CHRONIQUE: L'ARTISTE CHANTEUR ET SON MANAGER: LE CAS DU CAMEROUN...
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FRANCE :: CHRONIQUE: L'ARTISTE CHANTEUR ET SON MANAGER: LE CAS DU CAMEROUN...

Il serait inutile de rappeler que nous avons au Cameroun depuis l'Aube des temps, des chanteurs de classe exceptionnelle, qui ont marqué des générations. Ils le sont tout simplement, parce qu’ils ont mis une foi esthétique dans ce qu'ils faisaient.

Aujourd'hui, il n’est aucunement question de se faire passer pour juge ou donner une leçon inaugurale dans un domaine où j’interviens à postériori. Mais en tant qu’observateur de la société, on peut être amené à penser et faire une analyse intellectuelle des affaires du show business. La musique est un métier. Un métier noble.

Comme tout métier, il s’apprend. Et lorsqu’on a réussi, on doit s’entourer des professionnels. Du manager au comptable, de l’attaché de presse aux hommes de sécurité, de l’équipe des danseurs aux musiciens instrumentalistes, tous doivent maîtriser ce qu’ils font.   Opposer le chanteur musicien au manager revient à réfléchir sur divers aspects.

A savoir l’action de qui prend le pas sur l’action de l’autre et pourquoi ? Retenons d’abord que chaque personne qui se lance dans un domaine et qui fait de ce domaine un sacerdoce, doit se former pour bien   maîtriser les contours de cet art.

 Il n’y a pas d’analogie entre le métier d’artiste et celui de manager. C’est deux mondes différents mais aussi, deux mondes complémentaires parce qu’ils s’interpénètrent si bien que, la connaissance de l’un réclame celui de l’autre dans certains cas.  La musique est un art actif, le manager pénétré dans cet art se pose en artiste « muet ».

Il doit écouter les vœux de son chanteur et mettre en place une stratégie de conquête du public et des annonceurs. L’artiste se doit de chanter, de réfléchir sur des idées qui participent au processus de création, stimuler les paroles dans la mise en place des contenus des futures compositions, organiser des ateliers de répétitions pour susciter des synergies, qui créent une symbiose dans l’équipe.  Il se doit d’assister aux séances photos, aux tournages des clips.

Quant au manager, il doit concevoir le planning des événements, négocier les contrats des spectacles, discuter du montant du cachet et rendre compte à l’artiste.  Il doit en outre contacter les annonceurs, négocier les interview télé ou radio ou préparer les dossiers de presse. C’est dire qu’il connait le monde du show business, toutes les caractéristiques de l’événementiel, les tenants et les aboutissants du métier.  L’artiste musicien est une marque, et pour vendre la marque, il faut maîtriser la communication.

Dans ce contexte, les contours du métier d’artiste musicien doivent être dominés par le manager parce qu’il vit ses réalités, ses difficultés et ses pressions. Il doit bien évidement étudier l’environnement dans lequel l’artiste évolue. Les talents naissent partout, mais la chance ne leur sourit pas partout. En tant qu’homme des relations publiques, il doit s’informer sur les contextes de chaque milieu culturel, et aviser les musiciens sur les différentes opportunités. Il assiste le metteur en scène sur ce qui doit être fait ou ne pas être fait dans un spectacle.

 Si on est manager de Madonna, on se doit de lui rappeler, avant un spectacle en Arabie Saoudite, de ne pas s’exercer à l’érotisme dans un milieu fortement islamisé comme si elle était à Paris. On doit aussi tenir compte du style de vie et des habitudes des milieux.  Le manager est aussi celui qui doit repérer les meilleurs acteurs qui peuvent accompagner efficacement le groupe. Le chanteur donne sa philosophie de l’art, le manager lui rappelle sa vision du terrain. Il applique cette philosophie en y mettant du sien. Le manager est comme l’entraîneur du joueur de football. L’entraîneur connaît son joueur et le poste convenable à ce joueur, à qui il donne de bons conseils pour la réussite de son poulain.

  A l’ère d’internet, il est possible de concevoir des projets de communication, de créer des concepts très aboutis qui renforcent les expériences de communication et qui facilitent le contact avec son public. Pour toutes ces raisons, ce métier est devenu un métier d'expert qui nécessite un professionnalisme constant. Bref, son rôle est de mettre en avant les meilleures qualités de l’artiste. L'artiste ayant la réputation d’être capricieux, le manager se doit d'être patient et persuasif avec ce dernier.

Son champ d’action varie en fonction de la dimension du spectacle. Il est le chef du protocole de l’artiste, mais c’est l’artiste qui a le dernier mot. L'artiste se doit tout de même, de tenir compte de l’effort et de l’avis du manager dans ce qu’il entreprend pendant des mois et ne pas saborder le travail à la dernière minute.  Il faut toujours une symbiose afin d'induire l’assomption de ce travail d’équipe et de collaboration étroite. Les artistes camerounais ne durent pas parce qu’ils ne connaissent pas cette part active du show business.

