Dynamique unitaire de l’Opposition au Cameroun: Déclaration épitaphe de Génération 90
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Dynamique unitaire de l’Opposition au Cameroun: Déclaration épitaphe de Génération 90 :: CAMEROON

EPITAPHE : GENERATION 90 se joint à toute la Nation camerounaise, à la communauté catholique universelle pour rendre hommage au Cardinal Christian Tumi, décédé dans la nuit du 2 au 3 avril 2021. Homme de paix et républicain dans l’âme, les lanternes qu’il a allumées doivent éclairer notre quête de rétablissement et de consolidation de l’unité nationale dans le respect de la diversité omnidimensionnelle du peuple africain.

Génération-90 appelle toutes les forces politiques et sociales, au Cameroun comme dans la diaspora à répondre à l’appel du 31 mars 2021 en (i) s’inscrivant dans la liste des membres de cette dynamique et  en (ii) partageant leurs analyses et propositions pour la mise en place d’un système électoral consensuel au Cameroun.

Le Contexte

Depuis plusieurs années maintenant, le Cameroun vit empêtré dans  des crises qui se multiplient et se nourrissent mutuellement. 
Sur le plan politique, les élections législatives et régionales organisées dans un climat de défiance avec des organes discréditées ont ajouté à la crise de légitimité des institutions républicaines sans y apporter de solutions. La représentation nationale au parlement se montre incapable d’influer sur les politiques du gouvernement dont l’inefficacité pousse le pays chaque jour un peu plus dans le marasme. 

Le pays continue à compter les charniers et les destructions associées à la guerre civile dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Sans oublier les ravages continus du groupe islamiste Boko Haram dans plusieurs localités du septentrion.  A ces tragédies s’est greffée la pandémie du COVID-19 dont la gestion non planifiée et l’opacité dans les stratégies de réponse du Gouvernement plongent le pays dans le doute devant l’ampleur des cas signalés, la cascade des décès et l’absence de moyens de protection ou de soins pour les populations affectées. 

Le Chef de l’Etat lui—même, garant de l’intégrité territoriale, de l’unité nationale, de la sécurité des personnes et des biens se fait absent au moment où le peuple a besoin d’une parole forte portée par son plus haut serviteur pour se mettre en ordre de réponse et reprendre son destin en main. Le peuple attend une alternative de quelque côté qu’elle vienne.

C’est dans ce contexte que des mouvements de l’Opposition ont décidé de rompre avec cette inertie en initiant une dynamique de rassemblement.

En effet, et ce n’était pas un « poisson d’avril » de mauvais goût, le 31 mars 2021 s’est tenue à la résidence personnelle du leader de l’Union Démocratique du Cameroun (UDC), une réunion de plusieurs mouvements politiques. Selon le communiqué final ayant sanctionné cette rencontre, les partis politiques suivants ont pris part à ces assises : UMS (Kwemo Pierre), USDP (Prince Ekosso), SDF (Joshua Osih), PCRN (Cabral Libii), MP (Dzipan Hilaire), UDC (Tomaïno Ndam Njoya) et MRC (Kamto Maurice).

Cette rencontre semble motivée par la volonté de ces mouvements de mutualiser leurs énergies pour proposer des solutions aux principaux maux du pays dont le plus important est l’absence d’un système électoral dont le déploiement permettrait de doter nos institutions de représentants légitimes.

C’est du moins ce qui ressort de l’exposé des motifs inscrit dans le communiqué final. Ainsi peut-on lire : « Conscients qu’un système électoral accepté et partagé par tous est garant d’un jeu démocratique crédible, juste, équitable, transparent et pacifique dans une nation… ». Un code électoral consensuel est donc l’objectif visé. La démarche adoptée est celle de l’unité ou du moins, du rassemblement : « avons décidé de travailler ensemble dans un cadre républicain inclusif avec toutes les parties prenantes du jeu démocratique, afin de mettre en place un système électoral nouveau ou amendé pour la stabilité et la prospérité de notre pays » indique le communiqué.

L’analyse de GENERATION-90

En choisissant de placer la question d’un système électoral consensuel au centre de ses préoccupations, le groupe à l’initiative de la réunion du 31 mars 2021 semble avoir touché un point qui fait pratiquement l’unanimité au sein de l’ensemble des forces politiques et sociales du Cameroun, y compris auprès de certaines franges du parti au pouvoir et du Gouvernement lui-même. Ainsi, GENERATION 90 constate alors que :

1.L’initiative regroupe des partis politiques siégeant dans les institutions publiques et ceux non représentés à l’Assemblée nationale ;

2.La dynamique reste ouverte et le communiqué invite tous les autres partis politiques, organisations et personnalités de la société civile souhaitant prendre part à cette dynamique d’ensemble, de se référer au Secrétariat technique mis en place à cet effet ;

3.Les forces politiques y ont été représentées au plus haut niveau de leur organigramme interne ;

4.Le RDPC lui-même se borne à rappeler l’appel d’ELECAM, et le Parlement comme destinataire ultime de toute proposition visant à réviser le code électoral. Dans le fond, il ne se prononce pas contre l’initiative ;

5.De l’ensemble des médias et des réseaux sociaux, se forme une tendance lourde. Nul ne remet en cause l’importance et l'urgence d’une réforme du système électoral. On s’interroge tout au plus sur la sincérité, l’engagement et la détermination des acteurs de cette dynamique au regard notamment des expériences passées, dans une réaction de chat échaudé à la vue de l’eau froide ;

6.Du côté des initiateurs de la dynamique, on note une volonté d’aller vers des actions concrètes avec un début de calendrier. Ainsi, tous les acteurs sans exclusive sont invités à fournir leurs contributions au Secrétariat technique avant le 15 avril 2021. Une adresse électronique est fournie à cet effet.

