Covid-19 à Kondengui : Les révélations fracassantes de Bibou Nissack
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Le porte-parole de Maurice Kamto, Conseiller du président national du MRC en charge des questions liées au panafricanisme, membre du Directoire national de ce parti, livre sans complaisance, la situation sanitaire dans cette maison d’arrêt au moment où dame Covid-19 fait des ravages.

Dans une description poignante des lieux, on se surprend parfois pris par un haut-le-cœur, en remerciant sur le coup le ciel pour sa grâce infinie sur les vies coincées dans la promiscuité en cette période difficile. Il avoue qu’avec la nouvelle, plus en plus en asymptomatique, il n’y a pas eu de test massif sur les 3000 détenus qui peuplent les lieux. May day ! May day ! « Il faut dire que la Prison centrale de Yaoundé-Kondengui est un miroir grossissant du Cameroun. Elle est en soi un concentré de nos qualités et de nos défauts au plan sanitaire. Ce que je dis ici au sujet de ce pénitencier vaut tout autant d’ailleurs pour toutes les autres prisons dans lesquelles se retrouvent ou non les détenus politiques du MRC. Ici à Kondengui, à quelques exceptions notoires près, je dois avouer tout de go que malgré la bonne foi indiscutable du personnel de santé en particulier, et en général de l’essentiel des administrateurs et gardes de prison, je n’ai pas le sentiment de façon empirique que les allocations nécessaires en ressources humaines, matérielles et financières sont suffisamment dégagées pour permettre une prise en charge efficiente et efficace de la riposte anti Covid19 dans la prison.

D’abord nous sommes ici ordinairement en situation de surpopulation carcérale, à savoir dans une prison conçue pour accueillir moins de 1000 personnes pour les uns et moins de 1500 personnes pour les autres, mais qui est aujourd’hui constituée d’une population de plus de 3000 personnes. C’est ahurissant !! Cependant cela donne une idée de la promiscuité et du taux de contamination ou de propagation potentiellement élevé de Covid19 dans le pénitencier. À la vue de la surpopulation carcérale qui est celle de la prison centrale de Yaoundé-Nkondengui, c’est en soi une bizarrerie que de parler encore d’une « infirmerie de la Prison Centrale » là où en réalité on devrait parler sinon d’un « hôpital » équivalent à celui « de district », ou alors tout au moins d’un CMA (Centre Médical d’Arrondissement). La conséquence est l’existence en quantité totalement insignifiante de lits d’hospitalisation, de matériel médical divers et de personnel. Le personnel de santé exerçant dans de telles conditions relève du giron de l’héroïsme et du miracle sanitaire permanent.

Des mesures et d’autres ont été prises dans la prison.

Pour symboliques qu’elles soient, elles sont pourtant loin de suffire hélas. Par exemple tous les nouveaux détenus qui arrivent font l’objet d’une mise en quarantaine suivie d’un test Covid19, avant toute affectation dans un quartier de la prison pour résidence. Un bon point. Autre bon point, c’est qu’il existe un espace dédié de mise en quarantaine. Bon point encore, est le fait que chaque cas suspect, de détenu en consultation ordinaire à l’infirmerie, donne lieu à un test quasi systématique Covid19 ; tests parfois étendus aux camarades de cellules des cas positifs. Ces mesures sont à féliciter et à encourager car de nombreux cas de Covid19 ont ainsi pu être détectés et envoyés en traitement à l’extérieur.

Par contre, là où le bât blesse, c’est que la salle dédiée principalement à la quarantaine est sommairement aménagée avec uniquement des seaux poubelles faisant office de latrines à ciel (plafond) ouvert. On y dort donc à même le sol et fait sans la moindre intimité ses besoins, au vu et au su de tous, dans la même pièce où tout le monde s’alimente et dort. C’est tellement répugnant que durant notre quarantaine j’ai pris soin, dans cette salle bondée, de ne quasiment pas m’alimenter afin d’éviter d’éprouver le besoin d’aller au petit coin. D’ailleurs comment trouver l’appétit dans une telle ambiance de recul d’humanité ?

En quarantaine donc, la promiscuité y est la règle et l’insalubrité le principe. On assure certes, et uniquement sur le principe, l’obligation d’observance de la quarantaine mais dans quelles conditions hygiéniques et sanitaire ? En outre, les détenus déjà dans la prison depuis la survenue de la vague actuelle de Covid19 n’ont pas fait l’objet de tests Covid19 à l’échelle de la prison. La situation exacte et les proportions de la présence du Covid19 ne peuvent donc être décrites avec précision par qui que ce soit. C’est ainsi par exemple que certaines indiscrétions font état de ce qu’il y a quelques semaines tout juste, le dernier contingent de prisonniers transférés de la Prison Centrale de Nkondengui pour la Prison de Yoko aurait donné lieu à la détection de plus d’une dizaine de cas de Covid19 après tests effectués sur les prisonniers à leur arrivée. Or ces prisonniers vivaient en toute liberté ici parmi nous.