Ceux qui s'y connaissent, s’y prennent mal. Comment imaginer qu’une artiste ou un artiste de haute facture prenne pour manager son conjoint ou son compagnon de vie ? C’est la preuve d’un manque de professionnalisme patent. Certains prennent même les frères ou l’ami d’enfance. Un travail dans lequel on côtoie un monde difficile, ne doit pas s’accompagner de sentiments, sinon cela est voué à l’échec. Il va sans dire que les deux doivent soigner leur image, car le manager manifeste en quelque sorte l’aura que dégage son artiste.

Digne avocat de l’artiste et porte-parole de ce dernier, il défend la notoriété de son protégé, mais il ne le remplace pas. Il organise autour de lui la sécurité et peut demander l’arrêt d'un spectacle en cours si la sécurité de l’artiste est menacée.  L’artiste qui déambule dans la rue le lendemain d’un spectacle ou après la sortie de son tube perd l’attraction.  Quand on le voit trop, on n’a plus envie de le voir. Son spectacle n’intéresse plus personne.  De même un acte maladroit du manager commis dans la société rejaillit sur l’artiste qui en payera des maladresses de son collaborateur. L’homme de la rue ne tarde pas à reconnaître pour qui il travaille.

« C’est le manager de tel… » dira le public.  Alors le manager doit être un homme d’éthique. Ce ne sont pas tous les artistes qui doivent s’encombrer d’un manager. Certains sont souvent des freins à leurs épanouissements. En effet, quelques-uns voient tout en terme d’argent, alors qu’un artiste peut se produire quelque part sans monnayer afin d'obtenir l’adhésion du public, se faire connaitre, et gagner l’estime pour le futur. Les managers ne sont exigibles pour ma part que pour des artistes vraiment confirmés tels que Petit Pays ou des groupes tels que X.Maleya.          

 J’ai rencontré certains artistes qui étaient plus facile d’accès que leur manager. En effet il est d'usage qu'avant de rencontrer l’artiste, il faut discuter avec son manager :  cela m’a valu des jours pour rencontrer des managers qui n’étaient autre que des amis très proches qui peinaient à joindre les deux bouts. Certains soi-disant managers avaient même oublié qu’ils manageaient un artiste et semblaient être plus embêtés par mes messages qui leur expliquaient le but de mon appel.  Il a fallu au moins cinq appels pour qu’il finissent par décrocher pour finalement expliquer ne pas avoir décroché parce qu’ils ne reconnaissaient pas le numéro.

Le plus surprenant, est celui qui avait complètement oublié le nom de son artiste. Il fallait que je reprécise qui il est…pour qu’il sursaute « ah oui …oui justement c’est moi son manager …oui oui… c’est moi son manager… elle est où ? » question curieuse pour un manager qui demande où se trouve son artiste. Ceci est un cas d’école moins grave, encore moins que les mésententes entre les managers qui sont légions. J’ai assisté à des discussions houleuses entre managers et chanteurs. Ceux-ci étaient entrés dans les grossièretés du genre : « tu chantes même quoi, sales putes » et l’autre de répliquer, « misérable, je t’ai nourri, pauvre type, va te faire foutre, gigolo ». La semaine d’après, l’artiste composait une nouvelle chanson pour détruire son manager d’hier et la guerre était  déclarée.  

L’artiste John Boegrson que j’admire beaucoup dans le monde du show-business a donné une belle prestation au cours de l’émission « Expert de la Diaspora. » A la question de savoir ce qui fait la nuance entre les artistes nigérians, ivoiriens, et congolais…  La réponse qu’il a donnée ce soir-là, pourrait figurer dans les annales. Il réagit en disant ceci : « c’est une très belle question qui n’a jamais été abordée par les artistes camerounais depuis l’indépendance. L’Afrique de l’ouest a fait un choix culturel. Elle a choisi d’être culturellement fort.

C’est pourquoi, en Occident ils sont différents de nous. Nous au Cameroun on n'a pas choisi la culture, on a choisi autre chose. En côte d’ivoire, les artistes sont respectés, très « peopolisés » et mis sur un piédestal. Un exemple : Alpha Blondy… il est connu de tous les ivoiriens et respecté de tous en Côte d’Ivoire. Il est établi à Abidjan. Alpha vient de temps en temps en Europe, mais il vit à Abidjan. Il a un domaine à Abidjan, il n’a rien à envier à un artiste américain… et c’est ça qui a donné une rondeur et une grandeur à son image en tant que star.             

Au Sénégal nous avons Youssour Ndour qui est une institution…le Sénégal est un pays ultra « peopolisé. » Le Sénégal a fait Akon. Akon n’est pas n’importe qui au Sénégal. Akon a construit toute une ville au Sénégal, la ville d’avenir.  Le Congo, au travers du feu Mobutu avait choisi d’être culturellement fort. Il a pris la culture comme premier levier de développement, à terme il a construit un grand pays. Actuellement le Congo est un pays ultra « peopolisé » : on a Koffi Olomidé, avant lui il y avait Joseph Kabassélé, Franco, Wendo, Zaiko Langa Langa, empire Bakuba.  Koffi est une icône à Kinshasa.  Aujourd’hui, Faly Ipupa s’est imposé de façon magistrale pour cette relève.

