Mautu : Un autre massacre de civils dans le Sud-ouest ?
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Le porte-parole de l’armée camerounaise rejette les preuves d’homicides présentées par Human Rights Watch mais admet que des soldats du 21e Bim avaient conduit une opération dans le village. 

Human Rights Watch demande qu’une enquête indépendante soit ouverte sur les meurtres de villageois. Ceci à la suite de l’attaque ayant entrainé la mort d´au moins neuf civils le 10 janvier 2021, dans le village Mautu région du Sud-Ouest. Parmi les victimes figuraient une femme, un enfant, avec quatre autres personnes qui ont été blessées. Human Rights Watch a transmis ses conclusions au chef de la division communication du Mindef dans un courrier du 22 janvier, dans lequel des questions spécifiques lui ont été posées, le porte-parole de l’armée camerounaise, le Capitaine de frégate Cyrille Serge Atonfack Guemo, qui a répondu le 26 janvier.

Il a rejeté les preuves d’homicides illégaux en alléguant qu’elles étaient fabriquées, sans toutefois corroborer cette affirmation. Selon le rapport, les soldats en cause ont également pillé des dizaines de foyers et menacé les habitants. Dans un communiqué publié le 11 janvier, le porte-parole de l’armée camerounaise a affirmé que des « groupes terroristes » avaient attaqué des soldats du 21e BIM alors qu’ils menaient un « raid préventif à Mautu le 10 janvier, et que les soldats ont riposté en tuant plusieurs « terroristes » et en saisissant leurs armes. Mais d’après des témoins et des habitants, il n’y a pas eu de confrontations entre combattants séparatistes et soldats, puisqu’au moment de l’attaque, les premiers ne se trouvaient pas à Mautu. Mais selon les témoins, les soldats ont délibérément tué des civils. 

Le porte-parole de l’armée dans le même communiqué a affirmé que des « leaders terroristes » avaient fabriqué de toutes pièces « un fatras d’images macabres » pour imputer à l’armée les meurtres de Mautu. Cependant, Human Rights Watch a obtenu six vidéos et trois photographies montrant les conséquences de l’attaque et s’est entretenue avec l’auteur des vidéos et des photographies. « Les soldats nous ont attaqués et ont tiré sans discernement sur des gens », a-t-il dit. « J’ai fui et me suis caché dans la brousse voisine. Lorsque les soldats sont repartis, je suis sorti et j’ai filmé ces vidéos. Ce sont des images réelles, montrant de vraies personnes massacrées par ceux qui prétendent nous protéger». Pour la directrice adjointe de la division Afrique chez Human Right Watch, tuer des civils et piller leur maison sont des violations aux droits humains. 

« Tuer des civils et piller leurs maisons au nom de la sécurité  sont de graves violations des droits humains qui alimentent les cycles croissants de violence et d’abus dans les régions anglophones du Cameroun. Les autorités camerounaises devraient contrôler les unités responsables d’abus et, avec l’aide de l’Union africaine et de l’ONU, ouvrir une enquête crédible et impartiale sur les meurtres commis à Mautu et poursuivre en justice ses auteurs», a déclaré Ida Sawyer. 

Human Rights Watch s’est entretenu par téléphone avec 17 témoins, dont cinq proches des victimes, au sujet de l’attaque. La violence entre forces gouvernementales et groupes armés séparatistes secoue les régions anglophones du Nord- Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun depuis fin 2016. Des groupes séparatistes opèrent dans la zone située autour de Mautu, où ils viennent parfois s’approvisionner en vivres et récupérer de l’eau, selon des habitants. Médecins sans frontières (MSF) a soigné quatre personnes blessées par balle, dont un enfant. Human Rights Watch a obtenu les listes des neuf personnes tuées auprès de quatre sources distinctes, et s’est entretenu avec des proches et des résidents qui ont assisté aux enterrements ou transporté les corps des victimes à la morgue de l’hôpital de Muyaka. 

Les détails fournis par ces individus correspondent aux informations que Human Rights Watch a obtenues indépendamment d’autres témoins. Des témoins ont déclaré qu’une cinquantaine de soldats, dont des membres du BIM, sont entrés à pied à Mautu le 10 janvier vers 14 heures et ont commencé à tirer sans discernement alors que les gens prenaient la fuite.

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