Comment en l’absence d’un test général de l’ensemble des détenus savoir combien ont-ils contaminé et comment et par qui ont-ils été contaminés durant leur séjour carcéral ici ? Qui plus est, s’il est pris en compte dans le dépistage les cas suspects du fait des symptômes que présentent ces cas, quid des cas asymptomatiques ? Un jeune est mort brusquement il y a quelques jours. Qui sait si cette mort-subite n’était pas liée à un covid 19 asymptomatique ?!!! Avec cette seconde vague de Covid19 un test général des détenus afin de pouvoir ainsi enrayer la chaîne de contamination en isolant pour traitement général les personnes infectées n’est-il pas indispensable ? Une désinfection générale de la prison n’est-elle pas imaginable ?

Faut-il continuer comme c’est le cas à présent de faire des rotations de navettes prison-parquet(tribunal) en surchargeant comme de coutume les véhicules alloués à cette tâche ? Ne faut-il pas multiplier les navettes en fixant des quotas ou des paliers par voyage, de la prison au parquet et du parquet à la prison dans le respect d’un minimum de distanciation ? Et d’ailleurs est-il humain de transporter ordinairement les prisonniers et les garde-prisonniers parqués comme du bétail et ce y compris souvent dans des camions non aménagés pour le transport des personnes humaines ?!! Actuellement, dans un camion de transport affecté aux navettes prison-parquet, aussi bien les détenus dans leur section, que les gardiens dans la leur, sont debout sans aucun support d’appui, agglutinés les uns aux autres, et ballottés entre eux tout au long des trajets. Ceux qui se retrouvent dans les « cars Hiace », bien qu’assis, n’en mènent pas plus large pour autant, puisque ces détenus se retrouvent surchargés avec les gardes en rangées de cinq sur des banquettes déjà ordinairement réservées pour quatre. Toutes choses qui en période Covid19 sont précisément l’exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire. La surcharge ce n’est pas exactement ce qu’on peut décrire comme étant un geste(mesure)-barrière et ceci avec ou sans trait-d’union entre les mots !! Dans un tel contexte seule la providence explique que des hécatombes Covid19 ne soient pas encore observées dans la prison.

Plus grave, il a été pris des mesures dont le bien-fondé est difficilement compréhensible. En effet le droit inaliénable des visites à fait l’objet d’une violation inadmissible en donnant l’impression que Les visites ne s’harmonisent pas avec la prise en compte des mesures-barrières. Résultat des courses on a supprimé les sièges et bancs et les prétendues visites ont été ramenés à des exercices de passage de témoin. On arrive on prend son repas, ou alors on salue tout juste son visiteur, et on repart … cela ne se comprend pas. Pourquoi écorner le principe des visites plutôt que de veiller à sa sauvegarde par une observance draconienne des mesures-barrières ? Pourquoi ne pas simplement établir un calendrier, à titre exceptionnel et crise sanitaire oblige, qui rallonge de deux ou trois jours les visites en les réglementant en fonction ou des quartiers où alors de la moyenne habituelle des visites ? Un rallongement de jours garantirait une division réglementée par deux du volume de visiteurs. On aurait ainsi une plus grande certitude de respect minimal des mesures-barrières de distanciation durant des visites qui désormais se feraient exceptionnellement 6 jours/7 jours de la semaine, mais en fonction des quartiers où alors tout simplement d’un calendrier se fondant sur le volume des visites usuelles.

On pourrait donc avoir les visités du premier palier, celui de ceux recevant leurs visites aux jours habituels de Mardi, jeudi et dimanche. Le deuxième palier serait constitué, des jours supplémentaires affectés exceptionnellement aux visites durant le temps que sévit la pandémie Covid19. À défaut pourquoi ne pas simplement garder les visites aux jours établis, mais prendre le soin de multiplier par trois ou quatre le nombre de bancs ou de sièges dédiés aux visites ? Cela permettrait donc d’éviter de violer un principe de visites qui est non seulement un droit inaliénable pour les détenus, mais aussi un élément de régulation social puissant agissant positivement sur le moral des détenus. Ce moral dont la détérioration du peu que j’en ai appris ici, a souvent été le départ de situations graves et incontrôlables dans la prison. Idéalement une part de ce qui est ici suggéré comme mesures en formes d’interrogations, aurait parfaitement pu être le produit par exemple de fonds Covid19 alloués au département ministériel en charge des prisons, à savoir le Minjustice.

