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Un arrêté du président de l'Assemblée nationale (Pan) signé le 4 juin 2021 fait du Lieutenant Ibrahim Yeguie Djibril l'attaché de cabinet du Pan, cumulativement avec ses fonctions de chef de la sécurité de la 3e personnalité de l'État au plan protocolaire.

Le débat enfle sur les réseaux sociaux au sujet de cette nomination, signe de népotisme pour certains, manifestation de l'élan de reproduction de l'élite gouvernante, pour d'autres. Ce à quoi des peu ou prou zélateurs du régime opposent les dispositions légales qui ne disqualifient pas un Camerounais d'un poste de responsabilité, d'un mandat électif, d'un marché public ou d'une place à un concours administratif, au nom de sa filiation.

Autrement dit, rien sur le plan légal n'empêche qu'Ibrahim Yeguie Djibril soit nommé patron de la sécurité de son père, rien n'exclut qu’Éric Niat soit désigné par le Rdpc candidat au poste de maire de la commune de Bangangté, et, au surplus, rien ne pourrait justifier que Franck Emmanuel Biya ne soit pas investi par le Rdpc comme candidat à l'élection présidentielle. En l'état actuel de la législation camerounaise, le délit de patronyme n'existe pas.

Présenté comme cela, cet argumentaire, du reste recevable, pourrait clore le débat qui fait rage. S'y aligner nous conduirait cependant à une conclusion bâtarde. En effet, la démarche qui conduit au choix des "fils de..." chez nous pèche généralement moins par sa légalité que par sa légitimité et sa rationalité. Il se trouve que les personnes choisies, pas toutes évidemment, n'ont pas, en général, les qualifications requises pour occuper le poste où elles sont appelées à servir. La tendance au parachutage est lourde. Et c'est cela qui est blâmable.

Il nous revient à l'esprit le cas du fils d'un ancien ministre de l'Économie et des Finances qui avait, au début des années 2000, raflé d'importants marchés publics du seul fait de son patronyme. On sait ce qu'il était advenu de la livraison des commandes publiques passées à celui que la chronique médiatique avait baptisé le "Minefils".

Il reste également frais dans nos mémoires le scandale à l'Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC) où des "fils de" avaient trusté la liste d'admission à un concours au moment où des "sans godasses" pourtant méritants s'en trouvaient éjectés. C'est cela qui est choquant et inadmissible en République. L'égalité des chances des citoyens consacrée par la Constitution ne saurait être sacrifiée sur l'autel d'intérêts égoïstes.

Au demeurant, le malaise social auquel le Cameroun est aujourd'hui en proie tire également son origine de l'accumulation de ces "petites" injustices sociales dont le népotisme n'est pas la moindre des manifestations. Le vivre-ensemble tant prôné par le discours officiel n'a aucune chance de prospérer sur le terreau des frustrations et des discriminations fantaisistes.

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