Marie-Noëlle Graobe : La couleur de ma peau est ma richesse
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Le mannequin camerounais international parle de son métier et de la place qu'occupe son teint dans son ascension dans le mannequinat. 

Peut-on avoir une idée succincte de qui est Marie-Noëlle Graobe ?
Alors Marie-Noëlle Graobe est un mannequin international originaire de Doukoula dans l’Extrême-Nord Cameroun, je suis représenté un peu partout dans le monde, J’ai 1,67 pour 57 kilos et je suis maman. Actuellement, je réside à Keep Town en Afrique du Sud, j’ai une agence ici au nom de Bossmodel ; à Paris, je suis représenté par l’agence Karinmodel ; en Espagne par Blaremodel ; à Londres par Firstmodel ; au Danemark par Scoopmodel ; aux Etats-Unis à New-York et à Los Angeles par Richardmodel agency. J’ai commencé mes premiers pas en 2010, mais c’est en 2011 que tout s’est matérialisé. Après ma formation en 2012, j’ai eu à faire beaucoup de concours de beauté au Cameroun et je suis revenu en 2015 dans le milieu de la mode. Là, je n’étais plus en agence, je travaillais juste avec ceux que j’appelle mes grands frères, mes aînés de la mode qui m’appelaient lorsqu’il y avait des castings et autres. J’ai également fait Cameroun Top Model en 2016.

C’est une téléréalité qui m’a beaucoup poussée. Après cela, j’ai commencé à aller au Nigéria pour évoluer. Je voulais vraiment sortir du pays et trouver ma place dans le monde. Au Nigéria où j’ai fait beaucoup de chose, je travaillais avec une agence au nom de Sxa model. Après le Nigéria, j’ai également visité Dubaï et j’étais en collaboration avec une agence là-bas dont j’ai oublié le nom mais nous n’avions pas pu travailler ensemble car le contrat que l’on me proposait ne m’arrangeait pas. Si je signais, j’allais plus perdre que gagner, j’ai abandonné et finalement signer en Afrique du Sud. Après l’Afrique du Sud, les pays d’Europe se sont ouverts à moi jusqu’à nos jours. 

Comment avez-vous su que c’est ce métier que vous vouliez faire ?
Je pense que j’ai grandi dans ce milieu-là. J’étais très proche de ma maman qui était couturière. Elle cousait les vêtements, je défilais devant elle pendant mes moments de jeunesse. Je n’étais même pas consciente que le mannequinat existe, et on regardait les concours de beauté ensemble, on passait notre temps ensemble, nous avions cette passion-là. J’étais toujours à ses pieds pour suivre tout ce qu’elle fait. Elle créait toujours de nouveaux styles pour moi et je pense que cette passion est née de là. Au départ, j’avais trop peur de me lancer parce que c’est un métier trop ouvert où il y a tous les regards sur toi or je suis quelqu’un de très réservé, parfois on me dit que je suis timide. J’aime garder ma vie pour moi-même, je n’aime pas les regards, être exposée ! Du coup, c’était vraiment compliqué mais quand je me suis lancée, avec le temps, les choses allaient de mieux en mieux, la chose a grandi, l’amour pour la mode s’est installé. C’est en 2011 comme sus évoqué que j’ai véritablement débuté. Je me souviens bien de ma toute première compétition à Newfirst promote, où j’ai gagné. J’étais si heureuse ce jour. J’ai alors su que je ne voulais plus lâcher le mannequinat. J’ai continué à me battre, à plus me former, à plus me renseigner pour pouvoir m’offrir toutes les portes. Je m’intéressais de plus en plus à cela, comment les autres s’en sortent et c’est ainsi que j’ai évolué avec le temps. 

Quand avez-vous eu conscience que votre couleur de peau (noire foncée) était votre atout majeur dans ce métier ?
Par rapport à mon teint, quand j’étais au Cameroun, je n’étais pas du tout consciente que c’était un très grand atout que j’avais. C’est quand je suis sorti du Cameroun que je me suis rendu compte que toute ma richesse, tout ce qui me met en avant c’est mon teint noir foncé. Parce que toutes les personnes qui étaient proche de moi me disait toujours que nous aimons beaucoup ton teint. Mes agences disaient toujours tu es bouqué et rebouqué grâce à ton teint, jusqu’aujourd’hui. J’ai atteint le sommet en Afrique du Sud où j’ai travaillé avec les grandes marques. J’ai fait tous les défilés mais également les spots publicitaires. Parfois quand je sors, je vois mon visage partout dans les rues, cela me touche vraiment et comment j’en suis arrivée là juste parce que j’ai gardé mon teint.

