NECROLOGIE: PARIS REND HOMMAGE A MAVEUN JEANNINE TCHATO EPOUSE NKAMWA
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FRANCE :: NECROLOGIE: PARIS REND HOMMAGE A MAVEUN JEANNINE TCHATO EPOUSE NKAMWA

Maveun TCHATO Jeannine a marqué nos esprits : ces rais de soleil que des êtres projettent dans vos vies.

Ces rayons qui dardent des moments particuliers, avec certaines personnes, dont on conserve un souvenir exaltant. Ces êtres qui vous manquent et tout est dépeuplé, comme disait l’autre.

Ces êtres qui ont la solidité du chêne, la stature l’okoumé, mais le cœur fragile des âmes bonnes et sensibles.   Elle s’en est allée, comme une diva tire sa révérence, après avoir enchanté le quotidien et bien des vies. La diva, celle qui savait que la musique adoucit les mœurs, et comme le disait Alphonse Allais, que ceux qui ont l’amour de la musique finissent par aimer la musique de l’amour.  Elle s’en est allée comme une égérie, parée toute sa vie du lustre de ses étoffes, dit aurevoir.

Pour la vie. Pour l’éternité. Ce que la célèbre diva du jazz, Billie Holliday, appelait «  La griffe, la marque, l’empreinte de celles et ceux qui mettent de la lumière dans notre vie, nous sorte de la grisaille et des routines, nous font aimer la créativité, la nouveauté et les arts ».   

Maveun TCHATO Jeannine, notre mère, grand-mère, sœur, amie, figure de la communauté camerounaise de France, était femme de mille passions ! Elle les vivait comme on pare sa vie de mille couleurs, de ce que Gauguin, le célèbre peintre appelait, « la palette chatoyante de la vie de ceux qui aiment la vie ».  Ses mille vies.

Celle d’une chevalière de l’effort, de l’efficacité et de la performance. D’une enfant du Cameroun, élève modèle qui au milieu des années 70, dans une capitale camerounaise en plein essor, obtint avec brio son BEPC au prestigieux lycée dit Leclerc, faisant la fierté de toute sa fratrie dont elle était l’ainée. 

Le pied à l’étrier, dans la cité de Charles Atangana, que Essono Ela, avant l’arrivée des Allemandes appelait la protégée des collines, pour une formation pointue d’infirmières dans un pays où les vocations médicales émergeaient et révélaient à l’Afrique des professionnels de la dimension de Victor Anomah Nguh ou Kamsu Kom. Jeune, lumineuse de compétences, elle allait exercer au début des années 80 dans diverses structures hospitalières : A Djoungolo, centre médical réputé ; à l’hôpital central de Yaoundé notamment. Avant de convoler en justes noces en octobre 1981.  

Oui, la vie, sa vie, celle de cette illustre fille de la terre de ses ancêtres Bazou, du Cameroun et d’Afrique, était celle d’une mère d’exception. De ces mères, nos mères, qui acceptent de ressembler aux baleines des océans en nous portant pendant 9 mois. De ces mères qui n’ont pas peur de perdre leur éclat, se défraichir, en écourtant ses nuits pour nous nourrir. De ces mères, soldats de la vie, qui font mille sacrifices pour devenir notre bouclier, nous protégeant toute notre vie. De celles à qui l’on chante, tels ses 5 enfants, devenus orphelins, comme Christophe Maé, le bonheur d’avoir une maman ; comme Kendji Girac, les yeux brillants d’amour d’une maman ; comme les Boyz two men, a song for mama ou Sexion d’Assaut, les larmes avant qu’elle ne parte. Comme Tonton Ebogo, virtuose du Bikutsi ou Elvis Kemayo, le crooner, qui ont magnifié les mères.

Maveun TCHATO Jeannine était de ces mères qu’on célèbre. Une sorte de fée vibrionnante du logis. Celle qui veillait à l’éducation, l’épanouissement et l’éclosion de ses enfants. Comme on surveille le lait sur le feu. Comme on couve des poussins, leur concédant le brin de temps à l’air. Comme on accompagne des rêves, en traduisant les couleurs de l’arc-en-ciel dans le quotidien.  Pour ses 5 enfants, elle a sué sang et eau : sous les chapiteaux des marchés, dans le dédale de ces lieux de commerce, à l’allure de souk ou de mall, dans les allées de surfaces commerciales bondées. Elle faisait la criée au besoin. Elle s’adonnait avec l’ardeur d’une amazone.

Elle était devenue figure de marchés, dont celui de Montreuil où elle a exercé 20 ans durant, l’allure chic, le sourire solaire et la gentillesse en bandoulière. Parfois, on l’apercevait, quand elle avait réduit la voilure, ne s’y rendant plus que les week-ends, en compagnie de ses petits-enfants, particulièrement avec ses 2 petites filles Tyanna et Inaya, bouts de chou adorés de Mami.  Les fruits de ces graines de mère sont savoureux : l’arbre a fleuri et produit des must ! Elle qui avait, en effet, de l’ambition, des rêves et de l’entrain pour sa progéniture, a vu ces merveilleux enfants faire de brillantes études. Elle a été transie par leurs succès scolaires et académiques.

