Pour en finir avec la polémique sur les stades
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Entre le CHAN, la CAN à venir, et les controverses chroniques sur leur coût de construction, les Camerounais ont découvert, à l’écran ou sur place pour les plus chanceux, des stades dignes de ce nom. L’attrait de la nouveauté étant sur le point de s’estomper, il s’agirait de s’appesantir, non pas sur ce que ces enceintes ont couté, mais plutôt sur ce qu’elles peuvent rapporter. Faire le choix de troquer les polémiques pour une série de problématiques. Des stades certes, mais pour quoi faire ? Quels usages à moyen et long terme ? Quels impacts pour les villes ? 

Quelles ressources pour en assurer l’entretien ? A quand la mise en services des équipements annexes annoncés ? Hôtels, musées, cinémas, centres commerciaux, piscines olympiques, etc. En somme, comment les transformer en vecteurs de développement aux retombées concrètes et immédiates. Oser employer à ce sujet, une expression quelque peu galvaudée par son utilisation récurrente sous forme de slogan : les Stades sont de « Grandes Opportunités » Sportives au pays du football roi, mais aussi économiques, sociales, et urbaines. Le football est devenu une industrie aux multiples sources de revenus. Le « Naming » par exemple, pratique lucrative pour l’organe de gestion d’un stade et qui consiste à le baptiser du nom d’une marque ou d’un sponsor. Allianz Arena du Bayern Munich, ou Emirates Stadium d’Arsenal. Cette tendance traduit une exigence absolue de rentabilité. Chaque source de revenus étant essentielle, même leur nom est à vendre. Le football est également le théâtre d’enjeux symboliques et géopolitiques. 

Le Qatar ou l’Emir d’Abu Dhabi n’ont pas acheté les clubs de Paris et de Manchester pour gagner de l’argent, mais pour se projeter sur la scène internationale. Au Cameroun, nation de football, nos stades rutilants sont une occasion idéale d’assoir cet avantage comparatif et de capitaliser sur les ressources qu’ils peuvent générer. Sur le plan comptable, ces stades dits de cinquième génération, sont configurés pour bien d’autres fonctions que les seuls matchs. La maximisation du résultat prévisionnel est intégrée dès la conception en plan et en volume. A l’Emirates Stadium précité, la location de loges ou de sièges VIP (les « sièges à prestations »), représentent 15 % des places mais plus de 50 % des revenus par match. Des commerces, restaurants, boutiques souvenirs et une multifonctionnalité prévoyant l’organisation de séminaires, de conférences et même de mariage, participent à une augmentation préméditée des revenus générés. 

Sans oublier les concerts ou les spectacles. Enfin ces Stades, totems urbains à l’Architecture volontairement emblématiques, sont ouverts en tant qu’attractions. Des visites payantes permettant au public d’en découvrir les coulisses, vestiaires, pelouse, et gradins. L’ensemble s’inscrivant dans un « Plan d’activité » couplé à une « Stratégie Marketing ». Instruments de gestion obligatoires pour atteindre non seulement une rentabilité effective mais aussi une appropriation des stades par les populations. Cependant, le préalable indispensable reste l’existence d’un championnat de football professionnel. C’est le socle entrainant : recettes de billetterie, droits télévisuels (le championnat ivoirien est diffusé sur Canal Sat), sponsoring et merchandising. Ces nouveaux stades rendent urgent, l’avènement au Cameroun d’une ligue structurée. Rares sont ceux qui comprennent les méandres ayant abouti à sa suspension. Notre championnat qui était l’un des meilleurs d’Afrique, n’est même plus classé parmi les dix premiers. Conséquence visible et immédiate ; ces équipements demeurent inexploités. Or sans commencer par une structuration de l’ensemble de l’écosystème du football camerounais le risque qu’ils le restent est réel. 

Quant aux villes, les stades sont pour elles de formidables outils d’aménagement et de développement. Le quartier de la Plaine Saint Denis au nord de Paris, une friche urbaine, a été métamorphosé par la construction du Stade de France adossé à un programme immobilier de 125 000 m² dont 36 000 m² de logements. Autour de ces pôles d’attractions il s’agit de bâtir des logements, des « zones d’activités », des jardins publics, etc. Autant d’éléments contribuant à amortir les énormes investissements consentis et à fabriquer la ville. Sans oublier les équipements d’accompagnement déjà cités et inclus dans leur budget. Le Plan de Développement Urbain (PDU) de Douala préconise la création de « nouvelles centralités » en périphérie. Le Stade de Japoma est l’occasion d’appliquer cette stratégie. 

La nature ayant horreur du vide, la zone connait déjà un développement accéléré, sans aucune coordination et à coups d’initiatives privées. Pourtant les plans d’aménagement existent. Pour une insertion économiquement rentable et socialement impactante, cette planification doit se concrétiser par des réalisations visibles. C’est seulement ainsi qu’au lieu de devenir des boulets à entretenir à coups de subventions, ils seront des outils de production de l’espace urbain. Dans un environnement où ces derniers font cruellement défaut. Sur le plan social, il existe trop peu de lieux de loisirs et d’espaces de « Pacification sociale ». Assister à un match en famille ou entre amis, peut devenir une habitude. Les bousculades provoquées pour les quelques places disponibles pendant le CHAN, montrent que ce besoin existe. De plus, les programmes en construction, notamment à Olembé : Hôtels, Centre commerciaux ou Cinémas, seront des cadres parfaits pour combler cette absence de destinations ludiques. 

Sans oublier les centaines voire les milliers d’emplois directs et indirects créés. Cependant un risque serait de tomber dans les poncifs habituels : le Cameroun terre d’opportunités, (minières, hydroélectriques, humaines, etc.), et considérer ces stades comme une énième manifestation d’une réalité connue. Au final, il faut arrêter de s’appesantir sur leurs naissances au forceps ou de débattre sempiternellement sur leurs coûts, mais plutôt se concentrer sur ce qu’ils peuvent rapporter. Arrêter l’autoflagellation ! Ces stades comme toutes infrastructures appartiennent à chaque Camerounais. En tant que tel ils doivent avoir le destin qu’ils méritent : être des opportunités de développement pour chaque citoyen, des générateurs de richesses et des sources d’épanouissement pour tous. De « Grandes Réalisations ». 

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