Réseau routier : les péages de la corruption
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Le réseau routier du Cameroun est de loin l’un des plus mauvais, comparé à celui des pays du même niveau de développement. Les tronçons les plus sollicités, que sont Douala-Yaoundé sur la route nationale numéro 3, Douala-Bafoussam sur la nationale numéro 5, Yaoundé-Bafoussam sur la nationale numéro 4, et le tronçon N’Gaoundéré Garoua Maroua sur la nationale numéro une, sont les plus dégradées, alors qu’elles sont paradoxalement les plus rentables financièrement. Déjà il faut remarquer que pendant que d’autres pays parlent de voies de communications entre deux villes en termes d’autoroutes, le Cameroun en est encore aux routes de 9 m d’emprises de chaussée, où tout croisement entre deux véhicules est un exercice dangereux.

Péage de la corruption 

Depuis le 7 janvier 1993, cela fait 28 ans en 2021, il a été institué le péage routier au Cameroun, simplement défini comme une taxe perçue au passage de certaines voies ou ouvrages publics importants comme les autoroutes, les ponts ou les tunnels, et dont le recouvrement est destiné à amortir le financement, à assurer l’entretien et le développement de ces voies. Le 10 décembre 2020, à l’occasion de la pose de la première pierre d’une série de 14 péages automatiques à construire sur le réseau routier, le ministre des Travaux publics avait esquissé une sorte de bilan « Au total, près de 100 milliards de FCFA ont été collectés depuis 1995. Malgré la tendance à la hausse d’une année budgétaire à l’autre depuis son instauration, le péage routier n’a pas encore atteint son seuil potentiel. Un taux de fraude très élevé et une gestion contestable justifient ce sentiment. À l’instar de la vétusté des locaux qui abritent les postes de péage, la fraude extrême due au contact des péagistes avec les recettes affiche un taux moyen annuel de 50%. » En d’autres termes, si l’Etat avait déjà encaissé à cette date 100 milliards de francs cfa de recettes issues des péages, le même montant avait aussi été détourné. C’est dire que l’instauration depuis 2005 d’un programme de sécurisation des recettes routières n’a pas influé sur la courbe des détournements, ou plutôt, si elle a permis de les freiner, et qu’au final, après 16 ans, les montants détournés soient égaux aux montant encaissés, cela veut dire qu’on aurait dû connaître pire. 

Laisser faire

L’explication du ministre sous-entendait que si les routes ne sont pas entretenues, encore moins développées, c’est que le fruit des péages n’est pas suffisant pour supporter les charges et faire de nouveaux investissements, parce qu’une bonne partie de ces fruits est détournée. Soit, mais ce ne sont pas les anges qui détournent les fonds des péages, ce sont des hommes et femmes bien connus. Depuis 1995, combien de ces agents travaillant au péage ont-ils déjà été mis en examen et inculpés, combien de biens saisis à l’issue d’une enquête sur les détournements des fonds des péages? Là aussi, on fait le constat et on reste tranquille.

A entendre le ministre des Travaux publics, c’est le péage automatique qui serait alors la solution idoine pour endiguer les détournements. Peut-être, mais une fois que cet argent aurait été sécurisé, il permettrait de d’attribuer le marché de construction de la route, de l’entretien et autre par appels d’offres ou de gré à gré à une entreprise qui abandonnerait le chantier une fois entamé, comme c’est le cas au quotidien, et on ne serait pas sorti de l’auberge. Pour ces travaux abandonnés ou pas livrés du tout, le ministre des Marchés publics a pris l’habitude de suspendre des entreprises de toute soumission des marchés publics pour des périodes déterminées, sans plus. 369 entreprises au total sont tombées sous le coup en 2020. Et après ?

De mal en pis 

Pour dire que les différentes sorties des membres du gouvernement, ne changent rien dans le fond, sur l’État du réseau routier camerounais, qui produit pourtant de l’argent. Et c’est plus souvent au niveau de ces postes de péages que le supplice est plus fort pour les automobilistes. Dans l’ensemble, s’engager sur la route au Cameroun, loin d’être une partie de plaisir ou de détente, est un chemin de croix. La visibilité est obstruée par la broussaille non élaguée qui masque parfois les panneaux de signalisation, la matérialisation horizontale est intermittente et dégradée là où elle existe, les nids de poule et d’éléphant surprennent constamment, les ralentisseurs, communément appelés dos d’âne sont nues, par endroits les barres verticales qui les signales ont été détruits depuis longtemps, les tentatives de replâtrage de la chaussée à divers endroits a désormais montré ses limites. La situation va s’empirant d’années en années, comme un destin qui s’accomplit. Mais à bien y regarder, la raison de cette décrépitude du réseau routier camerounais, ce n’est pas la corruption, car elle existe partout, c’est le laisser faire qui a été érigé en mode de gouvernance au Cameroun.

Ceux qui détournent sont blâmables, mais ceux qui regardent détourner sans rien faire sont plus à blâmer, s’ils ne sont pas complices. « Le plus grand mal, à part l’injustice, serait que l’auteur de l’injustice ne paie pas la peine de sa faute », dit l’auteur français De Jean Marais, et plus, le philosophe Albert Einstein disait « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire » Regarder d’un œil complaisant les criminels à col blancs ou en blouse orange qui détournent pendant 28 ans 100 milliards de francs cfa  collectés en monnaie de 500 francs, ne rien faire, et feindre d’exprimer sa compassion face aux souffrances des populations, c’est comme on dit dans la culture bantou, tuer l’enfant de quelqu’un et être le premier au deuil, et en plus pleurer plus que tout le monde. Une fois de plus, la volonté politique est ce qu’il faut pour éradiquer un certain nombre de fléaux, et assurer un minimum de bien être aux populations.

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