales, quelques-uns ont pris acte de la dimension guerrière de l’affaire. Et cela se vit ces derniers temps.

Paris vit douloureusement la percée de Moscou dans les capitales tchadienne et centrafricaine.

La confrontation désormais avérée des intérêts, des valeurs, des symboles, des visions de l’Histoire et du devenir, que provoque la présence russe en Afrique centrale n’en finit plus d’exprimer la volonté des uns et des autres de marquer leurs différences auprès des gouvernements. C’est exactement ce qu’il s’est passé le 24 juin 2021 à Moscou. Ce jour-là, Le vice-ministre russe de la Défense, le colonel général Alexandre Fomine, affirmait que des spécialistes russes sont prêts à aider à la réparation et la modernisation des équipements militaires de l’armée tchadienne.

«Nos États sont liés par des liens d’amitié à long terme et très forts, des liens très étroits dans le domaine de la coopération militaire et technique. Nous avons une histoire très riche. Nous apportons une aide au renforcement des capacités de défense de nos États, et donc à la protection de la souveraineté, de l’intégrité territoriale», avait déclaré Alexandre Fomine.

Il y a quelques jours, rapporte le site de géostratégie Africa Intelligence, le gouvernement centrafricain a choisi de remodeler son code minier, avec l’aide de Moscou. «Nulle part ailleurs que sur le continent, l’influence russe est montée si rapidement qu’en Centrafrique où la coopération avec la Russie s’est faite avec les livraisons d’armes : kalachnikov, pistolets, fusées, avec des conseillers militaires susceptibles de former les forces locales», relève Christine von Garnier, dans un article paru dans les colonnes du journal suisse Le Temps le 6 juillet 2021. Le même texte signale que «côté géopolitique, la Russie revient en Afrique», tel que l’a déclaré Sakarov, conseiller en sécurité du président Centrafricain Touadera dans une interview sur CNN.

Et il y a plus…

Alors que les autorités centrafricaines se réjouissent de leurs relations avec la Russie, la France dénonce une «prise de pouvoir» par les mercenaires russes dans le pays. Justifiant le fait que la France suspende ses aides militaires à la Centrafrique et retire une partie de ses soldats du pays, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a indiqué, il y a quelques semaines, qu’en lieu et place d’une coopération bilatérale entre Moscou et Bangui, «en République Centrafricaine, il y a une forme de prise du pouvoir, et en particulier du pouvoir militaire, par des mercenaires russes». «La frustration de la France s’est clairement avérée lorsque le président Macron a indiqué que le président Touadéra était l’otage de la Russie», commente le politologue camerounais Belinga Zambo. Il ajoute que «dans les couloirs diplomatiques français, ce discours critique est curieusement beaucoup plus majoritaire».

Et Paris le fait savoir. Le 4 juillet dernier, lors de sa première visite en France, le président du Conseil militaire de transition du Tchad, le Général de corps d’armée, Mahamat Idriss Deby l’a appris, si l’on en croit la presse tchadienne. «L’intérêt russe dans la région est de déstabiliser la France. Au sommet Russie-Afrique, tout ce que la Russie proposait à l’Afrique c’était l’armement. On a un peu de mal à voir l’intérêt de la Russie dans la région, si ce n’est un intérêt mercantile de très court terme». En le disant dans «Triptyque» (une émission produite le 16 mai 2021 par Maek Digital PR & Audience Mesurement, une agence de relations publiques dédiée à l’Afrique disponible sur YouTube), le général Dominique Trinquand décrit une démarche spécifique de la Russie visant à se «construire», à se projeter en puissance et à faire disparaître d’autres acteurs étrangers de la scène géopolitique tchado-centrafricaine.

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