Complexe d’Olembe : Le gouffre à sous
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A quelques semaines de l’arrivée des inspecteurs de la Caf annoncés au mois de mai, cette infrastructure ne présente toujours pas toutes les conditions d’homologation.

Le maitre d’ouvrage à l’oeuvre ! Le ministre des Sports et de l’Education physique a effectué, hier, 15 avril, une deuxième visite du chantier du complexe sportif d’Olembe, soit une semaine jour pour jour après la descente du 08 avril dernier consécutive aux révélations faites par la presse sur l’arrêt des travaux depuis trois mois. La visite de ce 15 avril était ponctuée d’une séance de travail au cours de laquelle la parole a été donnée aux entreprises qui font dans la sous-traitance. D’après celles-ci, c’est « l’absence de fonds conjuguée au manque de certains matériaux qui sont à l’origine du blocage ». 

Lors de sa descente du 08 avril 2021, Narcisse Mouelle Kombi a évoqué cet aspect, « Nous avons relevé ces derniers temps depuis le Chan, un ralentissement, une espèce de décélération dans le rythme des travaux qui préalablement étaient beaucoup plus soutenus. Il y a des causes à cela, l’une des causes majeures étant des problèmes de mise en place des financements. Vous savez que le président de la République a signé en février dernier un décret habilitant le ministre de l’Economie à engager des actions pour apporter des solutions complètes pour le financement ». Le patron des Sports a par ailleurs invité Magil à restaurer la confiance auprès des sous-traitants qui subissent les effets collatéraux de ce manque de financement. 

Dans cette symphonie, Franck Mathière, vice-président des opérations internationales de l’entreprise Magil qui promet la livraison du chantier au mois de novembre 2021 a indiqué que « le projet n’a pas été stoppé. L’opinion publique a créée des alarmes qui pour moi sont à justifier. Le chantier a toujours eu plus de 300 personnes, le chantier a connu des ralentissements mais encore une fois, le travail doit être fait dans les règles de l’art. Il y a des demandes de financements internationaux qui doivent être respectées. Le financement se fait en deux volets. L’appui international et local. Nous avons déjà mobilisé les sous-traitants pour rassurer sur le financement qui est apporté par la partie camerounaise » 

Arrêt des travaux

Pourtant, lorsque Magil prend possession du chantier le 03 décembre 2019, toutes les assurances sont données au Gouvernement sur la capacité de cette entreprise canadienne à apporter des financements pour livrer l’infrastructure dans des délais bien déterminés. Magil annonçait la livraison du stade principal en novembre 2020 ; les stades annexes en août 2020 ; l’hôtel et le Centre commercial en février 2021 ; les voiries et espaces verts en janvier 2021 ; le gymnase en novembre 2021 ; la piscine olympique en février 2022. 

« Les moyens sont un financement international apporté par le Groupe Magil. Et donc, ce financement est 100% approuvé par l’international. Nous n’attendons pas des fonds publics pour démarrer. Nous attendions la remise officielle des clés par le ministre, pour pouvoir démarrer officiellement. Dès maintenant nous allons commencer à travailler », rassurait Franck Mathiere, le 03 décembre 2019, lors de la prise en possession du chantier. Un discours diamétralement opposé à celui qu’il a tenu le 08 avril 2021. Selon nos informations, Magil a déjà investi près de 10 millions de dollars pour faire avancer les travaux jusqu’au niveau où ils se trouvent actuellement. Sauf que cette entreprise a commencé à exiger le payement des sommes correspondantes à l’engagement du maître d’ouvrage, qui est l’Etat du Cameroun. Or, le Cameroun a obtenu de certaines banques européennes un prêt de 55 milliards FCfa destinés à l’achèvement des travaux de ce Complexe sportif d’Olembe. Sauf que Magil a exigé une avance de 6 milliards FCfa, à domicilier dans une banque canadienne, au point d’arrêter les travaux depuis trois mois. Entretemps, environ 40 sous-traitants, tout comme les fournisseurs camerounais ont des ardoises non soldées par Magil. Lesquels ont pourtant terminé leurs prestations. 

