PREDICATION DU DIMANCHE 07 MARS 2021 DU REV. DR JOËL HERVE BOUDJA: THEME: LA VIOLENCE ET LA COLERE
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FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 07 MARS 2021 DU REV. DR JOËL HERVE BOUDJA: THEME: LA VIOLENCE ET LA COLERE

Jésus trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs [et] renversa leurs comptoirs.

C'est une des scènes les plus difficiles de l’évangile. Il y a des scènes choquantes dans l'évangile, notamment les scènes de la Passion, où nous sommes confrontés à une violence et à une cruauté indicible. Mais nous sommes malheureusement habitués à la violence humaine. Nous savons bien que nous, les êtres humains, sommes capables de violence et de cruauté.

Mais la violence de Jésus, c'est autre chose. Jésus n'est pas censé être comme nous, mais meilleur que nous. Il nous enseigne l'importance capitale de l'amour, de la patience, du pardon, de ne pas se rebiffer contre les injustes et les violents. Il nous dit : « Venez à moi... Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11 :28-29).

Et c'est pourquoi cette scène de la purification du Temple est choquante. Qu'est devenue la douceur de Jésus ? Jean nous dit que les disciples, en voyant ce que faisait Jésus, se sont rappelés le verset du psaume 68 : « L'amour de ta maison fera mon tourment ». Mais même si Jésus a fait ce qu'il a fait par amour de la maison de Dieu, est-ce que cela justifie sa violence ? Comment Jésus peut-il agir violemment tout en nous disant de renoncer à la violence ? Il y a une contradiction, semble-t-il. Peut-il rester notre modèle ?

Si ceci est notre question, ce n'était pas la question la plus évidente pour les gens de l'époque. Nous trouvons cette scène dans tous les quatre évangiles. Il ne semble donc pas qu'elle soit gênante pour l'église primitive. Et les Juifs qui étaient là n'ont pas réagi en déplorant la violence de Jésus ou en lui rapprochant la contradiction entre son enseignement et sa conduite. Ils lui disent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »

Pour eux, ce qui justifierait ce geste de Jésus n'est pas une explication, mais un signe. Le signe qu'il faut est un miracle, ou quelque chose qui montre que Jésus a une autorité divine. Cela montrerait que sa violence vient, elle aussi, de Dieu. C'est-à-dire que pour eux l'intérêt de ce geste de Jésus est la possibilité que par son biais Dieu leur parle. Pour eux, le geste de Jésus est peut-être un geste, une parole, un signe de Dieu. Et Jésus leur parle du signe de la résurrection. « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » ; et le temple dont il parlait, nous dit Jean, était son corps. Quand Jésus ressuscitera, ils comprendront ce que signifie son action, et ils sauront que Dieu est dedans.

Jésus, en mettant dehors tous les marchands, voulait en fait accomplir une prophétie du prophète Zacharie, dans le tout- dernier verset du livre de Zacharie, où le prophète parle du jour de la grande bataille où Dieu lui-même va apparaître. En ce jour-là, le temple et tout ce qu'il y a dedans sera saint, consacré à Dieu ; et en ce jour-là, dit-il, « il n'y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur le tout-puissant » (Za 14 : 21). En purifiant le temple, Jésus dit que cette prophétie s'accomplit, que c'est la fin, que Dieu lui-même est là. Et c'est la résurrection, quand le temple son corps sera relevé, qui montrera que Dieu est présent en lui, et que c'est son corps qui est le vrai temple, la véritable demeure de l'esprit de Dieu.

Si la violence de son geste reste quand-même choquante pour nous, il faut dire que la violence est parfois nécessaire quand il s'agit d'un signe spirituel, un signe qui concerne ce qui est fondamental dans la vie humaine. Le but d'un signe est d'ouvrir nos yeux à quelque chose que nous ne voyons pas. Parfois, nous ne voyons pas parce que, pour le moment, nous faisons attention à quelque chose d'autre, et il suffit de nous rappeler doucement l'essentiel. Mais, parfois, nous ne voyons pas parce que nous sommes endormis, ou parce que nous sommes totalement pris par inessentiel et immergés dedans. Dans le temple, ç'aurait été une rencontre inutile si Jésus avait dit doucement aux marchands : « Messieurs, auriez-vous peut-être la gentillesse de mettre vos brebis ailleurs ? » Il fallait un geste dramatique, même violent et choquant, qui arrache leur attention et celle des autres Juifs, qui la retire de leur commerce bien-aimé, pour leur rappeler que Dieu est plus important que le commerce.

De même, dans notre vie, un rappel doux n'est pas toujours suffisant ; souvent, une lecture biblique, une prédication, ne nous impressionne pas, nous le savons tous. Il faut que Dieu nous parle parfois par le biais d'un choc qui nous rende attentifs à l'essentiel. Si nous nous endormons, il nous faut être secoués pour être éveillés. C'est pourquoi, quelquefois et avec un peu de recul, nous pouvons voir la main de Dieu même dans un événement de notre vie qui nous choque ou qui nous fait mal.

