LES 11 LIONS INDOMPTABLES DE L'INTELLIGENTSIA CAMEROUNAISE PAR CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: LES 11 LIONS INDOMPTABLES DE L'INTELLIGENTSIA CAMEROUNAISE PAR CALVIN DJOUARI

Les intellectuels camerounais font parler d’eux en occident. Ils démontrent chaque jour qu’ils ne sont pas de simples voyageurs qui cherchaient une place au soleil et après avoir trouvé une position, ont oublié leur pays natal sans s’attaquer à des questions sociales et politiques qui pour la plupart, sont les raisons de leur exil.  On sent qu’ils recherchaient un petit espace de liberté pour se décharger.  

La raison en est d’ailleurs assez simple à comprendre. Ce sont ses valeurs, ses normes apprises et partagées qui permettent à l’intellectuel de contribuer à la formation d’une société sans cesse en interaction avec les compatriotes d’un pays et ses dirigeants. Par son amour et par sa foi, il symbolise la grandeur de toute société. Sa fonction sociale est de réunir une pluralité de connaissances différentes pour une ambition unique et spécifique.   L’intellectuel, comme je l’ai souvent défini, est celui qui travaille avec des idées.  

Pour travailler avec des idées, il faut avoir reçu une formation idoine dans une discipline donnée, dans une spécialisation donnée, et sortir maître dans cette discipline. Cette maitrise lui confère une notoriété, qui lui permet de prendre position sur le plan social afin d’œuvrer à son amélioration, et à son évolution. Il peut être un grand médecin, un grand enseignant, un grand avocat.

A partir du moment où il sort un tout petit peu de son domaine d’action et qu’il commence à prendre position en dénonçant les injustices de la société, on peut le qualifier d’intellectuel engagé. Cette catégorie débute avec la science, avec l’université. Un analphabète ne saurait être considéré d’intellectuel.

C’est dire que l’intellectuel est quelqu’un qui s’engage, risque tout son être, en éveillant constamment par son sens critique. Il refuse, quel que soit le prix, les idées commodes, les certitudes complaisantes, les démarches des cercles du pouvoir et autres esprits routiniers qui visent à l’introduire dans le système. Il n’a pas de remords pour lui-même.    

En effet, la mission de l’intellectuel est une mission accusatrice contre le système frelaté et décadent. Il est là pour analyser et expliquer jusqu’aux énigmes sociaux afin de mobiliser les ressources rares qui trouveront les solutions face aux multiples souffrances des hommes.

C’est pourquoi il ne doit pas être distant de la masse populaire. Parfois déporté, expulsé, banni, tenu comme un hors-la-loi, un insoucieux, il a un langage agressif et des idées inouïes. Ces idées sont pourtant stupéfiantes pour la modernité. Je les appelle les lions indomptables de la connaissance. Autrefois on disait que les intellectuels africains ne s’impliquaient pas assez ; on parlait de la défaite de l’intelligence face à des dictatures, défaite qui serait l’une des causes de nos malheurs. Ce constat de mépris à l’égard de L’intelligentsia expliquait notre état de déliquescence.  

Les intellectuels étaient combattus non seulement par les pouvoirs, mais aussi par « l’armée de réserve » c’est-à-dire le monde ouvrier qui n’avait de regard que sur eux. L’intelligentsia n’avait pas réussi à gagner une petite agora pour s’exprimer. On parlait alors de complot contre L’intelligentsia qui s’inscrivait dans une seule démarche : celle d’empêcher le savoir d’exploser.

Il a fallu un sursaut international dans le tremplin de l’investissement du savoir pour atteindre ce stade d’émancipation intellectuelle qu’on voit aujourd’hui. Ceux qui s’exercent à présent dans nos réseaux avec emphase, sont ceux-là qui étaient hier étouffés dans l’œuf. Nous sommes entrés dans l’âge moderne du savoir explosif. La nouvelle génération a pris ses responsabilités.

Même les pouvoirs ne sont plus allergiques à leurs paroles savantes et intelligentes. Le temps où les élites étaient muselées, suspendues et livrées à l’ivresse dans les bistrots et à l’immobilisme de la pensée unique est passé.   Aussi, l’intellectuel a mis à découvert certains énigmes et il se doit de proposer des solutions et de dire la vérité au risque de sa vie. Le monde d’aujourd’hui est beau, la connaissance est une belle chose.  Un intellectuel doit servir.  Être engagé, c’est servir.  