Et c’est devenu ma richesse aujourd’hui avec laquelle je ne joue pas. La couleur de ma peau est ma richesse. J’utilise des produits 100% naturels, je ne veux même pas qu’il y ait une petite tâche ou alors un petit éclaircissement car c’est ce qui m’apporte plus dans mon métier et qui me fait évoluer. Je ne savais pas au Cameroun que mon teint était si précieux ! Quand on me lançait des injures du genre « noirata », cela me gênait un peu et je ne savais pas que cette personne me donnait des points. Aujourd’hui si quelqu’un me dit que j’ai un teint noir foncé, et constate une petite tâche rouge sur moi, je pense que je vais fondre en larme parce que je ferais tout pour enlever cette tâche pour faire revenir mon teint. Et s’il y avait même possibilité d’être beaucoup plus noir que çà j’aurais essayé cette voie. 

C’est également grâce à la couleur de votre peau que vous avez reçu le pseudo de « Mama Africa » ...
Mon pseudo « Mama Africa » vient de la compétition et téléréalité Cameroun Top Model. Sachez que j’ai grandi avec ma grande sœur et celle-ci était mariée. Dès mon bas âge, on m’a toujours appris à prendre soin de ceux qui venaient après moi. Et quand on faisait Cameroun Top Model, j’étais déjà maman. Avant cela, j’étais maman de mes neveux. J’avais toujours pour habitude de m’occuper des autres, les voir comme mes enfants, me rassurer que tout soit bien à la maison. Le fait que je me comportais ainsi pendant la téléréalité, ils ont commencé à m’appeler « Mama Africa », et aussi grâce à mon teint. 

Environ 10 ans de carrière et plusieurs trophées à la clé déjà...
Au fil des années, je n’ai pas arrêté de cumuler des trophées et j’ai eu également à être nominée en Ouganda. Il y a des grands évènements là-bas où ils font des remises de prix dans tous les domaines : mode, musique, cinéma etc. J’ai eu plusieurs trophées au Cameroun, j’ai même eu un l’année dernière aussi, celui de meilleur mannequin africain. Aussi le prix de meilleur mannequin de la diaspora, mon tout premier prix au Cameroun était je pense meilleur visage, je venais juste de faire la couverture du magazine Brume. C’est un magazine français. Les années suivantes je continuais à cumuler les trophées. A chaque fois que j’en recevais un, je me disais que le travail que je fais les gens le remarque et l’apprécie, et j’en suis fière et honorée. Je peux juste dire merci à tous ceux qui m’accompagnent et qui croient en moi, qui voient en moi ce talent. J’ai également eu quelques trophées en Corée du Sud, cela est passé dans le Top 15 mondial de Miss super talent et aussi pour le prix d’honneur qu’ils m’ont remis.

Tous ces prix et trophées me poussent toujours à travailler davantage car à chaque fois, je me dis mon Dieu merci parce que tu m’as permis d’être aimé grâce à ces récompenses. Il faudrait que l’année suivante, je puisse me surpasser. Du coup, je travaille davantage. Aujourd’hui, je suis parmi les meilleurs visages, les mannequins les plus prisés. Quand ils ont sorti cette revue, j’étais vraiment choquée que comment je peux quitter du Cameroun et arriver dans un pays qui n’est pas le mien, être parmi les tops. Pourtant il y a tellement de mannequins ici, pas seulement ceux sud-africain mais ceux également venant de partout à travers le monde entier. C’est touchant et cela incite à toujours donner le meilleur.  

Marie-Noëlle Graobe fait aussi dans le cinéma. Comment gérez-vous votre emploi de temps ?
En ce qui concerne le cinéma, vous n’avez pas totalement tort. Oui je le faisais bien quand j’étais au Cameroun. Mais depuis mon départ, c’est devenu beaucoup plus compliqué. Ici je n’ai pas trouvé d’ouverture pour le cinéma parce que le mannequinat je le fais à plein temps, du coup j’ai du mal à faire autre chose. Par contre, quand je rentre pendant les congés au Cameroun, j’ai mon agent là-bas qui s’occupe de mon agenda. Il arrive au moins à me mettre sur certaines choses qui m’aident, mais depuis quelques temps, c’est un peu difficile car à chaque fois qu’il trouve une occasion dans le cinéma, je ne peux pas être présente où avoir de permission à ce moment-là. Je me dis qu’avec le temps et lorsque je serais moins focalisée dans le mannequinat, je pourrais me lancer dans le cinéma. Pour le moment tout ce que je fais ce sont des campagnes publicitaires où je dis juste quelques mots, et je fais le jeu d’actrice mais ce n’est pas du genre comme dans les films. 

