Tchad : incursion rebelle en pleine présidentielle
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Tchad : incursion rebelle en pleine présidentielle :: CHAD

Ponctuée d’épisodes de rébellions armées venues du Nord, de la Libye ou du Soudan voisin, l’histoire du Tchad a encore bégayé le week-end dernier.

« Plusieurs colonnes de véhicules, lourdement armés, en provenance de Libye, ont fait une incursion à l'intérieur du Tchad pour attaquer » dimanche « le poste frontalier de douane de Zouarké », dans la province du Tibesti, à environ 1 000 kilomètres de la capitale N'Djamena, selon un communiqué du porte-parole du gouvernement. Le gouvernement tchadien a assuré que la « situation est entièrement sous contrôle » après une incursion de rebelles dans le nord du pays, en pleine tenue de l'élection présidentielle que le maréchal-président Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 30 ans, est assuré de remporter. « Fixés et traités par l'aviation de l'armée de l'air tchadienne », les rebelles « sont en débandade et pourchassés par nos vaillantes forces de défense et de sécurité », a-t-il affirmé, assurant que « la situation est entièrement sous contrôle ».

Des affrontements réguliers depuis longtemps

L'armée tchadienne avait auparavant expliqué que les rebelles observaient « une stratégie de l'évitement avec les forces de défense et de sécurité ». « Pour le moment, il n'y a pas d'affrontement entre les rebelles et les forces gouvernementales », a déclaré mardi à l'AFP un cadre de la province du Tibesti, sous le couvert de l'anonymat. « Ils se voient de loin, mais évitent la confrontation directe, l'armée craint de tomber dans une embuscade qui pourrait être tendue par des rebelles dissimulés dans la zone », a-t-il poursuivi. Zouarké est située à environ 400 kilomètres au nord-est de Faya-Largeau, importante ville garnison du Nord tchadien. Dans le massif du Tibesti (Nord) et à la frontière avec la Libye, des rebelles affrontent régulièrement l'armée tchadienne. En février 2019, venus de Libye pour tenter de renverser le président Idriss Déby Itno, ils avaient été stoppés par des bombardements français sur demande de N'Djamena. En février 2008, une attaque rebelle avait déjà atteint les portes du palais présidentiel, avant d'être repoussée grâce au soutien français.

« Stricte neutralité » française

Sollicité par l'AFP, l'état-major des armées françaises a refusé de confirmer des rumeurs évoquant une intervention, aux côtés de l'armée tchadienne, de la force antidjihadiste Barkhane, dont le siège se trouve à N'Djamena, et qui opère au Niger, au Mali et au Burkina Faso, autres pays de la bande sahélienne. « Comme dans les autres pays où nous sommes présents et engagés, nous suivons la situation avec attention dans le nord du Tchad. Mais l'armée française n'a procédé à aucune frappe aérienne au Tchad », a indiqué l'état-major.

Implication du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT)

Le Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), un groupe politico-militaire tchadien à dominante gorane, une ethnie saharienne, a revendiqué, dimanche soir, les prises de plusieurs garnisons, notamment Wour et Zouarké, « tombées sans résistance », selon lui. Le FACT, né en avril 2016 d'une scission de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), qui avait mené les offensives de 2008 sur N'Djamena, est basé en Libye, où il a conclu un accord de non-agression avec le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen. Son chef, Mahamat Mahdi Ali, a appelé dimanche les Tchadiens à « maintenir la dynamique de la pression sur la dictature » et à « aider les combattants du FACT à libérer » leur « patrie ». « Surtout, l'occasion est unique pour les amis du Tchad de garder une posture de stricte neutralité dans les affaires tchado-tchadiennes », a-t-il ajouté, faisant implicitement référence à l'armée française, intervenue plusieurs fois ces dernières années pour sauver Idriss Déby Itno, leur allié dans la région, de la menace rebelle du nord du pays. « Mahamat Mahdi Ali a toujours dit que l'option militaire était la seule laissée à l'opposition tchadienne à cause de l'absence d'alternative politique », a déclaré à l'AFP Jérôme Tubiana, chercheur spécialiste du Tchad, qui estime que le FACT est « composé de plusieurs milliers d'hommes ».

Une attaque au moment de la présidentielle

Cette incursion a coïncidé avec l'élection présidentielle que le maréchal-président Déby, au pouvoir depuis 30 ans, est assuré de remporter. Alors que les résultats sont encore compilés par la commission électorale tchadienne, les observateurs de l'Union africaine (UA), de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) et de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) se sont dits, mardi, satisfaits de la présidentielle. Le peuple tchadien a voté « dans la sérénité », a conclu l'UA. Le maréchal Déby a fait campagne principalement sur la « paix et la sécurité », dont il dit être l'artisan, dans son pays, mais aussi dans une région tourmentée : le Tchad, enclavé entre la Libye, le Soudan, la Centrafrique entre autres, est un contributeur de poids à la guerre contre les djihadistes au Sahel, en projetant des troupes aguerries jusqu'au Mali et parfois au Nigeria. L'histoire du Tchad indépendant est ponctuée d'épisodes de rébellions armées venues du Nord, de la Libye ou du Soudan voisin. Idriss Déby est lui-même arrivé au pouvoir en 1990 à la tête de forces rebelles ayant foncé sur N'Djamena.

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