Sommet France-Afrique : Passe d’arme entre Gaston Kelman et Achille Mbembe
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L’écrivain et le philosophe, camerounais d’origine, défendent des visions opposées quant à la redéfinition de la relation entre l’hexagone et le berceau de l’humanité, dans la perspective du Sommet de Montpellier du 9 au 10 juillet. Un débat à distance relayé par l’hebdomadaire de la rue d’Auteuil. 

« On avait fourré dans sa pauvre cervelle qu’une fatalité pesait sur lui ; qu’il n’avait pas puissance sur son propre destin. » Rappelle d’emblée Gaston Kelman, citant Aimé Césaire dans Cahier d’un retour au pays natal, le poème de l’écrivain et penseur martiniquais, dont la 2è édition est parue en 1956 chez Présence africaine. L’auteur de « Je suis Noir et je n’aime pas le manioc » poursuit : « Nous y sommes tous, à des degrés divers. Nous y sommes tous, l’intellectuel plus que les autres. Nous y sommes tous, mais beaucoup n’en sont pas conscients.Quels préalables conduisent l’intellectuel africain à croire au messianisme de la France sur le destin de l’Afrique ! ». 

Cet étonnement,  Gaston Kelman le marque dans l’édition en ligne du 30 avril 2021 de l’hebdomadaire jeuneafrique.com. Sous le titre assez évocateur de « Sommet France-Afrique, le rendez-vous de la françafrique intellectuelle », l’écrivain fait écho à une interview d’Achille Mbembe, le 21 mars 2021, dans les colonnes du même journal dont le titre « Pourquoi j’ai accepté de travailler avec Emmanuel Macron » tente de justifier l’accord du philosophe camerounais pour diriger une mission visant à préparer le prochain Sommet France-Afrique qui doit se tenir les 9 et 10 juillet 2021 à Montpellier, dans l’Hérault. 

« Redéfinir les fondamentaux »

« Depuis 2017, le président Emmanuel Macron a constamment affiché sa volonté de redéfinir ce qu’il appelle « les fondamentaux de la relation entre l’Afrique et la France », note l’auteur de Brutalisme pour expliquer son changement de posture lui qui n’a jamais eu de mots assez durs pour dénoncer l’état de la relation entre la France et l’Afrique indépendante, précisant au sujet du locataire de l’Elysée : « Il a posé un certain nombre d’actes dont chacun est libre d’apprécier la teneur. Par exemple, il a demandé à Felwine Sarr et Bénédicte Savoy un rapport sur la restitution des objets d’art africains qui a fait date. À N’Goné Fall, il a confié la conception et la réalisation de la Saison Africa 2020. Il a entrouvert la digue du franc CFA, même si beaucoup estiment que c’est au prix d’un sabotage de l’eco. Sur l’éventuelle implication de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda, il a également fait un pas, et l’on attend la publication du rapport qu’il a commandé ». 

Soit ! Mais l’Afrique manque-t-elle de personnalités capables de prendre l’initiative de fixer le nouveau cadre de la relation avec la France ? C’est en substance la question que se posent Gaston Kelman, Daniel Etounga Manguele qui s’interroge : « La  Françafrique est-elle une science ?» et bien d’autres encore. Un intellectuel est caractérisé par une activité basée sur l'exercice de l'esprit, un engagement dans la sphère publique pour faire part de ses analyses et réflexions, de ses points de vue sur les sujets les plus variés ou pour défendre des valeurs tout en n’assumant pas, d’une manière générale, de responsabilité directe dans les affaires pratiques, quoique disposant d’une forme d’autorité qui lui confère un certain pouvoir. Si tel est le cas, il doit assumer totalement sa posture d’intellectuel organique qui en pâtira sûrement des dysfonctionnements éventuels. 

Et l’initiative africaine dans tout ça ?

A lire cette passe d’arme entre les deux intellectuels d’origine camerounaise parmi les plus suivis, ces dernières années, il ne fait aucun doute, la nouvelle relation entre la France et l’Afrique, voulue par le président Emmanuel Macron, ne laisse personne insensible. On peut même dire qu’elle interpelle particulièrement des analystes et producteurs d’idées du pays de Mongo Beti. Et la question n’est pas de savoir pourquoi. Le rapport de la France avec ses anciennes colonies a toujours interrogé bien au-delà des seuls historiens, sociologues, philosophes et autres spécialistes de quelque domaine que ce soit. 

Relisons Le Vieux nègre et la médaille de Léopold Ferdinand Oyono, Le Mandat de Sembène Ousmane, Ville cruelle de Eza Boto ou encore Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon, pour ne citer que ceuxlà, et nous nous rendrons compte de la permanence de cette préoccupation. L’engagement des intellectuels n’a jamais fait défaut en la matière. L’engagement des Africains d’origine dans des gouvernements,en France, non plus. François Mitterrand, à son époque, a eu comme secrétaire d’Etat chargé de l'Intégration auprès du ministre des Affaires sociales et de l’intégration de 1991 à 1993, le togolais d’origine Kofi Yamgnane, alors maire de Saint-Coulitz tout comme Rama Yade, sénégalaise d’origine, a été secrétaire d’Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme, de 2007 à 2009, secrétaire d'État chargée des Sports jusqu'en 2010 dans le gouvernement Fillon II, puis ambassadrice de la France à l'Unesco, sans oublier Gaston Kelman, conseiller chargé de l'Identité nationale auprès du ministre Eric Besson, en juillet 2009. 

L’expérience montre que cela n’a pas suffi à changer le regard que la France porte sur l’Afrique ayant surtout servi de faire valoir, de caution politico-électoraliste.  Ne pas inviter les chefs d’Etat africains au prochain Sommet France-Afrique à Montpellier, les 9 et 10 juillet, ne saurait être considéré comme un signe décisif de changement de paradigme des liens entre les deux entités. Surtout que le président Macron lui y sera. Si l’initiative de la refonte venait de l’Afrique et des Africains eux-mêmes, les contours de la nouvelle relation que nous appelons de tous nos voeux seraient certainement mieux dessinés.

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