L'AFRIQUE, CANAL+ ET LES CHAÎNES D'ALIENATIONS PAR PAUL ELLA
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L'AFRIQUE, CANAL+ ET LES CHAÎNES D'ALIENATIONS PAR PAUL ELLA :: AFRICA

Environ 400 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires annuel en Afrique pour près de 6 millions d’abonnés sur le continent, soit le quart de ses abonnés dans le monde, ce sont les très éloquentes statistiques de Canal+ Afrique, branche de la filiale Vivendi du magnat français Vincent Bolloré.

"L’Afrique subsaharienne, du pain béni pour Canal+"

L’Afrique, subsaharienne francophone notamment, avec près de la moitié de ses 54 pays dans l’escarcelle commerciale du groupe français et ses 50 millions de familles fidélisées, c’est la manne céleste pour la multinationale. En revanche, en Europe et en France notamment, c’est la saignée, avec une hémorragie d’abonnés et des résultats financiers frappés d’anorexie chronique. L’Afrique est pour ainsi dire, l’eldorado de l’entreprise média. En effet, l’Afrique a plus d’abonnés Canal+ que toute l’Europe, la France métropolitaine exclue. Mais comment expliquer cette prospérité spécifique du groupe français en Afrique ?

L’obsession d’assimilation

La fascination des africains pour tout ce qui vient de l’extérieur, notamment de l’Occident et plus précisément de la France pour ses ex-colonies et assimilées n’est pas une découverte. Les héritages de l’esclavage et de la colonisation qui ont eu pour effet une lobotomisation sévère des cerveaux sont encore très palpables. En Afrique, on veut encore vivre « comme un blanc ». On veut s’assimiler à ce qu’on nous présente comme modèles et valeurs universelles.

Et quoi de plus subliminal et suggestif que les médias pour véhiculer les codes de la pensée dominante que la société plébiscite à coups de séries, de films, de publicités et d’émissions aux thématiques savamment orientées ? Les africains y souscrivent allègrement. Avoir une antenne Canal+ en Afrique c’est avoir obtenu son certificat d’évolué. La dépendance est telle qu’en cas de coupure du signal pour quelques raisons, l’abonné qui a désormais lié le sens de son existence aux programmes de son bouquet habituel est psychologiquement désaxé. Avoir une antenne Canal+, c’est pouvoir se mettre au diapason de la norme universelle, c’est être comme tout le monde, c’est vivre. Au point où, nombreux sont les abonnés qui privilégieront le règlement de leurs factures Canal+ à d’autres besoins bien plus essentiels.

Ne pas avoir Canal+ chez soi, c’est comme ne pas avoir sur sa table à l’heure du repas, un grand cru d’appellation d’origine contrôlée qui permettra de pérorer devant ses convives admiratifs auxquels on relatera comment on se l’est procuré dans une des caves célèbres d’un des prestigieux arrondissements de Paris. Avoir Canal+, c’est avoir obtenu le Sésame pour le pallier de l’estime de soi sur la pyramide des besoins de Maslow. D’où la ruée des africains vers les kits d’ascension sociale. Canal+, c’est le cordon ombilical par excellence entre la France et l’Afrique. C’est par là que sont garantis l’accès à la propagande culturelle, politique et économique française, grâce à des journalistes, animateurs, chaînes et programmes complètement acquis à la cause de la pensée dominante.

Moyen privilégié de prosélytisme culturel

Normal que le groupe français se frotte les mains en Afrique alors qu’en France seulement, il perd chaque année des centaines de milliers d’abonnés. Il faut rappeler en passant que le propriétaire du groupe est également présent en Afrique dans divers autres secteurs tels que l’énergie, la logistique, le transport, le transit et bien d’autres, secteurs dans lesquels il est à bien des égards en territoire conquis sur le continent.

