Les petits commerçants chassés du palais de justice de Yaoundé
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Déguerpissement. Des étals commerciaux ont été détruits aux alentours du palais de Justice de Yaoundé, centre administratif par la communauté urbaine de la ville éponyme, dans la matinée du 07 juin 2021. Pas l’ombre d’un comptoir aux abords du palais de justice de Yaoundé où des activités commerciales ont pris corps depuis quelques années.

Secrétariat bureautique, bistrots où même encore des comptoirs de call-box tous les étals de fortune établis en ces lieux ont été démolis par les agents de la communauté urbaine de Yaoundé I. D’après Ali, un vendeur ambulant que nous avons rencontré, c’est dans la journée du 04 juin 2021 que le maire de la commune de Yaoundé I accompagné d’une importante délégation ont investi le site pour annoncer le déguerpissement à partir de la semaine d’après «dans la journée de vendredi dernier, le maire a débarqué ici, pour nous dire qu’ils nous donnent 48 heures pour déguerpir», a-t-il confié.

A en croire des riverains, les casses ont commencé aux lueurs de la matinée de lundi dernier. Les comptoirs commerciaux ont été détruits par les agents de la communauté urbaine et les commerçants appelés à quitter les lieux.

Arrivés tôt dans la matinée de lundi, les vendeurs n’ont pas pu exposer leurs marchandises sur le site. «Les agents de la police municipale accompagnés de la police nationale sont venus ici hier, 07 juin très tôt vers 6 heures pour chasser les commerçants. Ils ont démoli les comptoirs et autres étals de commerces qu’ils pouvaient repérer aux abords du palais de justice. Et ce matin encore, ils sont revenus pour faire le même travail. Nous ne parvenons plus à vendre», se désole Paul François, un commerçant installé sur ce site depuis quelques années.

Des policiers et agents de la police municipale veillent au grain. A un jet de pierre, un policier tente de renverser à même le sol des oranges d’une vendeuse, et embarque les paniers dans un pick-up. L’opération qui avait l’air facile se complique lorsque la jeune dame décide d’opposer une résistance farouche mais sa tentative n’aboutira à rien et son bourreau s’empare de sa marchandise.

«Dégagez ! Si à mon retour je vous retrouve encore là, je confisquerai vos marchandises» prévient un agent de la police municipale, à l’attention des commerçants récalcitrants qui tenaient leurs marchandises dans de grands sacs plastiques.

A en croire les agents de la police municipale, ce déguerpissement est une instruction du président de la Cour Suprême et a pour but de libérer les parkings et aérer les alentours de ce site qui abritent plusieurs institutions administratives notamment le Palais de Justice, la Cour Suprême, le Contrôle Supérieur de l’Etat pour ne citer que ceux-là.

AUTRES HYPOTHÈSES

D’autres indiscrétions tentent de relier cet acte au cas de vol enregistré dans les services du Conseil supérieur de l’Etat (Consupe) dans la nuit de 03 au 04 juin 2021 où plusieurs matériaux ont été emportés «malgré que certaines raisons aient été évoquées, nous pensons que la vraie raison de ce déguerpissent est dû au fait que la semaine dernière le Conseil supérieur de l’Etat a fait l’objet d’un cambriolage», soutient un riverain dans l’anonymat.

Cette situation embarrasse autant les petits commerçants que les consommateurs. A quelques encablures, devant le ministère des Transports et celui des Sports, le constat est le même. Aucun comptoir n’est perceptible. «Ma complice qui vend le Eru là est où ?», argue Francis responsable au ministère des Transports. «Elle n’est pas là, depuis lundi, Awara nous dérange. Elle ne vient plus» réplique une vendeuse ambulante qui s’était installée sur les lieux.

En effet, ce dernier avait coutume de venir déjeuner à cet endroit tout le temps mais grande a été sa surprise lorsqu’il a constaté ce matin que ce bistrot n’existait plus. De même, Arnaud, qui avait pris pour habitude de manger dans un tournedos situé à côté du Consupe, est déboussolé lorsqu’il s’y rend pour prendre sa pause-déjeuner : «habituellement, c’est ici que je mange. Aujourd’hui quand j’arrive il n’y a personne. On me dit qu’on a interdit le commerce à cet endroit», s’exprime-t-il d’un air triste.

Comme palliatif, les commerçants redoublent d’astuces. Certains comme Paul Eteme, qui possédaient un comptoir où il effectuait des photocopies, ont opté pour des brouettes. Sur cet engin à une roue, ils installent leurs photocopieuses pour rester mobile. Question de se mouvoir le plus rapidement possible si les agents municipaux venaient à débarquer : «J’avais un comptoir ici où j’effectuais mes photocopies. Il a été détruit, il y a quelques jours. Et depuis ce temps, je travaille sur cette brouette. Lorsque les agents s’approchent, je débranche ma machine et je prends la poudre d’escampette» explique-t-il. Cette suspension n’est pas nouvelle, il y a quelques années, le président de la cour suprême de l’époque avait pris cette décision avant que l’activité ne reprenne droit de cité.

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