C’est engagé un savoir ; c’est prendre sur soi le poids des millions de personnes. Cette charge est pesante ; mais c’est son destin. Il est une boîte à outils dans laquelle chaque instrument est utilisé en son temps. Il est capable de développer des arguments d’autorité. Il faut noter qu’aujourd’hui les personnes qui ont fait de bonnes études possèdent le savoir. En effet, l’engagement des intellectuels implique une connaissance rigoureuse pour réussir leur carrière. La vie est brève mais le savoir est d’une éternité.  

L’intellectuel au sens wébérien, initie, analyse, critique, fait des propositions pertinentes, efficaces et convaincantes. Il se démarque des autres intellectuels organiques qui ne cherchent qu’à satisfaire leur militantisme ardent. La démocratisation du savoir ces dix dernières années dans le milieu camerounais de notre diaspora a révélé des personnalités exceptionnelles.    

Les intellectuels camerounais seront considérés un jour comme les détonateurs du panafricanisme. Je les considère comme des leaders de la nouvelle indépendance pour une Afrique Unie. Si différents les uns des autres par leur genre et leur esprit, ces intellectuels demeurent des anthologies brillantes et véritable célébration du génie camerounais. Parfois iconoclastes, dichotomiques, ils se tirent constamment entre eux. Mais ils sont là et jouissent d’une extraordinaire popularité.  Ils tentent de décrypter des grands dossiers du moment. Chacun mène son combat dans son camp, et tout ce savoir et cette culture enrichissent la jeunesse africaine.

La figure de l’intellintsia camerounaise a émergé de son petit pays pour étendre son savoir sous d’autres cieux. Tels les footballeurs qui cherchent à prouver leur talent, les intellectuels camerounais sont en train de faire du bon travail pour la réhabilitation de l’Afrique noire.   L’Afrique est un continent d’actualité. Les guerres, les coups d’états, le terrorisme, les mauvaises élections, les mandats prolongés…

ces intellectuels que j’énumère ce jour, sont au courant de toutes les négociations. Ils détiennent des informations inédites. Ils connaissent les alliances les plus secrètes et ont la primeur des données d’un pays. Ils sont parfois dans toutes les campagnes de diabolisation. Ils sont dans les grands débats qui sculptent notre époque.  Ils prennent la parole sur une actualité brulante, comme des experts de la question, plus que les acteurs politiques eux-mêmes. Ils retracent l’histoire d’un pays avec son actualité, analysent les évènements, les façonnent parfois au gré de leur propre vision.

On parlait des échecs de l’élite intellectuelle ? pas au Cameroun, les gars tiennent tête jusqu’au bout. Ils ont inventé un genre littéraire nouveau porté d’emblée à son point d’excellence.    J’ai fait ma liste et cette liste n’engage que moi.  Ceux que je citerai sont-ils légitimes ? S’ils le sont… qui les a légitimés ? la réponse est donnée par moi-même. Un intellectuel ne s’autoproclame pas, c’est le peuple qui le reconnait car il a reçu la voix du peuple. J’ai dit qu’ils sont onze. C’est comme onze joueurs de football sur un terrain. C’est dire qu’il y a des réservistes qui peut-être ne sont pas aussi constants que les titulaires. Mais qui sont des bons joueurs.  

Ces lions ont pour capitaine Franklin Nyamsi Wa Kamerun. Jamais dans l’histoire de l’Afrique on aura vu un homme aussi passionnant, un ami burkinabé me disait dernièrement que lorsque Franklin s’exprime, il a envie de casser son écran pour aller l’embrasser. Quel brillant professeur ! quel humanisme ! Franklin Nyamsi donne la mesure du génie camerounais. Il fait rêver l’Afrique. Toute l’Afrique, il a acquis une réputation désormais mondiale, et s’impose comme l’intellectuel incontestable et incontesté. Il est partout, l’ampleur de son œuvre littéraire le place au premier rang pour longtemps.  Un illustrateur de grande classe, d’une merveilleuse diversité.

Son habileté à parler la langue française, touche à la virtuosité. Les générations avenir sont assurées. Banda Kani. Il vit au Cameroun, mais il est très suivi dans la diaspora, son intelligence est explosive, dynamique et prodigieuse. Il a une tournure d’esprit synthétique, il comprend dès les premiers instants les faits. Doté d’une intuition captive, il sait ce qui va se dérouler dans les prochains jours, les mois ou années à venir dans un contexte politique. Comme un lion il n’a peur de personne, il affronte tout le monde et avec assurance. Jp Remy Ngono.