Toutefois, GENERATION 90 note, pour s’en préoccuper que :
7.Comme à son habitude, le gouvernement, à travers son administration territoriale a tenté de répondre par la force et les voies de fait administratives, à cette initiative citoyenne, républicaine et pacifique ;

8.Une force politique aussi importante que  Stand Up For Cameroon (SUFC) n’a pas pris part à cette initiative. Cela n’est pas pour surprendre puisque dans son approche fondamentale, SUFC milite pour un changement systémique, remettant tout le système à plat à travers une transition politique de renaissance institutionnelle primordiale ; note cependant que cette approche de rupture systémique ne doit pas empêcher SUFC de prendre toute sa place dans les dynamiques de rassemblement visant à faire avancer tel ou tel point de la transition politique souhaitée;

9.Il y existe de nombreuses autres forces politiques encore en dehors de cette initiative et qui ne se sont pas à ce jour prononcées sur le fond ni sur la forme de cette dynamique ;

10.Aucun détail n’est fourni ni sur la localisation, ni sur la composition et les fonctions précises du Secrétariat technique censé recevoir les autres forces politiques et sociales désireuses de se joindre à la dynamique ;

11.Aucune indication claire non plus sur le sort qui sera réservé aux contributions reçues, et notamment comment la proposition consolidée trouvera son chemin dans le labyrinthe de la procédure législative ;

12.Dans un monde où les nouvelles technologies de l’information et de la communication se banalisent, un site Internet avec une adresse électronique sécurisée aurait ajouté à l’efficacité  de l’initiative tout en offrant un élément d ‘interactivité ;
13.Si la mise en place d’un système électoral consensuel est une question importante au Cameroun, l’une des urgences les plus pressantes est la fin de la guerre qui sévit dans les régions anglophones du pays. Cette urgence est également trans-partisane et seules les modalités pour y arriver divisent. 

Au regard de ce qui précède, GENERATION-90 :

1.Sur la consolidation de cette dynamique unitaire
 
-Appelle toutes les forces politiques et sociales, au Cameroun comme dans la diaspora à répondre à l’appel du 31 mars 2021 en (i) s’inscrivant dans la liste des membres de cette dynamique et  en (ii) partageant leurs analyses et propositions pour la mise en place d’un système électoral consensuel au Cameroun ;
-Appelle les forces politiques membres de cette dynamique à poursuivre l’élargissement de ce rassemblement à d’autres forces politiques, aux forces sociales, aux organisations citoyennes et à la diaspora;

-Appelle toutes les forces politiques membres de cette dynamique et siégeant dans les institutions à divers niveaux, ainsi que le RDPC lui-même, à porter le fruit de cette concertation dans la procédure législative afin qu’il soit acté et intégré dans la législation électorale du Cameroun.

2.Sur les priorités les plus urgentes 

-Appelons les acteurs de cette dynamique unitaire à considérer la question de la paix dans le NoSo pour ce qu’elle est : une urgence vitale pour la nation camerounaise et à l’inscrire dans son agenda comme la priorité des priorités ;

-Demandons à toutes les forces politiques et sociales du Cameroun de porter une initiative collective de paix dans le NoSo à l’attention du Gouvernement et de la Communauté internationale pour sa résolution pacifique et équitable

3.Sur l’Etat de droit et les Droits de l’Homme au Cameroun  

- Appelons le Gouvernement au sens des valeurs républicaines par le respect des lois et règlements sur les libertés fondamentales. Malgré ses imperfections fondamentales, la législation des droits de l’Homme au Cameroun contribuerait à la paix sociale si appliquée scrupuleusement par les autorités publiques à tous les niveaux, notamment d’expression et de réunions;
- Invitons particulièrement le gouvernement et les autorités administratives au respect des libertés de réunion et de manifestation et à renoncer à la criminalisation de l’exercice de celles-ci. invitons le gouvernement, en signe de bonne volonté,  à l’arrêt des poursuites contre les personnes arrêtées autour des manifestations du 22 septembre 2020.

New York, ce 10 avril 2021

Pour le Comité Exécutif de GENERATION-90, 

Dr. Tene SOP                                 
Coordonnateur

JOMBWE MOUDIKI
Secrétaire Général

NB: Génération 90, Groupe de réflexion et d’action regroupant d’anciens dirigeants de la contestation estudiantine des années 1990 au Cameroun et qui vise à contribuer aux débats sur l’évolution socio-politique du Cameroun et de l’Afrique

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