Bénin : trois femmes transgenres frappées et forcées de se dénuder dans un bar de Cotonou
BÉNIN :: SOCIETE

BÉNIN :: Bénin : trois femmes transgenres frappées et forcées de se dénuder dans un bar de Cotonou :: BENIN

Une série de vidéos montrant trois femmes transgenres être frappées et harcelées dans un bar dans la capitale économique béninoise Cotonou sont devenues virales sur les réseaux sociaux depuis le 1er mai 2021. Les victimes, choquées, se trouvent désormais à l’abri dans un refuge qui héberge des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et queer (LGBTQ). Selon nos Observateurs, la discrimination généralisée contre les personnes transgenres au Bénin s’est intensifiée pendant la pandémie de Covid-19. 

Dans ces vidéos prises au “Sunset Bar” à Cotonou dans la nuit du 30 avril au 1er mai, les trois femmes transgenres sont humiliées devant une foule d’hommes qui les obligent à se déshabiller et à exposer leurs parties génitales. Les victimes sont également giflées et insultées alors que leurs bourreaux prennent des vidéos de leurs corps déshabillés.

Le jour suivant, nous savions que c’en était fini de nos vies

L’une des victimes explique que cette séance d’humiliation a été organisée. “Mon homme savait que j’étais transgenre et m’a demandé d’inviter mes amies transgenres. Quand nous sommes arrivées, il m’a dit de sortir”, explique-t-elle à notre rédaction, avant de fondre en larmes et de laisser son amie, une des autres victimes, prendre le relais :

Ils ont bloqué deux d’entre nous dans le bar pendant que notre amie était dehors, sans que nous le sachions à ce moment-là, ils ont commencé à la frapper. Ils lui ont même jeté une bouteille sur le cou. Lorsque nous avons réussi à sortir pour aller aider notre amie, ils ont commencé à nous attaquer, toutes les trois. Ils étaient environ 200 hommes et là, ils nous ont forcées à nous déshabiller et ils riaient en nous filmant. C’était humiliant.

Les images de cette agression sont devenues virales sur les réseaux sociaux au Bénin. Le réseau Afrique Occident Solidaire, qui regroupe plus de 159 organisations LGBTQ du continent africain dans un groupe WhatsApp, a interpellé Facebook pour faire retirer du réseau social les vidéos de ces violences. 

Après l’agression, les trois victimes ont réussi à prendre la fuite et trouver un abri dans un refuge de l’ONG Hirondelle Club Bénin, qui défend les droits des LGBTQ : 

Nous avons fui et nous sommes en sécurité ici, dans le refuge. Mais lorsque nous nous sommes réveillées le jour suivant, nous savions que c’en était fini de nos vies. En 24 heures, tout le pays avait vu nos vidéos. Nous ne trouverons jamais de boulot. Tout le monde est contre nous. Même les jeunes enfants dans la rue nous pointent du doigt. 

La pandémie a créé "une véritable crise" pour la communauté transgenre du Bénin

Les violences et les abus contre les personnes trans ont augmenté pendant la pandémie, beaucoup étant accusées d'avoir causé Covid-19. Pour pouvoir accueillir le nombre croissant de personnes LGBTQ rejetées de leur famille, Hirondelle Club Bénin a ouvert un nouveau refuge l'année dernière.

Luc Expedit a créé cette association avec un groupe d’amis en mars 2013 après qu’un homosexuel a été tué par son père à Cotonou. L’ONG vise à sensibiliser et à démystifier les préjugés sur les personnes LGBTQ afin de prévenir les violences homophobes. Le groupe fournit également à des dizaines de victimes LGBTQ un abri et de la nourriture, ainsi qu'un soutien psychologique et juridique. 

Pour Luc Expedit, les violences contre les personnes LGBTQ ont augmenté avec la pandémie : 

Nous avons déposé plainte, nous voulons que justice soit faite pour ces actes horribles et inhumains. Nous n'abandonnerons pas tant que justice ne sera pas rendue.

Chaque fois qu’il y a une maladie sur le continent africaine, les personnes LGBTQ sont accusées. J’ai entendu une femme à l’extérieur de notre refuge dire que pour se débarrasser du Covid-19, il fallait éliminer tous les homosexuels. Les gens n’étaient pas très tolérants avant, mais maintenant nous sommes confrontés à une véritable crise. La situation est très dangereuse pour les personnes LGBTQ mais elle l’est aussi pour ceux qui les soutiennent.

Au Bénin, l’homosexualité n’est pas criminalisée, contrairement à ce qu’il se passe dans les pays voisins comme le Togo, le Ghana, le Cameroun ou le Nigeria.

Cependant, les minorités sexuelles béninoises signalent régulièrement des persécutions à leur encontre. Le code pénal actuel du pays, qui date de 1947, fixe l’âge du consentement sexuel à 13 ans pour les hétérosexuels et à 21 ans pour les homosexuels. Par conséquent, ceux qui commettent des actes sexuels entre personnes de même sexe avant l'âge de 21 ans risquent entre six mois et trois ans de prison.

Je n’ai pas peur de la mort, il me serait impossible de défendre cette cause si c’était le cas. De nombreuses personnes en Afrique pensent que la transidentité est un concept "occidental" et que ces pratiques n’existaient pas sur le continent avant que des hommes blancs l’importent. C’est un mythe, les personnes transgenres ont toujours existé, c’est quelque chose de naturel. Le continent est très en retard en termes d’éducation sur ce que cela signifie d’être une personne LGBTQ. 

Au Bénin, l’homosexualité n’est pas criminalisée, contrairement à ce qu’il se passe dans les pays voisins comme le Togo, le Ghana, le Cameroun ou le Nigeria.

Cependant, les minorités sexuelles béninoises signalent régulièrement des persécutions à leur encontre. Le code pénal actuel du pays, qui date de 1947, fixe l’âge du consentement sexuel à 13 ans pour les hétérosexuels et à 21 ans pour les homosexuels. Par conséquent, ceux qui commettent des actes sexuels entre personnes de même sexe avant l'âge de 21 ans risquent entre six mois et trois ans de prison.

Lire aussi dans la rubrique SOCIETE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo

L'actualité en vidéo