Dépravation des mœurs : L’âge de la pipe taillée
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Depuis quelques temps, il n’y a plus de lieu sacré et fermé à nos pulsions et à nos cameras. Il n’y a plus d’âge interdit, réservé à l’innocence ou à la décence. Il n’y a plus de tenue (militaire ou scolaire) qui impose la retenue. Le mal avance à pas de géant sous l’œil complice des pouvoirs publics.

Maints espaces ont gavé nos appétits voyeurs et il ne semble plus pertinent de poursuivre la guerre des tranchées entre Partisans et Opposants. Nos grilles de lecture opportunément marxistes elles-mêmes tombent sous le sens. Sous la pollution sexuelle de notre société en effet, il y a bien plus grave qu’une lutte de classes entre exploitants et exploités. L’urgence semble de questionner ce dépassement constant de bornes dans le sprint de notre civilisation vers l’Âge de la pipe taillée. D’interroger notre penchant compulsif et obsessionnel pour la luxure que ni la profondeur des cachotteries éventées, ni les orgasmes par procuration offerts, ni l’ivresse des autodafés cybernétiques ne suffisent plus à expliquer. Comment sommes-nous arrivés à sursaturation ? Comment avons-nous si rapidement dévalué l’intime, désacralisé la discrétion, gommé les lignes entre Public et Privé ? Depuis quelques temps, il n’y a plus de lieu sacré, fermé à nos pulsions et à nos cameras. Il n’y a plus d’âge interdit, réservé à l’innocence ou à la décence. Il n’y a plus de tenue (militaire ou scolaire) qui impose la retenue.

Indifféremment des saisons, la Sanaga du vice sexuel coule du même débit, majestueusement relevée par quelques perles de mensonge, de maladresses et perversités en bande. Le livre le plus recherché/partagé des dix dernières années au Cameroun ? « Revenge Porn, Foot, Sexe, Argent : Le témoignage de l’ex copine de Samuel Eto’o ».

Nos meilleurs influenceurs à qui une chaine étrangère a cru devoir consacrer un grand reportage ? Nathalie Koah et Biscuit de mer. Les sujets ayant embrasé chaumières et médias sociaux, mobilisant des corporations et déclenchant des batailles de communiqués. La liste du Top50, l’affaire Vincent Sosthène Fouda, l’arrestation de Shakiro, Senghor Dollar, les errements de Clinton Njie, les confidences de Bonita, les égarements de Sam Severin Ango, la sextape de Yolande Bodiong….

Sur la transparence électorale, le scandale des dépenses dispendieuses du personnel diplomatique camerounais en France, l’hommage national dû à Manu Dibango, le ballon d’essai du Franckisme, …… Tiédeur de rigueur.

Rien, ou presque. Sujets peu excitants pour un peuple obnubilé par la contemplation de verges et de vierges. Sur Facebook et WhatsApp, deux tendances se détachent clairement : les regroupements ethniques et les espaces mi-professionnels, mi lubriques. Le sexe n’est jamais loin. Les jeudi et vendredi, dans nombre de fora, tout le monde descend à la cave. Cave à vin. Mais aussi toutes les autres caves peu ou prou avouables. Comme si la correctitude affichée en semaine était trop lourde à porter en weekend, condamnée à exploser le vendredi et s’émietter dans les dédales vertigineuses et labyrinthiques de l’animalité. Les espaces de remise en condition physique les plus courus offrent des massages « avec finition ». Les boites de nuit multiplient les « soirées spéciales ».

Au summum de la recherche effrénée d’ivresse, lycéens pré pubères et cadres de l’Administration publique redécouvrent les vertus du triolisme et du partage sexuel. Caméra au poing. Au nom de l’excitation absolue. Dans l’espace public aussi, le culte du cul culmine. La préparation psychologique est opérée par un maelström des chansons aux épices sexuelles toujours plus piquantes : « La meilleure petite, c’est celle qui libère » (pas celle qui lit…évidemment), « Piquer ça », «La queue de ma chatte», «Put me the Beat», «Fais-moi mal», « Ecrasement /Nyassement » . Constructions discursives aussi fleuries que brutales, que matérialisent admirablement les pin-up de nos vidéogrammes et de nos ruelles. Si nos bureaux sont transformés en lupanar, si l’âge, le statut conjugal n’est plus un obstacle et que nos portails sont devenus des exutoires (rampes du « décalage stringal » si cher à un certain Chef traditionnel), c’est parce que nous avons perdu toute lucidité face au dieu-Libido qui règne désormais en monarque absolu. Alimentant jusqu’à satiété (overdose ?) nos appétits refoulés. Nourrissant soigneusement cet ensauvagement sexuel qui covidise chaque jour davantage notre société. Et contre ce mal, nous semblons totalement désemparés.

Sans mesures barrière. Assoiffée jusqu’à la maladie, la charogne sociale est en quête permanente de nudités qui se livrent et s’exposent, dans une démarche qui consacre voyeurisme éhonté, cannibalisme sexuel et mécanique du vice. L’ingénierie de la dégénérescence collective prospère, boostée par l’amorale jouissance par procuration qu’offre la mise à mort cybernétique des corps. On sublime la Bête et avilit l’Humain, devant un public redoutablement hypocrite qui se pourlèche les babines ; les yeux rivés sur un écran de smartphone. Massée dans les gradins du web, la foule hurle, acclame ou invective les gladiateurs, mais jamais ne quitte l’arène. On ouvre des paris. On est pour. On est contre. Le jeu s’arrêtera (provisoirement) quand le gazon sera tâché du sang de l’honneur des protagonistes. En attendant un autre round C’est la république des sextape, on va faire comment ? Me diriez-vous. Diantre !

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