Modification de la loi de finances : Débats vifs autour de l'endettement
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Le projet de loi y relatif a été adopté par l’Assemblée nationale, grâce à la majorité détenue par le parti au pouvoir, le Rdpc.

Malgré leurs réserves sur le projet de loi finances rectificative, les députés de l’opposition (minoritaire) ont encore fait, à leurs dépens, l’expérience du diktat de la majorité. À l’Assemblée nationale le 12 juin dernier, le gouvernement l’a emporté à l’issue d'une dune discussion générale houleuse sur le projet de loi portant ratification de l’ordonnance présidentielle du 26 mai 2021 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi de finances pour l’exercice 2021.

Le député Cabral Libii a ouvert le bal des questions pour critiquer l’option gouvernementale. « De 2006 à 2020, qu’est-ce qu’un endettement de 10 000 milliards Fcfa a significativement apporté aux Camerounais ? », a-t-il lancé au ministre des Finances (Minfi), s’appuyant sur le « risque élevé de surendettement du Cameroun », tel qu’exprimé par le Fmi en mai dernier. Le parlementaire du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn) fustige surtout le fait que le nouvel Eurobond de 450 milliards Fcfa sollicité par le Cameroun « vise à racheter une dette précédente en Eurobond de 2015 sans que cette dernière dette n’ait visiblement atteint ses objectifs ».

Plus agaçant, « le Cameroun, rappelle-t-il, a souscrit le 19 novembre 2015 à la bourse de Dublin un Eurobond de 375 milliards Fcfa avec un taux d’intérêt de près de 10% pour le financement du Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance. Rendu en 2021, on parle encore de la finalisation des chantiers de ce fameux plan d’urgence ». Et dans l’exposé des motifs du projet de loi de ratification, « nous apprenons que le Cameroun ne peut pas rembourser cela parce qu’il connaît quelques difficultés de trésorerie en raison de la crise sanitaire qui date de 2020 », regrette-t-il. Néanmoins, l’homme politique a sa petite idée des causes de l’accroissement de la dette du pays. « Ne pensez-vous pas que c’est la corruption et la gabegie qui ont entraîné une lente absorption des crédits, lesquelles ont contribué à dénaturer le modèle économique initial des différents projets tout en les rendant improductifs ? », a-t-il demandé au ministre.

En effet, l’ordonnance du président de la République indique qu’«au cours de l’exercice 2021, le gouvernement est habilité à recourir à des émissions sur le marché international pour un montant de 450 milliards Fcfa (…), en vue principalement du rachat partiel ou total de l’Eurobond en cours ». Ce qui fait dire au député Koupit Adamou que « les prévisions budgétaires n’étaient pas pertinentes ». Par conséquent, « ce projet de loi n’est pas fondé ». En revanche, l’élu de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) propose qu’au lieu de recourir à une nouvelle dette, l’État devrait réduire son train de vie. « Le gouvernement a un effectif pléthorique. Chaque département ministériel constitue un pôle de dépense », postule-t-il.

Crise sanitaire

En réponse aux griefs de la représentation nationale, Louis Paul Motaze, le Minfi, soutient que l’endettement est incontournable, même s’il peut y avoir « de bonnes et de mauvaises dettes ». D’ailleurs, « aucun pays au monde ne peut dire qu’il ne sera endetté ». D’autre part, « le Cameroun fait partie des 20 pays les moins endettés d’Afrique ». Et vu le contexte, « il ne faut pas négliger l’impact de la crise (sanitaire, ndlr) », s’est-il défendu. La pandémie s’est ajoutée à la crise sécuritaire que connaissait déjà le Cameroun, notamment « Boko Haram, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest qui sont toujours là. C’est la même économie qui est affectée par toutes ces crises ».

Au fond, le ministre prétend qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle dette, mais plutôt « d’une dette qui chasse une autre parce que les conditions sont idéales ». Concrètement, « nous recherchons 450 milliards Fcfa en espérant à de meilleurs taux pour rembourser les premiers 450 milliards Fcfa », explique-t-il tout en relevant les deux avantages de cette démarche. « Le premier c’est que la dette qui était extrêmement chère, on l’enlève. Le deuxième avantage c’est que nous faisons glisser les périodes de remboursement ».

Contrairement à l’idée d’un « endettement boulimique » fustigée par Cabral Libii, le Minfi révèle l’existence d’un « comité national de la dette publique, chargé de monitorer toutes ces dettes ». S’agissant de la réduction du train de vie de l’État, Louis Paul Motaze raisonne presque par l’absurde. « Pourquoi ne réduit-on pas le nombre de députés ? », a-t-il ironisé, provoquant une hilarité au sein de l’hémicycle. Au final, le projet de loi a été adopté par la chambre, fort de la majorité écrasante du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Il ne reste plus que la navette au Sénat pour définitivement trancher. 

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