LA MORT SE VEND BIEN : À larme que vaux-tu ?
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Dans ce théâtre bien orchestré des lamentations, ces femmes communément appelées les « pleureuses » usent de tous les artifices pour mériter la cagnotte exigée. 

C’est à 16 heures que la dépouille de Rigobert K., arrive au quartier « Carrière » à Yaoundé. Avant que le long cortège de véhicules qui accompagnent ce dernier n’arrive. Elles, les pleureuses se sont regroupées à quelques mètres des tentes qui doivent accueillir les populations venues témoigner leur compassion. Alors que le cortège funèbre est à quelques mètres, elles se sont levées comme un seul homme et se ruent vers la route en obstruant le passage. Elles sont sollicitées pour leur prestation bien connue par certains et d’autres font appel à leurs services par curiosité. Le souci de tous ceux qui les invitent est de donner une certaine portée à leur évènement.

Viviane S., a rejoint le groupe des pleureuses de Biyem-Assi à cause de sa copine qui se déplace dans la ville et ses environs pratiquement tous les vendredis ou alors elle se rend dans d’autres régions. D’après elle, sa copine en dehors des endroits de par le Cameroun qu’elle découvrait et dont elle ne tarissait pas de belles histoires, elle se faisait des sous. Selon cette dernière, les débuts ont été très difficiles mais avec les nombreux entraînements, la jeune femme y ait parvenu et compte aujourd’hui parmi les maillons forts de ce groupe. Il ne se passe pas un week-end sans qu’elle n’effectue un déplacement avec à la clé une petite rémunération.

C’est le remue-ménage, certaines d’entre-elles forment un cercle autour de la voiture des pompes funèbres. La mise en scène est sans appel. Elles sont assises à même le sol, se roulent dans tous les sens. La plupart debout tentent de laisser échapper des larmes de leurs yeux. La tâche est ardue malgré le menthol qu’elles ont frotté autour de leurs yeux. Au bout d’un certain nombre d’efforts, compte tenu des produits utilisés pour atteindre l’objectif escompté, elles finissent toutes par y parvenir.

Dans ces mouvements de femmes qui s’apparentent à un véritable capharnaüm, les pleurs quant à eux sont savamment orchestrés. Telle une chorale, après les pleurs, elles laissent place aux chants. Elles enchaînent des mélodies bien rythmées avec la particularité des peuples de l’Ouest-Cameroun. Une des pleureuses, d’un certain âge, confie que, « pour une veillée dans la ville (Yaoundé, ndlr) nos prestations sont comprises entre 150.000 et 200.000 Fcfa.

Lorsque nous sortons de la ville, nous percevons au moins 200.000 Fcfa et ce montant peut été vu à la hausse en fonction de la distance parcourue ». L’une d’entre-elles, pleurant tout autant que les autres, tient un petit panier en main. Le panier est destiné à la collecte des billets qu’elles recevront comme gratification à la suite de leur prestation. Elles accostent, de temps en temps, un individu qu’il soit un homme ou une femme. Le choix n’est pas anodin, elles l’encerclent et pleurent à chaudes larmes jusqu’à ce que la tenancière du panier arrive. Une fois, le billet jeté dans le panier, elles créent une ouverture pour qu’il ou elle passe et poursuive son trajet. C’est une trappe à laquelle beaucoup de personnes qu’elles jugeront fortunées.

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