Atteinte à la liberté de la presse Quand la loi anti-terroriste traque les journalistes
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Samuel Wazizi, Mancho Bbc, Thomas Awa, Kinsgley Ndjocka et Ahmed Abba sont des journalistes condamnés et privés de liberté depuis la promulgation en 2014 de la loi réprimant les actes antiterroristes au Cameroun. 

Mancho Bbc, animateur dans une radio à Bamenda dans la région du Nord-Ouest est détenu depuis quatre années à la prison centrale de Kondengui. En mai 2019, ce journaliste, considéré par les autorités camerounaises comme l’un des acteurs de la crise sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud- Ouest, a été condamné à 15 ans d’emprisonnement ferme par le tribunal militaire de Yaoundé. Il a été reconnu coupable d’hostilité contre la patrie, de sécession, de révolution et d’insurrection. Awa Thomas, un autre ancien journaliste ayant collaboré à la chaîne de télévision privée Canal 2 international a été condamné à 10 ans de prison ferme  dans la même affaire.

Kingsley Ndjocka, ancien journaliste à Magic Fm a été interpellé par les hommes armés en mai 2020 devant son domicile à Douala. Après son arrestation par la police, Kingsley Fumunyuy Njoka a été transféré à Yaoundé dans les locaux du Secrétariat d’Etat à la défense (Sed). L’ordonnance motivant le placement en détention provisoire signé par le juge d’instruction au tribunal militaire de Yaoundé stipule que Kingsley Fumunyuy Njoka est inculpé de « sécession et complicité de bande armée ». Il est toujours détenu à la prison centrale de Kondengui en attendant son jugement. 

Une mort suspecte

Me Tanyi Amungwa, avocat de Kingsley Fumunyuy Njoka, dénonce le traitement « inhumain » infligé aux journalistes interpellés dans le cadre de la loi antiterroriste. « Ces journalistes sont parfois déclarés coupables par les autorités militaires avant d’être jugés par un tribunal indépendant. Dans le cadre de l’affaire Kinsgley Ndjoka et Samuel Wazizi, les autorités militaires ont déclaré en public que ces deux journalistes étaient des véritables logiciels des bandes séparatistes. Cette attitude constitue une violation en matière de droit de défense. Les outils de travail des journalistes ont été confisqués et c’est sur la base de ces outils qu’ils sont présentés comme étant les terroristes. Le fait que ces personnes soient jugées par un tribunal militaire est une violation de leurs droits », explique l’avocat.

Le cas qui a défrayé la chronique en 2020 au Cameroun est la mort suspecte du journaliste Samuel Wazizi. Sa mort a été annoncée le 2 juin 2020 alors qu’il était entre les mains des forces de défense et de sécurité. Pourtant, il avait été interpellé un an auparavant par les forces de sécurité dans les environs de Buéa, capitale régionale du Sud-Ouest. Samuel Wazizi était accusé de complicité avec les séparatistes anglophones. L’enquête prescrite par le président de la république pour déterminer les causes réelles de la mort de Wazizi n’a toujours pas dévoilé ses résultats. 

En 2016 au Cameroun, Ahmed Abba, correspondant de Rfi en langue Haoussa, a été condamné à dix ans d’emprisonnement ferme par le tribunal militaire de Yaoundé. Le journaliste a été reconnu coupable de non dénonciation et blanchiment d’actes de terrorisme. Il avait été arrêté le 30 juillet 2015 dans la ville de Maroua alors qu’il enquêtait sur le conflit armé qui oppose les soldats camerounais aux djihadistes de Boko Haram. Le journaliste avait été acquitté quelques mois après par la  Cour d’Appel.

Faire taire les critiques

Depuis la promulgation de la loi de novembre 2014 qui réprime les actes terroristes, les organisations internationales de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch et Amnesty international, n’ont cessé de s’inquiéter de ses conséquences sur les libertés individuelles. Certains leaders des partis politiques ont également contesté cette loi qu’ils considèrent toujours comme « une entrave à la liberté d’expression et d’association ». 

Dans un rapport publié en 2017 au Cameroun, le Comité de protection des journalistes relevait que « cette loi avait été promulguée pour faire taire la presse critique ». Le Conseil des droits de l’homme de l’Onu avait également invité les autorités camerounaises à réviser ce texte conformément aux normes et obligations internationales en matière des droits de l’homme. Réagissant sur les ondes de la radio Tiéméni Siantou sur les conséquences de cette loi, Clément Boussain, responsable des programmes Afrique à l’Ong Acat France, a affirmé :« Avec la loi antiterroriste de 2014 on s’est rendu compte que certains journalistes font preuve d’auto-censure concernant un certain nombre de sujets notamment ceux qui sont liés à la sécurité de l’Etat. Il serait très important que les parlementaires camerounais et les acteurs de la société civile se mobilisent en vue de réviser, de modifier cette loi antiterroriste pour qu’elle soit conforme à la Constitution camerounaise, mais également aux traités et normes internationales relatives à la défense et à la promotion des droits humains et que cela permette aux journalistes de travailler librement et en toute sécurité au Cameroun ». 

L’Ong Nouveaux droits de l’homme a aussi dénoncé cette loi dès sa promulgation. Cyrille Rolande Bechon, directrice de cette Ong, affirme que la loi de 2014 constitue un danger pour les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme : « Lorsque nous sommes poursuivis sur la base de cette loi, nous risquons la peine de mort. La définition donnée à ce concept d’acte de terrorisme est une définition catastrophique pour les libertés fondamentales et les droits humains. Aucune circonstance ne peut justifier le nonrespect des libertés fondamentales. L’Etat du Cameroun gagnerait aujourd’hui à construire une nouvelle loi qui protège les défenseurs des droits humains et les journalistes », précise-t-elle.

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