Canal+ a ainsi trouvé en Afrique un terrain fertile de divertissement des masses qui lui permet de garantir une santé financière internationale à la multinationale. Mais qui dit divertissement, dit distraction et qui dit distraction dit déconnection de la réalité. Face aux enjeux géostratégiques dont elle est la cible, l’Afrique peut-elle vraiment se payer le luxe d’être distraite ? Car en effet, comment ne pas être obnubilés par des sirènes étrangères quand on s’abreuve à la source des séries et téléréalités insipides que nous imposent les bouquets Canal+ ? Comment songer à contribuer à faire renaître nos valeurs originelles quand on se laisse fasciner par des modèles prescrits par les pontifes de l’universalisme ? Comment se concentrer sur nos préoccupations locales quand les africains vibrent prioritairement au rythme des compétitions sportives et des épisodes à suspens des séries télé ? La culture est le canal privilégié de conditionnement des habitudes de consommation et les médias, le véhicule par excellence.

A travers l’addiction à Canal+ et ses contenus, les africains affirment leur volonté de dépendance culturelle, et par voie de conséquence, économique et politique. Les parents que nous sommes en sont victimes, et nos enfants à qui on prêche par l’exemple ne peuvent que suivre. Le tout garantit encore de longues années d’aliénation culturelle collective que seule une révolution des mentalités pourra juguler. Mais aussi clair qu’une image Canal+, c’est très mal engagé, aussi bien pour nous-mêmes que pour les générations futures. Si les Etats-Unis sont la première puissance économique et militaire, c’est parce qu’ils sont d’abord la première puissance culturelle mondiale, car ils ont su vendre au monde leur « American Way Of Life ».

Si la Chine talonne de très près les Etats-Unis économiquement, c’est bien parce que l’empire du milieu a su se préserver des assauts de l’hégémonie impérialiste des cultures extérieures, et a su préserver son authenticité culturelle qu’elle commence également à exporter vers l’Afrique toujours réceptrice. Si la France, malgré ses déboires économiques et son agonie sociétale continue de respirer, c’est parce que l’Afrique lui offre des bouffées d’oxygène inespérées par le canal culturel. Grâce à la momification des africains dans leur obsession à mimer les moindres détails de la culture française, la France peut continuer d’exister et de se leurrer à une grande nation. Grâce à Canal+, la France peut être garantie pour de longues années encore que les africains continueront à célébrer leurs réussites avec du Saumon accompagné du Moët et Chandon, de l’Impérial ou du Ruinart Blanc des Blancs. En Afrique subsaharienne, on ne consomme pas nécessairement ce qu’on aime, mais ce qui nous garantit une image d’évolué.

Et les médias mainstream nous entretiennent volontiers dans cette chimère ubuesque. Pour les bonnes affaires des économies étrangères. Grâce à Canal+, les français pourront encore recevoir des millions d’africains qui préféreront prendre des photos aux bords de la Seine ou devant la Tour Eiffel plutôt que devant les chutes de la Lobé ou le jardin botanique de Limbé. Les images d’Afrique que privilégient les programmes Canal+ plaident davantage pour la compassion du continent que pour sa valorisation. Canal+, c’est le canal de la déconnection culturelle et de l’avilissement des masses en Afrique. Même les chaînes dites africaines des bouquets Canal+ ne font que du mimétisme servile des contenus des chaînes occidentales dont elles ne sont que de pâles copies.

Grâce aux africains, Vincent Bolloré est depuis récemment rentré dans le cercle très restreint des 10 plus grosses fortunes de France. Merci qui? Il est impératif de se délivrer de cette dépendance coupable, si on a encore un peu d’amour et de vision pour le continent africain. Il existe des offres locales moins aliénantes et moins coûteuses, mais surtout à capitaux africains qui valorisent mieux nos réalités historiques et culturelles et contribuent à l’essor économique de l’Afrique.

Il est également vital pour le continent qu’émergent des promoteurs panafricains dans l’âme qui créeront des médias aux contenus valorisant réellement l’Afrique, ce qui servira d’alternative à toutes les chaînes fallacieusement étiquetée "africaines" mais qui en réalité ne sont que des suppôts de la propagande culturelle occidentale. Arrêtons de vilipender l’Afrique pendant que nous constituons chacun, individuellement, le cœur du problème, et donc de la solution.

Paul ELLA Président AFRICAN REVIVAL

africanrevival2020@gmail.com 

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