 

Frères et Sœurs dans le Seigneur, permettez-moi de vous raconter une histoire en guise d’illustration de mon message.

 

Un gentleman avait tué un homme : la justice ne le soupçonnait pas, mais les remords le faisaient errer tristement. Un jour, comme il passait devant une église anglicane, il lui sembla que le secret serait moins lourd s'il pouvait le partager ! Il entra donc et demanda au pasteur d'écouter sa confession. Celui-ci répondit prestement : « Mais certainement : ouvrez-moi votre cœur, vous pouvez tout me dire comme à un père ».

L'autre commença : « J'ai tué un homme ». A l'instant même, le pasteur fut pris d'une violente colère et bondit en prenant le pénitent par le cou. « Et c'est à moi que vous venez dire cela ! Misérable assassin ! Votre présence souille la maison de Dieu. Il n'est pas question de vous garder une minute de plus sous ce toit habité de la présence divine ». Il le jeta hors de son église et l'homme s'en alla tristement.

Quelques kilomètres plus loin, il vit, près de la route sur laquelle il marchait, une église catholique. Un dernier espoir le fit entrer et il s'agenouilla dans le confessionnal. Il devina dans l'ombre le prêtre qui priait, la tête dans ses mains. « Mon père, dit-il, je ne suis pas catholique, mais je voudrais me confesser à vous. » « Mon fils, je vous écoute », reprit le prêtre. « Mon père, j'ai assassiné ». Il attendit l'effet de l'épouvantable révélation. Dans le silence auguste de l'église, la voix du prêtre dit simplement : « combien de fois, mon fils ? ».

Nous pourrions nous interroger sur la colère du pasteur ? Pourquoi une telle réaction ? Pourquoi si peu de miséricorde dans le chef d'un homme de Dieu ? Quelles émotions négatives l'ont-elles traversé ?

C'est vrai, il y a tant de colères qui peuvent se vivre : celle face à l'injustice des situations auxquelles nous pouvons être confrontées comme la perte d'un emploi, la disparition d'un être cher, le surgissement d'une maladie douloureuse, la trahison d'un être aimé. Il y a également les colères à grands cris et puis celles qui se disent dans le silence et le calme. Ces dernières sont souvent plus difficiles à vivre car elles nous désarçonnent par leur froideur.

Il y a aussi des colères colorées : une colère noire ou l'expression « il est rouge de colère ». Puis, il y a la colère divine, c'est-à-dire une colère bien spécifique lorsqu'un homme, une femme se perd sur un faux chemin, se détourne de sa vocation première, quitte le champ de la vérité intérieure. Ne serait-ce pas la colère de l'évangile que nous venons d'entendre ?

Dieu le Fils se met en colère et cette dernière est même assez violente dans ses mots et ses gestes. Le Christ ne peut tolérer que le sens premier du Temple soit dévié, que les autorités osent manipuler les plus faibles. Le Temple est le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu. Il est l'expression de la Vérité divine qui ne peut tolérer aucun marchandage. S'il en est autrement, la seule réponse est alors cette colère.

Personnellement, cela me rassure de me dire que Dieu peut se mettre en colère. S'il se l'autorise, alors j'estime que, si cela s'avère nécessaire, je puis également laisser place à ce type de sentiment. Oui, la colère peut nous envahir face à ces situations injustes. Ne la réfrénons pas. Laissons-lui toute sa place et crions-la. D'une certaine manière, à l'instar de Job, Dieu nous autorise à la laisser éclater pour que nous puissions nous libérer de nos incompréhensions, de ces sentiments négatifs qui nous assaillent jusqu'à parfois nous faire trébucher, voire tomber. Toutefois, la colère n'a pas de finalité en elle-même. Elle ne peut être qu'un moyen, un mode d'expression nous permettant d'entrer ainsi dans une nouvelle dimension de notre être, à devenir capables d'écrire une nouvelle page de notre histoire.

Lorsque la colère nous libère, elle ouvre en nous un espace nous conduisant vers une réconciliation intérieure permettant à ce qu'une paix profonde nous envahisse. Telle est l'annonce de ce nouveau temple dont parle Jésus. Dieu ne peut se satisfaire de nos offrandes, il attend plutôt le don de notre vie au service de tous ceux et celles qui ont été fragilisés et en qui il se révèle de manière plus forte encore.

Depuis cet événement où ces marchands ont été chassés du Temple, depuis l'entrée dans le mystère de ce nouveau Temple qu'est le Christ, nous sommes devenus aujourd'hui encore le temple habité de l'Esprit Saint. Notre temple intérieur peut également parfois être encombré de tant de choses qui nous détournent de notre destinée.

Que ce temps de Carême offert, nous donne l'occasion de nous réconcilier avec nous-mêmes afin de participer mieux encore autour de nous à l'élaboration d'un monde de paix et de joie. Laissons advenir Dieu en chacune et chacun de nous par le biais de la Vérité puisque celle-ci nous ouvre à l'existentiel d'une Vie offerte au don de soi dans l'Amour.

Amen

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