Une fierté. Un honneur ! Celle qui aimait les fragrances et essences d’exquis parfums avait donné du sens à sa vie : l’éducation, l’épanouissement et la réussite de ses enfants ; la résine dans la fratrie.  A cette corde, son arc se lestait d’autres engagements, passions et ambitions. D’abord celle de son pays, terre d’Afrique du Cameroun. Là-bas, elle avait des prunelles : Balengou, au pied des hautes terres de l’Ouest, dans l’antre du Ndé ; Etoa-Meki, son quartier d’adoption, sur les flancs de collines de Yaoundé. Elle avait à cœur d’y apporter sa touche, son aide, sa contribution.  Fille de Feumba Christophe et Tchato  Justine, enfants fiers de ces terres du Cameroun, elle avait aux côtés de ses 8 frères et sœurs, appris les valeurs fondamentales, les us et coutumes à la sagesse profonde de ses ancêtres.

Elle en était si nourrie du lait, qu’elle faisait jaillir la force et l’expressivité de ce patrimoine, à travers des initiatives, l’implication dans la vie des communautés. Songez à ces projets pour le développement local auxquels elle participait ! A ces occasions de gala, où elle savait joindre l’utile du financement d’un projet d’électrification à Balengou à l’agréable de ses sublimes tenues, de sa toilette si distinguée ou du dernier sac à la mode. Elle, si présente, donnant de son temps, de son énergie intarissable, de son sourire irradiant pour que ça marche : un trésor d’optimisme ; un booster de moral ; une capitaine entrainante !  Maveun TCHATO Jeannine qui savait la force des émotions, l’intensité des rythmes dans la vie, le rôle du roulement des tambours dans nos contrées, était aussi une mécène et une productrice aussi passionnée que généreuse.  Elle qui savait la force d’un pas de makossa pour le moral, d’un déhanchement d’assiko pour la bonne humeur, d’une sonorité de mangambeu ou de bend skin pour « enjailler », comme disent les Ivoiriens, une soirée, s’était investie dans la promotion culturelle et musicale. 

Dans la lignée d’une Rose Ngassa, célèbre productrice des années 80-90 au Cameroun et en France, elle franchit le pas de l’accompagnement de jeunes artistes, qui grâce à son entregent, son investissement, ont révélé ou confirmé leurs talents : Guy Watson, Charly Djom’s, Adela Bikim  Benjo Mignon, Adela Bikim, Sidoine, etc.  Présidente de SJI Productions et Gérante de NJ Production, elle entreprit de se former davantage, optimiser ses performances, mieux comprendre l’univers de la création, du management et de la production musicaux en intégrant une formation à l’école IESA : une énergie inextinguible ; un si grand appétit pour la vie ; une passion exercée pour les arts.

A 60 ans, elle avait compris que se former, c’est la forge d’une vie.  Elle était de ceux qui disaient qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre et surprendre. Apprendre et aimer. Apprendre et aider. Apprendre et s’épanouir. Apprendre et transmettre aux autres l’art de la tolérance, du vivre-ensemble et de l’empathie.

Ces valeurs qui s’échappent de nos communautés où l’on est prompt à renier l’autre une fois qu’il a tourné le dos ; semer la polémique dans des deuils ; colporter des rumeurs, fake news, dans des accès de ressentiments gratuits.  Elle était une sorte d’Armée du salut de son monde. Une ce celle qui joint à la foi, le concret des œuvres. De ceux qui se délestaient, au marché de Montreuil, de leurs économies pour venir au secours de ceux qui sont dans le besoin. De ceux qui parfois, avaient besoin d’un prêt vital, et qui, une fois leurs problèmes réglés, l’oubliaient ; la dénigraient même. Et continuent d’ailleurs. Cela lui glissait, malgré tout, comme de l’eau sur des plumes d’oiseau : sensible, elle croyait profondément en l’être humain à qui elle faisait miséricorde de ses turpitudes.  Elle était, oui, de ceux qui convertissaient leur foi en actes concrets, palpables ; salutaires.  Songez à cette quête qu’elle organisa au marché de Montreuil et qui lui permit de financer l’achat d’un ordinateur et d’une imprimante pour notre église.

Un acte parmi mille, illustration d’un esprit bon, agile, la main sur le cœur !  Elle était oui de ceux qui parlent vrai, disent ce qu’ils ont sur le cœur. Elle protégeait les siens et n’hésitait pas, toutefois, à vous dire dans le blanc des yeux ses quatre vérités : Je me rappelle que devant les gens, elle me protégeait quand je piquais souvent mes crises de colère et tout juste après elle disait : Tonton Joël, je ne pouvais pas te descendre devant les gens, mais sache que tu m'as déçu, je ne suis pas d'accord avec toi.

C'était Maveun. C’est pourquoi, au-delà de la relation privilégiée qu’elle a eu avec chacun d’entre-nous, j’ai tenu, comme le disait Césaire, à lui témoigner tous les trémolos, joies et mille souvenirs, reflets de l’exceptionnalité de nos liens !  Que ceux qui l’ont aimé, gardent cet amour, Que ceux qu’elle a aimés, lui demeurent reconnaissants, Que ceux qui l’ont offensé, implorent le pardon de Dieu, Et que ceux qu’elle a offensés, lui pardonnent comme Dieu nous a pardonné.

Votre serviteur, Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA Christi servus in Patria æternam! Serviteur du Christ dans la patrie éternelle ! 

Crédit photo: MB STUDIO à Paris

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