Zones d’ombre

Au mois de février dernier, le président de la république a signé un décret habillant le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) à formaliser une nouvelle convention de prêt de 55 milliards Fcfa pour le « financement du projet d’achèvement de construction » de cette infrastructure. Ce nouvel emprunt porte à 218 milliards de Fcfa le montant total des accords de financement obtenus pour ce complexe. Or, son coût initial, rendu public, était de 163 milliards de Fcfa lors de la signature de la convention en 2015 entre l’entreprise italienne Piccini et le gouvernement camerounais. 

Ce budget avait déjà été bouclé à travers trois conventions de prêt signées en août 2016 avec les banques nigérianes UBA (24,5 milliards) et italienne Intesa Sanpaolo  (138, 538 milliards). Toutes ces levées de fonds n’ont été rendues publiques par les établissements bancaires, encore moins par la partie camerounaise. D’après des documents, le crédit de la banque UBA a été totalement débloqué. Mais des zones d’ombre demeurent sur le sort du financement obtenu de Intesa Sanpaolo, ce d’autant plus que Cyrille Tolo a toujours accusé l’entreprise italienne de retenir des dizaines de milliards Fcfa dans cette banque. 

En principe, la résiliation du contrat avec le constructeur italien aurait donc dû entrainer la fermeture de la ligne de « crédit acheteur » de 111,5 milliards ouverte auprès de Intesa Sanpaolo, et la suspension du décompte des décaissements, explique le journal en ligne Investir au Cameroun. Néanmoins, fin 2020, le Parlement adopte la rallonge budgétaire de plus de 55 milliards de Fcfa pour la « poursuite des travaux de construction du complexe sportif d’Olembe » contenu dans le cadre de dépenses à moyen terme (Cdmt) 2021-2023 du Minsep qui accompagne le projet de loi de finances 2021. C’est sur cette loi que s’appuie Paul Biya pour prendre le décret habilitant le Minepat à signer la convention de prêt. Pour 2021, la loi de finances a d’ailleurs prévu d’injecter 16 milliards de Fcfa dans ce projet, soit un milliard en ressources propres et 15 milliards en ressources extérieures. 

Ce que l’on sait à ce jour c’est que les « financements obtenus de Intesa Sanpaolo font l’objet de deux accords de financement distincts, figurant dans la liste des 243 conventions de prêts annexée à la loi de finances 2021 : un « crédit commercial » de 27,027 milliards de Fcfa et un « crédit acheteur » d’un montant de près de 111,52 milliards de Fcfa. Dans ce dernier type d’accord, encore appelé « crédit export », le partenaire financier s’engage à mettre à la disposition de l’emprunteur les fonds nécessaires pour régler un fournisseur précis. Dans le cas d’espèce, Intesa Sanpaolo s’engageait à mettre à la disposition de l’État du Cameroun des fonds nécessaires pour régler Piccini, adjudicataire du marché de construction du complexe d’Olembé », renchérit Investir au Cameroun. 

Suite à la publication de l’acte réglementaire du président de la République autorisant ce prêt de 55 milliards Fcfa, l’entreprise italienne a réagi par ces propos, « afin de récupérer les 15 mois perdus, nous avons été contraint, à la demande du maître d’ouvrage, en accord avec le gouvernement Camerounais de pré fabriquer en Italie l’ensemble du matériel en béton armé nécessaire à la construction du complexe sportif d’Olembé et ensuite acheminer le tout au Cameroun par bateau. Du point de vue logistique, cette opération de transport de préfabriqués a été considérée comme la plus importante de l’histoire contemporaine. Avec l’accord express du maitre d’ouvrage, cette opération exceptionnelle a entièrement été préfinancée par Gruppo Piccini ». 

« Le contrat de Piccini a été résilié suite à un différend avec l’Etat portant sur 28 milliards de Fcfa pour de prétendus travaux supplémentaires. Une réclamation à laquelle l’Etat ne pouvait pas légalement donner suite, faute d’éléments probants et en violation des règles des marchés publics qui prévoient que de telles revendications soient examinées après l’exécution du contrat », déclarait Mouelle Kombi. 

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