C’est le totem de la lignée, séduisant et délicieux, il est sans réserve, d’une sociabilité démonstrative, il ressemble à un homme de l’ombre qui s’est envolé avec des infos. Il détient des secrets d’état qui se révèlent à cent pour cent exacts. Je le suivais déjà au Cameroun avec son émission « Condrey Show ».  Ce Monsieur a suscité chez de nombreux camerounais la culture des citations pour argumenter leurs devoirs de classe.   Nathalie Yamb. C’est une femme forte, c’est la représentante de la femme noire du passé qui se manifeste au présent. Son intelligence est pure, charmante et sincère. Elle donne envie d’être écoutée jusqu’à la fin de son discours.

Même ses adversaires la regardent passionnément avant de prendre la décision de la pourchasser. Elle parle du présent et du futur avec fermeté, si on avait dix femmes comme Nathalie Yamb dans cette Afrique. L’Afrique bougerait pour toujours.   Calixte Beyala c’est la fine fleur, c’est la mère de tous les combats. Elle a toutes les couleurs.  Toutes ces couleurs brillent.  

Elle a gardé sa verve et reste toujours la marraine de tous les intelligences. Elle est incontournable dans notre diaspora dont elle reste la véritable porte-parole.   Owona Nguini. C’est le savant du droit camerounais à l’heure actuelle de Johannesburg à Casablanca. Il entre dans la même lignée que son père et d’autres savant comme Augustin Kontchou, Gabriel Lep, Adolphe Minkoa She, Bipoum Youm. Owona Nguini est un fidèle interprète de la pensée politique camerounaise. Très sûr de lui, il donne le goût à de nombreux camerounais d’apprendre d’abord à maitriser les concepts avant de prendre la parole en public.  

Charles Onana pour moi, il n’est pas à proprement parler convaincant, mais c’est un homme qui a une volonté ferme de chercher pour édifier, clarifier, et cela est suffisant pour avoir une aura positive au sein d’une société, car s’il était resté sommeilleux comme tant d’autres diplômés, il y aurait des informations sur des drames qui nous échapperaient. Ses investigations font de lui un homme remarquable.   Alain Foka, c’est le papa de la jeunesse, c’est le père de tous ceux qui ont été cité par moi jusqu’à présent.  

Parce que ce que les jeunes d’aujourd’hui cherchent, Foka l’avait déjà quand il avait leurs âges. Il s’est démarqué radicalement il y a quelques semaines en invitant de façon subtile la jeunesse africaine à prendre leur destin en main.   Le commissaire Zogo, un homme offensif, stratège-né, il a pris un recul, et a rebondit pour laisser son nom ; très suivi dans la diaspora, c’est l’âme camerounaise même qui est en ébullition, patriote de tous les temps, il est le leader de ce groupe et sa valeur intellectuelle est polyvalente où il s’oriente au gré de ses inspirations.  

Stephane Tchoumbou, c’est un jeune qui monte qui a de l’avenir, le seul souci est qu’il se trouve dans une nasse du magma groupale qui le détériore et le tire vers le bas.   Tchatchouang Carole Modestine la courageuse. Elle a donné le ton au moment où les gens avaient encore peur de parler, elle s’est mise debout comme Rosa Park pour les droits civiques aux États-Unis. Mais elle a montré des mœurs légères qui ont joué sur elle.  

Le docteur Njoya Moussa, homme limpide, sa culture est profonde, il parle comme un vieux pourtant nous avons affaire à un jeune qui use d’un langage approprié aux nécessités pédagogiques.   Nous avons déjà cité onze mais d’autres personnes qui mènent une bataille très intéressante comme Wilfried Ekanga, Adelhaziz Moundé et Marie Chantal Tchualem, ce dernier est victime d’une torture psychologique et dégradante dans son pays. Tant d’autres camerounais peuvent entrer sur cette liste.  

Maintenant les noms cités parviendront-ils à mettre fin à des crises qui sont provoquées par des dirigeants sans cohésion et sans vision de l’avenir ?   Il s'agit dans ma lecture de comprendre que ceux-ci posent aussi l’éducation populaire. Le jeune camerounais doté d’un petit bon sens ordinaire, ne comprend pas les choses qui se passent. Ils ont la chance de voir et de comprendre à cœur ouvert des personnalités qui ressemblent à peu de chose près à ces leaders de la période de notre indépendance.

Les nationalistes camerounais étaient les ébranleurs des corps constitués et des bâtisseurs d’idées. Ils ont leur substitut. Bien que tous soient des bords politiques différents, ils peuvent constituer les deux faces d’un même travail. Analyser et critiquer la réalité sociale permet de contribuer à sa transformation. Les intellectuels doivent se montrer utiles à la communauté et s’engager davantage.

Les camerounais ont suffisamment de savoirs à exporter. Quant à moi, je dirai que j’ai eu la chance de vivre, de bout à bout, une des aventures les plus exaltantes du génie camerounais. 

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