Immobilisme : Yaoundé attend toujours son Messi
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Un an après son élection à la tête de la ville siège des institutions, le maire Luc Atangana Messi reste un célèbre inconnu, dont les actions sont aussi rares que sa présence.

Décembre 2020.

Veille de la quinzaine dédiée aux fêtes de fin d’année. La Crtv-radio traîne son micro dans les rues de la capitale, Yaoundé, pour récolter les avis des habitants sur les préparatifs de Noël et du Nouvel an. Plus d’un avis se posera sur le visage de la cité en ce moment festif. C’est l’unanimité : Yaoundé a moins de charme, en cette période, que les années précédentes. Pour de nombreux résidents, la métropole ne « brille pas comme avant ». La faute non pas à la pandémie du coronavirus qui a un peu grippé les activités depuis mars et qui a, du reste, été maitrisée très tôt. Ils estiment que leur ville est plutôt chichement décorée. Grandes artères et ronds-points ne présentent plus le charme lumineux auquel les autorités de la ville avaient habitué la population. Toute chose ayant amené de nombreux Yaoundéens à se demander pourquoi le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine, Gilbert Tsimi Evouna, avait à ce point manqué de goût et de moyens.

Le fait est que les clefs de la ville ont changé de mains depuis plusieurs mois. Or le nouveau patron de la municipalité est invisible. C’est davantage l’image de M. Tsimi Evouna qui reste présente et continue à alimenter les conversations dans les chaumières. Luc Messi atangana a en effet été élu le 3 mars de l’année dernière. C’est le tout premier maire de la ville à être issu du choix des conseillers municipaux des sept communes que compte le département du Mfoundi, siège des institutions. Pour autant, son nom n’évoque alors pas grand-chose. C’est tout juste si l’on sait qu’il s’agit d’un ancien des services du Premier ministre. Luc atangana ne va rien faire pour démentir le peu d’enthousiasme qui émane alors des populations de la ville de Yaoundé à son élection.

Lent

Plus d’un an après son élection, les actions du maire de la ville sont rares, voire inexistantes. a peine se souvient- on d’une campagne lancée contre l’affichage publicitaire sauvage sur les murs des édifices, ou encore de cette initiative visant à poser des capteurs pour mesurer le taux de pollution de l’air. Des actions bien loin des préoccupations d’assainissement, de salubrité ou de mobilité urbaine auxquels sont confrontés les quelques 2 millions d’habitants de la ville.

En septembre 2020, il lance une opération de casses à Messamendongo, à la sortie sud. Luc Messi atangana justifie cette opération par « un éventuel affaissement des sols à cause des constructions anarchiques sur ce tronçon Odza-bonne 10 ». Un mois plus tard, les engins de la mairie détruisent des boutiques construites à Biyem-Assi, dans la commune de Yaoundé 6. Selon le maire de la ville, ces constructions sont illégales et empiéteraient sur la voie publique. Il argue également que la construction des bâtiments à usage commercial, sur cet axe, ne relève pas de la compétence du maire de la commune d’arrondissement.

Cette deuxième opération de casses achève de convaincre les maires des communes de Yaoundé que le super maire tente de brider leurs pouvoirs. Le premier magistrat de la ville est alors accusé de savonner la planche aux chefs des exécutifs municipaux en torpillant leurs actions. Ce qui a le don d’agacer ces derniers cars, à la place, l’édile se distingue davantage par son immobilisme. « Il est lent. Il prend énormément de temps sur un dossier, le renvoyant de service en service avant de le signer » confie un cadre de l’Hôtel de ville. Pour lui, l’ambiance ici n’est plus cette fourmilière grouillant d’activités. Le maire ne passe pas beaucoup de temps dans son bureau et n’est pas davantage sur le terrain. Ancien chef de la division des affaires institutionnelles dans les services du Premier ministre, ce natif de la Mefou et Akono est l’ancien secrétaire permanent du Comité national de la décentralisation.

Le personnel de la mairie le trouve très procédurier et « fonctionnaire jusqu’au bout des ongles ». « Il n’est pas un homme d’action », lâche un autre agent de la mairie.

Interpellation

Aucune initiative de projet dans la ville n’est à mettre à son actif, si ce n’est des casses, également menées à Ntougou. Dans ce quartier chic de la capitale, le maire a engagé ses bulldozers pour détruire des résidences afin de récupérer une portion de terrain appartenant, défend-il, au chef de l’état Paul Biya. Des personnes bien identifiées ont délibérément empiété sur une parcelle de terrain qui appartiendrait au président de la République, d’après le titre foncier 18662 établi le 24/12/2000. Cet empiètement se résume comme suit :

  • Di-koumé (concession : 79m2) ;
  • Kemdong (clôture : 26m2) ;
  • Nkoé (concession : 223m2) ;
  • Elara (concession : 114m2) ;
  • Nguemba (concession : 130m2) ;
  •  Asso’o (concession : 47m2).

Résultat des courses : le siège de Commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac), dirigée par Gustave Sama Ayissi ainsi qu’une résidence appartenant à l’un des fils de feu le général Benoit Asso’o Ename, ont été détruits.

À la différence de Douala, où son collègue est engagé dans des projets d’assainissement d’envergure, Luc atangana Messi, lui, semble encore chercher ses marques. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, en décembre dernier, alors qu’il inaugurait le nouvel immeuble siège de la direction des Impôts, le Premier ministre l’a interpellé en ces termes : « Je profite de cette cérémonie pour en appeler à la responsabilité du maire de Yaoundé. Il est temps que notre capitale cesse de donner l’image d’un bidonville à ciel ouvert avec des constructions anarchiques, des voiries dégradées et une insalubrité rampante… L’heure est venue de disposer d’un véritable schéma directeur d’aménagement et de veiller à son application rigoureuse sur le terrain. »

« Nous avons une mission qui n’est pas encore terminée. Je ne fais jamais de promesse. Mais retenez que le travail va commencer en s’améliorant » s’est défendu M. Messi atangana, mi-février dernier, alors qu’il inaugurait deux postes de police au rond-point Bastos et à l’entrée de la mairie de Yaoundé II, au quartier Tsinga. Tous deux situés — par le plus grand des hasards — sur l’axe menant à la présidence de la République. Pour l’heure, Yaoundé vit dans la nostalgie de Gilbert Tsimi Evouna, dont la rudesse et les actions cavalières, très souvent décriées, ont pu donner un visage plus urbain à la capitale du Cameroun.

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