 Parlons du Nigéria. Les nigérians sont incomparables dans le domaine de l'art et mettent les moyens en jeu pour l'essor de cet art.  On peut les mettre sous la même classe que les américains. Les artistes nigérians ont une machine derrière eux. Ils sont arrivés à un niveau d’élévation culturel tel qu'il nous faudrait encore 20 ans pour l'atteindre. Au Cameroun, nous avons un artiste qui se bat depuis très longtemps pour essayer de faire comprendre aux Camerounais que la « peopolisation « est importante.

J’ai nommé petit pays. Petit pays est à Douala ; il se bat depuis pour le rayonnement de la musique camerounaise.  Nous sommes très en retard, sérieusement en retard, mais cela ne veut pas dire que nous sommes les derniers. Nous avons les plus grands instrumentalistes du monde, les plus grands guitaristes du monde.

Pour qu’on puisse confirmer, il faut « peopoliser »les artistes, faire fonctionner la machine du marketing, les entourer comme partout ailleurs d'attachés de communication, développer et valoriser leur image. Tony Braxtons l’artiste américaine. A son époque flamboyante, quand elle venait à Paris, prenait tout un hôtel et était accompagnée au moins par 300 personnes.

L'impact du progrès artistique et culturel sur le développement d'un pays est indéniable. De nombreux métiers sont liés à l’art. L’art est le premier pôle qui achemine un pays vers son développement. J’apprécie le travail que fait Salatiel, le groupe X.Maléya et bien d'autres jeunes, qui se battent pour insuffler un nouveau dynamisme artistique afin que les choses changent. Certains artistes prennent pour habitudes de changer constamment les managers, cela n’augure pas de lendemain meilleurs.

Un manager limogé c’est le colportage tout azimut.  Il est à noter qu'il n'est pas important pour tout artiste débutant de demander qu’on rencontre son manager pour aller à une soirée d’anniversaire animer encore moins un artiste qui n’est plus d’actualité qui te fait attendre longtemps parce qu’il faut passer par son manager. Les managers, les vrais managers sont très exigeants en qualité et c’est normal parce que la personnalité de l’artiste est ajoutée à la sienne.

Un autre aspect c'est le manager qui veut à tout prix coucher avec son artiste pour mieux la contrôler et la dominer. C’est juste de l’enfantillage. Il faut rester digne dans sa profession. Si le manager décide constamment et que l’artiste s’exécute, ce dernier finit par s’épuiser. On a vu des artistes s'épuiser jusqu’au bout, des artistes bien nantis dans le passé, qui ont fini par sombrer dans la disette.

Ils crient au secours, ils avaient tout et ils roulaient carrosse, quand ils mettaient les vêtements de luxe. On les appelait les dieux des stades. Ils ignoraient les limitations de vitesse. Quand ils ignoraient les conseils des aînés qui leur rappelaient les courbes que prenne la vie. Qu’ils mettaient leurs profils parmi les plus grands. Ils menaient une vie en double, cachant les rayures, dans toutes les frasques et les frénésies qui provoquaient des rides dans les légères frivolités indécentes, ils étaient effervescents.

Quand on se souvient ces grands spectacles dans la ville, les banderoles qui clamaient leurs présences, étaient affichées partout dans les cités. Il n’y avait pas un siècle de cela.  Ces personnalités et dignitaires qu’ils rencontraient. Ces foules immenses qui scandaient leurs noms. Leurs voitures qui passaient à toute à allure, leurs costumes trois pièces, les soirées festives en tenue d’apparat. Quand ils hurlaient leur foi dans leur art. Les cloches qui sonnaient à l’aurore annonçaient leur sortie matinale. Faut-il rappeler ces souvenirs ?

Que de belles choses qui leur étaient arrivées dans leur vie. Ils transportaient leurs rêves d’humanité partout où ils pouvaient s’asseoir. Et quand plus tard on les voyait, traînant les pieds comme des grands corps malades, la misère avait gagné le terrain, la voiture n’avait plus d’essence et ils manquaient parfois du pain. C'est alors qu'on se crée une nouvelle école de la morale et on accuse l’état. Avec des visages apaisés, dans des cœurs sadiques. A voir ça souvent sur les réseaux, nous constatons que nous sommes dans l’irréalité la plus totale.

Pour certains, c’est le temps d’aller ne serait-ce que sur le seuil de l’église, l’esprit lui fera revoir des images du temps jadis.  J’ajoute une dernière chose. Etre artiste est une affaire de temps. Il faut savoir quand il faut sortir et préparer sa retraite, car il y a comme une détresse qui guette l’artiste. Ne pas succomber sur le podium par nécessité.

La grandeur de ce métier, c’est la dignité que manifeste l’artiste de se retirer, pour ne pas sombrer dans la précarité.  Nous le savons tous, ce que je dis est comme un torrent, ça se passera à nouveau, car le temps a mis son talent en œuvre et les cloisons des artistes sont épais. Les artistes ont des carapaces dures. Mais retenons l’essentiel, l'artiste musicien et le manager ont pour objectif commun. C’est d’aller au firmament, car il y a dans la musique une vision essentielle de la vie. 

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