Il y aurait beaucoup à dire et redire sur cette question, mais le format présent ne permet hélas pas d’aller plus loin pour des besoins de concision. Il est en effet difficile de se montrer exhaustif sur cette question puisqu’en filigrane elle renvoie plus largement à la politique de santé publique en milieu carcéral. Chose quasiment inexistante dans notre Pays, dont il est bien connu qu’il est en soi un désert de politiques publiques sectorielles. Or en cette matière, ceux qui récoltent le feu des critiques car en front-office, le personnel carcéral et en particulier celui dédié à l’infirmerie, ne sont pas toujours, loin de là, les responsables de ce qui dysfonctionne. Je ne pense pas que la prison lance des appels d’offres en vue de son remplissement. Ceux qui remplissent en vain les prisons depuis les tribunaux doivent prendre leurs responsabilités, car en laissant aller à vau-l’eau cette institution hautement sensible qu’est celle judiciaire, par une administration suspecte et douteuse, le corollaire en est la surpopulation carcérale.

Or cette surpopulation est un danger réel et un catalyseur objectif de propagation de la Covid19. La sortie du Président Élu Maurice Kamto sur cette question il y a peu, résonne avec une force accrue. De toutes les façons, rien ne permet de comprendre que des personnes poursuivies ou simplement prévenues dans le cadre d’infractions bénignes se retrouvent en détention plutôt que soumises à d’autres types de pénalités, ou alors que celles présentant les garanties légales exigées ne puissent bénéficier des procédures en habeas corpus. Rien aussi ne permet de comprendre que nos prisons soient majoritairement pleines de prévenus non encore définitivement jugés, alors que la liberté, judiciairement parlant, est consacrée comme le principe et sa privation l’exception. Au Cameroun injuste de Paul Biya, il y a belle lurette que ce principe a été dévoyé et inversé, puisque dorénavant c’est l’emprisonnement le principe et la liberté l’exception.

Il est tout autant curieux de trouver dans les prisons des personnes victimes des errements de certains juges pouvant valablement concourir pour le prix de quincaillier de l’année, mais assurément pas pour celui de Magistrat !! De fait, au-delà d’une justice qui dysfonctionne, il y a plus grave encore, celle qui condamne ou retient captif l’innocent pour des raisons politiques ou en soumission aux pouvoirs d’argent voire du fait de toutes sortes de trafics d’influence abjectes. Je vois ici à Kondengui des gens accusés pour des motifs fallacieux dont certains responsables de la justice camerounaise inféodés au Régime-injuste Biya, ne peuvent nullement ignorer le caractère grotesque. Cependant Etoudi regarde et laisse prospérer cette incurie de certaines strates d’une justice injuste entre les mains de personnes usant dans certains cas de méthodes de truands. Manœuvres « magistralement » mafieuses, en vue de satisfaire des desseins inavoués en rupture de ban avec l’intérêt général et celui de la justice. C’est une honte nationale ! Or il faut mettre tout ceci en lien avec la réflexion à laquelle j’invitais les lecteurs de votre journal plus haut, à savoir quelle est la place que la méchanceté occupe dans le projet politique de Paul Biya. Oui ces choses traduisent le peu de considération que l’illégitimité « régime photo » Biya accorde aux vies et personnes humaines.

Quelle est la valeur d’un système judiciaire et carcéral dont l’un des buts est aussi la réhabilitation par la réinsertion sociale (resocialisation) post-carcérale, si ce système est en lui-même aussi méprisant de la vie humaine et autant affranchi des règles sociales, de celles de droit, et celles de simple humanisme ? Comment resocialiser quand l’outil de resocialisation déshumanise, est déshumanisé en soi, et est asocial en soi ? Ce système, fidèle au travers du Renouveau de Paul Biya, ne soigne donc pas la société, au contraire il en accroît les travers en les exacerbant !!!

Si le système veut punir des comportements asociaux en étant lui-même asocial quel résultat pouvons-nous en attendre ? Aucun de bon en tous cas !!!

Au fond et pour vous répondre une bonne fois pour toute, la Covid19 n’est pas une nouveauté au Cameroun, socialement parlant, elle a une figure tutélaire et un véhicule promotionnel. La première se nomme Paul Biya et le second se nomme le Renouveau, tous deux socles granitiques de l’illégitime régime-photo Biya. Une Covid19 originelle ».

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