Dieudonné Essomba : Ces multiples audits n’excluent pas un audit indépendant
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L’économiste redoute que le contrôle des institutions financières multilatérales soit plus étroit à l’avenir, si les soupçons de malversations se confirmaient.

Si les soupçons de malversations financières autour de la gestion des fonds Covid étaient confirmés, quel impact cela pourrait avoir sur les rapports avec le Fmi ? 
Le gouvernement devrait alors réprimer sévèrement ces  infractions et revoir ses méthodes de gestion, pour essayer de s’amender auprès de ces institutions. En tout état de cause, cette situation créerait un dangereux précédent de mauvaise gestion qui va fragiliser davantage l’autonomie du gouvernement dans la gestion des fonds que ces institutions nous allouent. Nous n’aurons désormais que très peu de marge dans nos choix de gestion et le contrôle sera plus étroit qu’auparavant, car, malheureusement, nous nous serons révélés comme de mauvais gestionnaires. 

Plusieurs audits ont été commandés, à tel point que les institutions se marchent sur les pieds pour la même mission. Ne fallait-il pas confier cet audit à un cabinet indépendant ?
Cela dépend, puisqu’il y a beaucoup d’acteurs aux statuts différents. Par exemple, le ministère de la Santé publique est soumis au contrôle du Contrôle supérieur de l’Etat et il est normal que celui-ci assume ses missions. Mais ces multiples audits n’excluent pas le recours à un audit indépendant qui pourrait d’ailleurs dévoiler les dysfonctionnements sur la conception même des interventions, bien au-delà des détournements de fonds que tout le monde voit. 

Beaucoup estiment que le gouvernement, au lieu d'impliquer toutes les administrations dans la riposte  en fractionnant le budget alloué à cette cause, aurait dû centraliser la lutte au niveau du seul ministère de la Santé publique pour plus de traçabilité...
Il est très facile de faire des leçons a posteriori. Mais les choses sont plus complexes. La COVID est un phénomène social entier, qui déborde largement le simple cadre de la santé publique, puisqu’il affecte l’Economie, le social, voire le politique. Il était difficile, de manière opérationnelle, de faire reposer sur les seules épaules du Ministère de la Santé le grand nombre d’interventions hétérogènes et hétéroclites requises pour y faire front. 

Est-ce que vous pensez comme certains dans l'opinion, position du reste soutenue par le député Nintcheu, que la gestion du Covid-19 du point de vue financier est un grand flop ? 
On a mobilisé les ressources pour contenir la COVID-19. Et d’après les données fournies par le ministère de la Santé, la pandémie est relativement maîtrisée, par rapport à beaucoup d’autres pays. On ne peut pas parler de flop lorsque les résultats attendus ont été atteints ! Il ne faut pas mélanger les préoccupations morales et politiques avec les missions de service public. 

Qu'est-ce qui peut être envisagé pour sauver les meubles?
Dans le cas d’espèce, je n’ai pas grand-chose à dire sur la gouvernance de cette pandémie. Une fois de plus, c’est facile de critiquer a posteriori, quand les choses se sont déjà passées. Mais il était difficile de dire a priori ce qu’il eût fallu faire. De multiples atermoiements sont venus de la nouveauté de la pandémie, de la difficulté d’anticiper ses évolutions et l’absence des précédents qui auraient pu fournir une base de référence pour prendre des décisions éclairées. Je crois pour ma part que pour ce genre de situation, c’est le résultat seul qui compte. Si ce résultat est positif, tant mieux, s’il est positif, on passe à autre chose. Pas besoin de chercher la petite bête. 

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