Le règne de la moto
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Maintenant que la route est goudronnée, entre Yaoundé et Ngomedzap, l’une des plus vieilles routes du Sud que les colons allemands avaient tracées, les transports publics vont probablement remettre des bus sur ce tronçon. C’est loin d’être le cas aujourd’hui. Pas grave. Les gens d’ici ont appris à s’armer de patience et à attendre. Pour le moment donc, en partant de Ngomedzap, si vous voulez vous rendre à Yaoundé ou à Mbalmayo, ce sont les « OPEP » qui vont s’occuper de vous.

Les « OPEP » … vous connaissez ? Ce sont ces petites voitures qui roulent par miracle, tellement elles sont vieilles… En partant de Yaoundé, pour effectuer le même trajet, c’est le même choix qui vous sera imposé. L’essentiel est sauf : on finit toujours par arriver à bon port, grâce à Dieu. Il s’agit là des voyages sur de longues distances. Mais, tous les habitants de Ngomedzap ne vont, ni à Yaoundé, ni à Mbalmayo, ni à Ngoumou, chaque jour. Vous vous en doutez bien. De toute façon, lorsque la bonne saison n’est pas arrivée, les seuls deux mille francs que l’on possède encore pourraient rendre un service meilleur que voyager jusqu’à Yaoundé… Pendant ce temps, les populations bougent énormément, pour toutes sortes de raisons.

La tribu a tissé un peu partout un réseau plein de connaissances et de bonnes relations. Ainsi, il ne se passe pas de jours sans qu’il y ait de nombreux parents à visiter, la palabre familiale à laquelle on est invité, des deuils ou des fêtes auxquels il faut absolument prendre part. Nous ne parlons pas des manifestations que les autorités administratives organisent parfois, à la sous-préfecture même, et que vous êtes, selon la belle formule consacrée, prié d’honorer de votre présence. C’est ici que la moto entre en scène.

La moto vient de créer un phénomène tout à fait nouveau, dans le monde rural. Dix ans en arrière, on ne trouvait la moto nulle part, aux environs de Ngomedzap. C’était l’époque de la bonne vieille bicyclette qui, aujourd’hui, a totalement disparu de la circulation. Partout, c’est la moto, rien que la moto. La moindre piste carrossable qui part du centre commercial de Ngomedzap a son équipe de conducteurs de motos qui font la ligne, comme on dit ici. Ces derniers ne demandent qu’à démarrer, dès que vous leur faites signe. Le rayon d’action de ces engins dépasse rarement la dizaine de kilomètres, toutes directions confondues. Le tarif du transport est unique : cinq cents francs. Exorbitant ou peu cher ? Difficile à dire. En tout cas, à défaut de convenir à tout le monde, ce tarif a la force d’une véritable loi tacite ; aucun client ne cherche à faire à son sujet le moindre marchandage.

Toutefois, si le client insiste et qu’il présente une urgence digne d’intérêt, le conducteur de la moto est prêt à entreprendre des voyages plus longs, pouvant atteindre une bonne trentaine de kilomètres. « Ngomedzap-Olama » et « Ngomedzap- Mengueme » sont souvent au menu. Bien sûr, le tarif habituellement convenu de cinq cents francs est aussitôt revu à la hausse, parfois jusqu’à atteindre un montant aussi élevé que celui que les chauffeurs d’« OPEP » exigent, pour vous emmener à Yaoundé.

Finalement, à Ngomedzap, plus qu’ailleurs dans d’autres petites villes du Sud, la moto règne, sans partage ; elle est très utile, presque indispensable. Tout le monde y a recours, autant pour se déplacer que pour assurer le transport des bagages. À ce sujet, les conducteurs de motos de Ngomedzap font preuve, à la fois, d’une insouciance inqualifiable, face à des accidents possibles, et d’une débrouillardise hors norme, quand il s’agit de conclure une bonne affaire. Sur leur moto, certains conducteurs parviennent ainsi à trouver de la place pour transporter, en une seule fois, monsieur, madame et leurs quatre enfants. Pour des bagages, il est fréquent de rencontrer ici des motos transportant plus de chaises et de tables qu’il n’en faut pour meubler toute une maison. Tout cela se fait à des vitesses que n’importe quel radar – s’il y en avait – verbaliserait.

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