Vous sentez-vous accomplie ?
Je ne saurais le dire. Je peux juste dire que j’ai le devoir de donner mon meilleur chaque jour. À part le mannequinat, j’ai ouvert ma propre agence de mannequin, une agence mère qui place des mannequins locaux à l’international. C’est Graobe management lancé en décembre 2020 et nous évoluons bien. J’ai l’habitude de faire l’huile de sésame que j’ai d’abord ralenti et mis une petite pause sur sa production. Pour le moment, je compte placer cette huile pour des soins de beauté uniquement, pour le teint et comment l’utiliser pour pouvoir embellir sa peau et pour les massages. Je voulais d’abord faire une sorte de centre ou maison traditionnelle pour pouvoir transformer cela. J’ai d’abord stoppé car j’ai une autre vision de ce que je voudrais faire avec cette huile de sésame. Et cela me prend du temps et du travail mais j’y travaille toujours.

Du coup, c’est un peu compliqué de pouvoir investir dans tout au même moment. J’attends décembre car j’ai l’intention de faire une descente à l’Extrême-Nord Cameroun pour pouvoir lancer ou mettre une base de l’agence là-bas, soit y ouvrir une base. En outre, à titre informatif, cette semaine j’ai reçu une bonne nouvelle. Après la campagne de ce juin et juillet 2021, avec mon agence actuel Woolworth, je retournerais m’installer à Londres. Donc je ne pense pas avoir réalisé mon rêve. Mon rêve à moi c’est de pouvoir plus mettre des talents hors du Cameroun, pouvoir entendre qu’un mannequin fait le tour du monde ou plusieurs et que le Cameroun est devenu une référence de mode et de talent dans le milieu de la beauté. Si j’atteins cet objectif, là je serais très contente et je pourrais vraiment célébrer ce triomphe. 

Quand vous n’êtes pas plongé dans le mannequinat, qu’aimez-vous faire d’autre ?
J’aime bien la marche au bord de la mer, cela me remonte énormément. À côté de cela j’ajoute le Cinéma, la musique, les séries web comiques, le shopping, la cuisine, le dessin etc. Surtout, développer mon esprit créatif, c’est la raison pour laquelle j’aime beaucoup la nature des montages. J’ai le soutien total de mes proches qui m’encouragent et aiment ce que je fais. Au début c’était un peu compliqué mais au final, ils ont fini par comprendre et me donner ma liberté, me laisser continuer dans ce que j’aime. Votre métier suscite beaucoup de commentaires et préjugés. Je recommande le mannequinat à tous ceux qui veulent s’y lancer. Je leur conseille de faire un mannequinat professionnel, et c’est la raison pour laquelle j’ai ouvert mon agence. Cette dernière fait dans le placement, on met en relation nos talents aux agences qui sont à l’extérieur donc depuis janvier, nous travaillons dessus et j’espère que d’ici la fin d’année nous pourrons au moins faire sortir certains talents. Et les mannequins que nous plaçons ce sont ceux qui ont le profil à l’international, qui peuvent travailler dans toutes les agences à travers le monde.

C’est la raison pour laquelle le casting était un peu difficile et que nous avons choisi juste quelques profils. Je ne pense pas que nous avons 10 mannequins dans notre agence, je pense le nombre le plus élevé c’est 5 ou 6. Je travaille depuis sur ces profils choisit pour pouvoir mettre le talent camerounais plus sur le marché à l’échelle internationale. Parmi les mannequins choisit, il y’a deux filles du Nord, deux filles Toupouri, il y a une dont le profil avait beaucoup été accepté que nous avions déjà réussi à positionner en Italie mais malheureusement elle a des problèmes avec sa famille. Elle a perdu son père au moment de notre rencontre et sa famille a demandé à ce qu’elle rentre au village.

De loin, c’est très difficile de parler aux parents parce que tu ne vas pas appeler un parent au téléphone, lui dire que son enfant a le profil etc. J’espère qu’avec le temps je pourrais avoir un centre qui pourra aider ce genre de personne, raison pour laquelle nous travaillons de plus en plus pour pouvoir avoir notre base au Nord et à l’Extrême-Nord, une base pour l’agence Graobe Management. Dans le but d’être plus proche des parents aussi pour leur dire que le mannequinat n’est pas un métier perdant, c’est un métier qui nourrit son nom et qui a beaucoup d’ouverture pour la personne qui s’y lance. C’est un peu çà notre objectif pour l’année prochaine.

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